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Grandes cultures

Le marché a besoin de producteurs bio

Avec la revalorisation des aides à la conversion et un marché très porteur, le moment est favorable pour une augmentation des surfaces bio en grandes cultures. A l'occasion d'une conférence au salon de l'agriculture, Coop de France, l'APCA et la FNAB ont tenu à faire passer ce message pour inciter les producteurs à franchir le pas.
Le marché a besoin de producteurs bio

75 % des produits bio consommés sur le territoire national sont produits en France, mais le secteur des grandes cultures accuse un retard qu'il est aujourd'hui nécessaire de combler : 90 % du colza est importé, tout comme 45 % des tourteaux de soja. En céréales, « ces cinq dernières années, la consommation a augmenté plus vite que les surfaces » a expliqué Christophe Lecuyer, président de la commission filières biologiques de Coop de France, au cours d'une conférence de presse sur le thème organisée le 26 février au salon de l'agriculture. Les besoins sont en effet croissants puisqu'ils ont augmenté, entre les campagnes 2012 et 2013, de 5 % pour la meunerie (32 % de plus qu'en 2008), et de 13 % pour l'alimentation du bétail (110 % de plus par rapport à 2008). Le plan Ambition Bio, mis en place à l'initiative de Stéphane Le Foll, encourage d'ailleurs les conversions pour atteindre l'objectif du doublement des surfaces cultivées en bio d'ici 2017. Les coopératives, dont 48 réalisent 75 % de la collecte nationale des grandes cultures bio, s'engagent donc auprès des agriculteurs pour faciliter leur réorientation. En lien avec FranceAgriMer, elles analysent également les besoins des opérateurs pour rassurer les producteurs quant à la réalité de la demande et des débouchés, « à la veille d'une nouvelle vague de conversion », espère Christophe Lecuyer.

Encourager les agriculteurs

Et pour cela, « il n'y a que le collectif qui permettra de passer à la vitesse supérieure », considère Tony Chocardelle, référent Grandes cultures bio à la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB). Tout comme Coop de France et l'APCA, son réseau accompagne les agriculteurs dans une conversion en bio souvent considérée comme plus difficile pour les grandes cultures. Or, contrairement aux autres filières, « en bio le cours des céréales est indépendant de celui du conventionnel », une vraie force, considère Etienne Gangneron, en charge du dossier bio à l'APCA et agriculteur converti en bio depuis 18 ans. Avec un tunnel de prix compris entre 300 et 400 euros pour le blé, contre 80 à 200 euros pour le conventionnel, le cultivateur de grandes cultures qui souhaite passer en bio peut être rassuré. Mais le collectif constitue également un atout encore inexistant il y a quelques années. Car si « le principal frein pour l'agriculteur, c'est le regard des autres », témoigne Florent Gaujard, cultivateur en conversion bio, on assiste aujourd'hui à des conversions collectives : plusieurs agriculteurs se regroupent et convertissent chacun une de leur parcelle, mettant en commun leur investissement pour le matériel, par exemple, ce qui permet de « créer dès le départ une dynamique collective », note Etienne Gangneron. Et bien que l'aboutissement agronomique du processus de conversion prenne selon lui une bonne dizaine d'années avant d'atteindre l'équilibre, les avantages sont nombreux, que ce soit en termes de protection de la ressource en eau, des sols, de la santé ou en matière de création d'emploi. Sans parler du « bonheur à travailler », dont témoigne Florent Goujard. Economiquement, le jeu en vaut aussi la chandelle : depuis que ce dernier a entamé sa conversion, ce sont les opérateurs qui viennent à lui et non l'inverse, preuve d'une demande réelle et forte.