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Politique

Le FN continue son ancrage dans les zones rurales

Le sursaut républicain d'entre deux tours ne cache néanmoins pas les grandes disparités de vote entre zones urbaines et rurales. La stratégie du FN continue indéniablement sa progression dans les territoires. Interview de Jérôme Fourquet, directeur du Département Opinion publique à l'Ifop.
Le FN continue son ancrage dans les zones rurales

Jérôme Fourquet, quels sont les principaux enseignements de ces élections régionales ?

Jérôme Fourquet : "Il y a deux grands enseignements majeurs. Le premier élément est la surmobilisation de l'électorat entre les deux tours avec près de quatre millions de personnes en plus qui sont allées voter. Les élections présidentielles de 2002 en sont l'unique précédent. Cette surmobilisation se compose minoritairement de frontistes abstentionnistes et principalement du reste de l'arc politique mobilisé contre la perspective de victoire du FN. Le deuxième enseignement tiré de ces élections est un échec en demi-teinte pour le FN. Celui-ci ne transforme pas l'essai alors qu'il était en tête dans six régions au premier tour, mais il peut en tirer toute une série de satisfaction."

 

Lesquelles ?

JF : "Tout d'abord, on constate qu'il continue de progresser par rapport au premier tour. L'exemple de la région PACA en est une illustration frappante avec un FN à 45 % des voix au second tour, face à un candidat de droite réunissant tous les autres partis politiques. Cet élément est impressionnant. Le FN progresse et consolide ses positions. Il est présent dans l'ensemble du territoire au sein de tous les conseils régionaux."

 

Quels sont les changements concrets de cette nouvelle situation ?

JF : "Cette présence nationale lui assure un ancrage supplémentaire et va lui donner des ressources pour pouvoir rétribuer ses militants. Ce sera l'opportunité aussi d'avoir une vitrine plus importante pour se faire connaître davantage. Cela va représenter entre 300 et 350 conseillers régionaux frontistes. C'est une masse tout à fait importante."

 

Quelle sont les différences de stratégie entre Le Pen père et Le Pen fille dans la conduction du parti ?

JF : "L'élément central de la stratégie de Marine Le Pen est de poursuivre une implantation et un enracinement progressifs du pouvoir au niveau local. A la différence de Jean-Marie Le Pen qui visait uniquement la présidentielle. Une dizaine de mairies ont ainsi été remportées en 2014 par le FN qui continue de progresser dans ces villes-là. Le tour de force de réunir les 500 signatures tous les cinq ans pour l'élection présidentielle deviendra désormais une formalité."

 

Qu'en est-il du vote rural ?

JF : "La géographie se confirme avec ces élections. Le FN augmente partout dans le territoire mais ses forces se situent dans les zones rurales et périurbaines. Dans la région Nord Pas de Calais Picardie par exemple, les seuls endroits où les votes FN ont été limités sont dans les zones urbaines. Dès qu'on s'en éloigne, le FN explose avec des scores à 40-45 % voire plus dans tous les territoires ruraux et périurbains."

 

De quelle manière ?

JF : Le FN joue sur cette France dite des « invisibles » en montrant les fractures sociales. Il y a une véritable redistribution des cartes au niveau national lié à la mondialisation. Entre d'un côté, les régions qui en bénéficient directement telles les grandes métropoles, ou des zones spécifiques comme les stations alpines ou du terroir où l'on pratique de l'agriculture à haute valeur ajoutée. Les territoires avec moins d'intérêts dans la mondialisation se tournent majoritairement vers le FN."