Le Premier ministre séduit par la Biovallée
« La veille, après avoir évoqué la réforme des retraites à la télévision, j'ai vu le reportage sur la Biovallée. Et aujourd'hui, je suis très heureux d'être ici. La Vallée de la Drôme est un modèle de reconquête », a confié le Premier ministre, Edouard Philippe, à son arrivée sur l'écosite d'Eurre, le 13 septembre. Avec quatre autres membres du gouvernement*, dont le ministre de l'Agriculture, il est venu annoncer les 24 lauréats de l'action « Territoires d'innovation - Grande ambition » (Tiga), dont deux sont drômois : la Biovallée (840 km2 de part et d'autre de la rivière Drôme) et Valence-Romans. Les 24 projets, qui rassemblent des collectivités territoriales et des partenaires économiques sous l'égide de l'État, se répartiront 450 millions d'euros (150 de subventions et 300 d'investissements publics) provenant du Grand plan national d'investissement. L'objectif est d'accélérer les grandes transitions : écologique, évolution des pratiques agricoles, innovation dans le secteur de la santé..., notamment dans des territoires ruraux, villes moyennes et territoires d'industrie.
« Un amplificateur de motivations »
Pour la Biovallée, cela se traduira par 19,4 millions d'euros (M€) sur dix ans destinés à l'accompagnement d'une vingtaine de projets (53 M€) dans des domaines variés : autonomie énergétique, mobilité décarbonées, bio-économie, innovation et formation. Face au Premier ministre, plusieurs intervenants ont été choisis pour témoigner. Parmi eux, Philippe Huyghe, le président de la Biovallée, qui a rappelé l'ambition de ce territoire : « Faire de la transition écologique une source de développement économique durable et coopératif pour le bien-être et le "bien devenir" d'un territoire rural. [...] Toute notre vallée est prête et en mouvement pour continuer à relever les défis."Territoire d'innovation" sera un amplificateur de motivations. »
Une production bio à 80 % d'ici 2030
Dans la Biovallée, « 32 % des exploitations agricoles sont en bio, a souligné Jean Serret, président de la communauté de communes du Val de Drôme. L'élan est là pour répondre aux nouvelles demandes des consommateurs. » L'objectif d'une production agricole bio à hauteur de 80 % d'ici 2030 est fixé. Des programmes de recherche sont menés avec la chambre d'agriculture, l'Inra, l'Irstea, le Fibl... L'élu local a également mis l'accent sur le numérique qui, selon lui, « est en train de révolutionner les exploitations agricoles ».
Pour Alain Matheron, président de la communauté de communes du Diois, la labellisation de la Biovallée en Territoires d'innovation sera « un coup de "boost". Les zones rurales ont un avenir, de l'ambition et la solidarité financière est absolument nécessaire. » Un point de vue repris par Gilles Magnon, président de l'intercommunalité du Crestois et pays de Saillans.
Ppam : des perspectives « colossales »
Les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (Ppam) sont l'un des atouts de la Biovallée, d'autant plus que les perspectives sont « colossales », a indiqué Alain Aubanel, président de la fédération 26-07 des producteurs de Ppam. La France étant déficitaire (44 000 tonnes importées), « il y a donc de la place pour installer des jeunes, soutenir des reconversions », a-t-il fait remarquer. L'innovation est aussi un axe majeur vers de nouveaux débouchés, notamment dans le secteur de la santé. « La Biovallée nous apporte un terroir pour faire de la qualité, du lien entre l'amont et l'aval pour développer de nouvelles cultures et moyens de transformation. Mais, a ajouté Alain Aubanel, il faut que l'Etat nous protège du dumping social et environnemental et de réglementations obsolètes. »
Accompagner l'agriculture
« Cela fait plus de 25 ans que nous travaillons sur le développement de la bio et des circuits courts, a rappelé Jean-Pierre Royannez, président de la chambre d'agriculture de la Drôme. Ce n'est pas un hasard si la Drôme est le premier département bio de France. Avec les territoires, notre ambition est aujourd'hui d'accompagner l'évolution des systèmes de production, créer du lien entre l'amont et l'aval, organiser la production. Nous avons les compétences, encore faut-il que nous en ayons les moyens, a-t-il fait remarquer, clin d'œil à la proposition du Premier ministre de réduire de 15 % la taxe (TATFNB) qui finance le développement agricole conduit par les chambres d'agriculture.
Christophe Ledoux
* Le Premier ministre était accompagné de Jacqueline Gourault (ministre de la Cohésion des Territoires et des relations avec les Collectivités territoriales), Didier Guillaume (ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation), Emmanuelle Wargon (secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire) et Agnès Pannier-Runacher (secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances).
Le Premier ministre a dit /
« Les 24 territoires retenus dans le projet Tiga n'ont rien de commun si ce n'est de vouloir s'en sortir par l'innovation en fédérant des acteurs, des élus, a indiqué Edouard Philippe. Si nous voulons rester une nation prospère, il faut que nous puissions innover en permanence. » Le Premier ministre a mis l'accent sur les capacités des acteurs locaux à proposer des projets dans des domaines très différents. La logique des territoires d'innovation est « une démarche de jardiniers plus que d'ingénieurs, qui part de l'expertise locale », a-t-il ajouté. Par ailleurs, Edouard Philippe a annoncé un accompagnement de l'engagement des maires, des moyens pour les territoires dans la prochaine loi de finances ainsi qu'une accentuation de la décentralisation et de la déconcentration.C. L.
Biovallée /
Ambitions à l'horizon 2030
- Développer une production agricole bio à hauteur de 80 %.- Développer le marché local ainsi que l'économie circulaire et solidaire.
- Réduire de 30 % les déplacements en voiture individuelle et les émissions de CO2 liées au transport.
- Réduire de 30 % le tonnage des déchets.
- Réduire de 50 % la consommation d'énergie.
- Passer de178 à 790 Kwh produits localement.
- Augmenter de 20 % les emplois dans l'agriculture.
Valence-Romans : capitale des start-up de territoire /
Ambitions à l'horizon 2030
- Ramener le taux de chômage à 7 % et le taux de pauvreté sous la barre des 10 %.- Engager 2 500 citoyens dans des start-up du territoire avec la création de 100 nouvelles entreprises et 1 500 emplois supplémentaires.
- Constituer un modèle de référence duplicable au sein du « réseau Start-up » étendu à 80 territoires français et européens.
- Budget : 22,1 millions d'euros dont 6,9 de subventions.