Le meilleur outil de prévention reste la rotation des pâtures
Les conditions climatiques de ces derniers mois avec un automne chaud et sec, un hiver doux et de rares gelées ont-elles eu une influence sur le parasitisme ?
Karine Hauray : « Le temps sec de la saison écoulée a joué sur la quantité de douves et de paramphistomes. Les coproscopies de retour à la stabulation ont montré un faible taux d'infestation pour ce qui concerne la petite douve et le paramphistome, mais une présence assez importante de la grande douve et des strongles. Il est clair qu'un hiver froid, ce qui n'a pas été le cas cette année, peut avoir un impact sur les œufs et leur effet pathogène. Mais sur le plan climatique, ce qui compte vraiment ce sont les conditions au printemps, au moment où l'on sort les troupeaux. Le temps "idéal" pour le développement du parasitisme, correspond à une température douce de 20°C et un taux élevé d'humidité. Suivant les conditions météorologiques, le parasitisme va se développer de façon progressive : faiblement en début de mise à l'herbe, avec un pic durant les mois de mai et juin. Le cycle de vie des parasites étant de trois à quatre semaines, on peut en dénombrer trois à quatre durant la période de pâture. »
Quelle est la conduite à suivre pour limiter l'infestation ?
K. H : « Tout d'abord, on peut affirmer qu'il n'y a pas de recette miracle. Chaque élevage est un cas particulier qu'il faut analyser avec l'éleveur. Pour une bonne gestion, il est nécessaire de prendre en compte un certain nombre de données comme le type d'animaux, si ce sont des jeunes, des adultes et leur destination. Il faut savoir par exemple que les animaux les plus vulnérables sont les génisses laitières qui n'ont pas encore été exposées aux parasites. Dans leur cas particulièrement, mais c'est aussi valable pour d'autres lots, il s'agit de trouver le bon équilibre entre leur croissance et le développement d'une immunité qui assurera une certaine sérénité pour la suite de leur vie. En termes de prévention, la conduite idéale reste la rotation de pâture. Elle doit s'effectuer en fonction du cycle de vie du parasite et donc s'établir sur une durée de quatre semaines, afin de casser son évolution. Cette pratique adaptable aux laitières s'avère plus difficile à mettre en place pour les jeunes ou les vaches suitées.
L'entretien des pâtures avec l'élimination des facteurs à risque, comme les zones humides, est indispensable. On élimine ainsi le gîte des hôtes intermédiaires, les petits escargots de la grande douve et du paramphistome. La qualité des points d'eau avec des abreuvoirs en hauteur revêt ici toute son importance. »
Comment peut-on développer l'immunité des animaux ?
K. H : « Pour que le système immunitaire soit au meilleur de sa forme, il faut veiller à ce qu'il subisse le moins de sollicitation possible. Plusieurs options existent comme le contrôle de l'exposition des animaux aux parasites. Sur une période prolongée et à de faibles quantités, cela permet la fabrication d'anticorps, c'est ainsi que l'on génère l'immunité de prémunition. L'étude du chargement des pâtures permet d'évaluer ce risque parasitaire. Il est nul, s'il est inférieur à 0,7 UGB par ha. Le risque existe si le chargement se situe entre 0,7 et 1,4 et demande à être analysé, grâce à la coproscopie. Il est élevé et nécessite un antiparasitage par an, s'il se situe entre 1,4 à 2,5. Autre approche, on peut aussi éviter d'utiliser des produits rémanents et réserver les traitements curatifs aux périodes de pics d'infestation. »
Quoi de neuf du côté des traitements curatifs ?
K. H : « Il n'y a rien de vraiment innovant. On peut juste signaler des changements concernant les délais d'attente. Il existe plusieurs types d'examen pour connaître le niveau d'infestation des animaux.
La coproscopie, l'analyse des bouses, permet d'identifier les parasites et d'évaluer le niveau d'infestation, élément déclencheur du traitement. Elle s'effectue en cours de saison et avant le retour à la stabulation. Seul le diagnostic sérologique permet de déceler la présence de la grande douve, grâce au développement des anticorps. À partir de ces analyses plusieurs traitements vermifuges peuvent être envisagés. Par voie orale sous forme de bolus. Ce traitement à effet retard délivre une dose toutes les trois semaines. Il nécessite un bon système de contention de l'animal. Le "Pour On "agit par voie transcutanée. Il ne nécessite pas de contention. Plus coûteux, il a un impact environnemental très important. Le déparasitage peut également être effectué par injection. »
Propos recueillis
par Magdeleine Barralon