Le semis direct du colza est rentable sous conditions
Des actions d'ameublissement, de restructuration et de réduction d'agresseurs (rongeurs, limaces, graminées) sont nécessairement menées lors des successions céréales-protéagineux ou céréales cultures de printemps. Elles représentent des opportunités pour l'implantation du colza qui suit en semis direct. Une implantation en semis direct permet de limiter les tassements et l'érosion, d'augmenter l'activité biologique, d'améliorer le bilan énergétique et de gagner du temps. Cependant, réalisé dans de mauvaises conditions, il peut également fortement compromettre le rendement.
Gestion des pailles
Le semis direct limite la germination des adventices lorsqu'il est pratiqué à vitesse réduite (6 kilomètres par heure au maximum) avec un semoir à disques. L'absence de flux de terre limite la pollution dans les inter-rangs. La gestion du couvert pailleux, utile pour préserver la fraîcheur du sol, se pratique dès la récolte par un broyage et une répartition homogène des bruns. Il convient d'éviter l'enfouissement superficiel de la paille qui assèche le sol, consomme de l'azote et provoque un lit de semence non homogène, difficile à rappuyer. Un ou deux passages d'herse-peigne, peu agressifs (le sol n'est pas ou peu touché), peuvent s'avérer utiles pour répartir ces résidus.
Le Cétiom conseille également d'équiper le semoir de chasse débris, nettoyant la ligne de semis. Cela paraît indispensable pour assurer le positionnement de la graine dans un milieu non encombré.
Structurer le sol
À chaque type de sol et de condition météo, il convient d'adapter le travail. Le semis dans un sol soufflé, en sols argileux et argilo-calcaires peut provoquer un mauvais contact entre la terre et la graine, avec des effets visibles dès l'automne : mauvais enracinement, défauts de croissance du pivot et rythme de croissance foliaire très faible, présageant des dysfonctionnements au printemps. Le rappuyage de la ligne de semis permet d'éviter ou de limiter le risque. Le semis dans un sol trop tassé ou asséché entraîne inéluctablement des problèmes d'enracinement (mauvaise exploration des racines, pivots fourchus ou coudés) et des croissances foliaires tardives. Il nuit au processus d'élaboration du rendement (nombre de siliques et de graines, remplissage des graines). La qualité de l'enracinement varie considérablement selon les types de travail du sol préalable.
Source : Sauzet-Casdar "Redusol"
Focus /
Le strip-till : les avantages du semis direct
Le strip-till ou simple travail de la ligne de semis est une alternative intéressante au non-travail, puisqu’il assure le nettoyage de la ligne de semis, la fissuration sans perturber l’inter-rang. Certes, cette action peut occasionner des levées d’adventices sur le rang et limiter la fabrication de terre fine mais elle présente un intérêt certain en été. Le sol doit être ressuyé, la vitesse de travail réduite et la profondeur de fissuration optimale entre 10 et 15 centimètres selon les types de sol.
En sols argileux, un peu frais, la ligne peut être mal refermée, en situation plus sèche, on note un manque de terre fine et dans les deux cas un positionnement de la graine hétérogène. Une fissuration précoce, en bonnes conditions, peut être envisagée, le semis s’effectuant quelques jours après sur une terre émiettée.
En sol de limon, de sable, les actions simultanées (fissuration - semis) fonctionnent bien. Ce procédé combine un travail du sol plus ou moins profond (5 à 30 cm) sur une bande de largeur variable (5 à 10 cm), à des écartements variables (37,5 à 75 cm pour le colza) et des zones interbandes non travaillées avec un semis monograine.
Dans le cadre du projet Casdar Rédisol, le Cétiom a réalisé deux ans d’essais en grandes bandes avec des semoirs équipés de différentes dents. Une simple fissuration à 15 cm avec une dent étroite et à faible vitesse donnerait de bons résultats. En sol argilo-calcaire et sableux, le strip-till assure la mise en place d’un colza plus robuste, mieux implanté et plus productif qu’en semis direct. En sol plus profond, si le travail du sol ne nuit pas à la croissance racinaire, les performances des deux techniques sont comparables, mais le strip-till est plus sécurisant. Les travaux devront être poursuivis afin d’affiner ces résultats.