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ÉNERGIE RENOUVELABLE

“ Le photovoltaïque n’est pas mort ”

Les évolutions politiques récentes sur la filière photovoltaïque sont favorables pour la ferme France. Mais les capacités de financement des agriculteurs manquent pour concrétiser ces évolutions.
“ Le photovoltaïque n’est pas mort ”

La filière photovoltaïque française est en train de vivre un renouveau. Et la ferme France entend en profiter. « Le photovoltaïque n'est pas mort en agriculture », affirme Philippe Touchais, chargé de mission énergie à l'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture). Les objectifs de production d'électricité photovoltaïque ont été revus à la hausse, selon un arrêté publié au Journal officiel, le 28 août. Ainsi, « pour la filière solaire, un objectif de 5 400 MW de puissance installée d'ici 2020 avait été fixé. (...). Il est relevé à 8 000 MW », selon un communiqué du ministère de l'Écologie, le 31 août. Cette modification intervient dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements de production d'électricité. Déjà, Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, avait annoncé mi-août le doublement des appels d'offres pour les installations moyennes de 120 MW à 240 MW (toitures par exemple) et les grandes de 400 MW à 800 MW (au sol notamment). La ferme France est concernée en premier lieu. « La ministre a annoncé des lots (des appels d'offres photovoltaïques, ndlr) pour les éleveurs, mais on ne sait pas trop comment faire pour conditionner cela. On pense que fin septembre début octobre ça devrait être réglé. Les discussions sont en cours », poursuit le spécialiste.

Manque d'investisseurs

Les évolutions politiques et la bonne volonté des agriculteurs ne font pas tout. « Le véritable problème, c'est la capacité de financement », développe Philippe Touchais. En agriculture, les installations sur toiture de panneaux photovoltaïques, de 100 kW en moyenne, coûtent entre 130 000 et 150 000 euros. « Le coût de l'installation a été divisé par cinq depuis 2010 », admet Pascal Chaussec, président de l'Apepha(1). Mais le prix de vente de l'électricité a aussi diminué. « Moins vite, mais il a diminué », poursuit-il. Sur le terrain, l'agriculteur explique que ce qui pose problème, ce sont les frais de raccordement au réseau. « ERDF demande aux agriculteurs de financer le raccordement. Cela peut aller de 50 à des centaines de mètres », développe-t-il. Le coût est donc très élevé. Le Crédit agricole réagit : « Nous sommes intervenus dans le financement des deux tiers des installations de méthanisation agricole et du parc photovoltaïque situé dans les fermes ». En outre, « en tant que première banque de l'agriculture, nous prêtons bien entendu une attention toute particulière aux diversifications innovantes qui s'ouvrent à nos clients ». Face aux besoins financiers que requiert l'installation de photovoltaïque à la ferme, l'état de la trésorerie des agriculteurs ne parvient pas toujours à convaincre les investisseurs, selon Pascal Chaussec. « C'est paradoxal. Le photovoltaïque et la méthanisation sont censés donner un revenu complémentaire aux agriculteurs dont le revenu est en difficulté. Mais pour développer cette activité, ils n'ont pas assez de trésorerie pour convaincre les financeurs », analyse l'agriculteur. 
1 Association des agriculteurs producteurs d'électricité photovoltaïque

 

Pas de concurrence avec l’usage agricole des sols 
En agriculture, le photovoltaïque est globalement installé sur les toitures des bâtiments agricoles. Néanmoins, quelques projets existent au sol. Philippe Chaussec, président de l’Apepha, explique : « Il existe des projets de photovoltaïque au sol dans le Sud ». Dans une note de 2010, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) rappelait qu’en matière de photovoltaïque, elle privilégie les projets d’intégration à des bâtiments existants : ces projets ne génèrent pas de concurrence d’usage des sols. Sur le site internet photovoltaïque.info, les spécialistes analysent ainsi : « Si les parcs photovoltaïques venaient à remplir l’objectif de 5 400 MW en 2020 (rehaussé à 8 000 MW en 2020 fin août, ndlr), ils occuperaient au total une superficie de l’ordre de 20 000 à 25 000 hectares de terrains, qui de plus ne seraient pas nécessairement agricoles ». Pour rappel la surface agricole utile en France est de 29 millions d’hectares.