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Elevage

Le Sommet de l’élevage, carrefour entre commerce et messages syndicaux

Place forte du monde de l’élevage à l’échelle nationale, européenne et internationale, le Sommet de l’élevage, qui a fermé ses portes vendredi 6 octobre à Clermont-Ferrand, confirme son attractivité en se rapprochant de la barre des 100 000 visiteurs. Ce record est d’abord dû à une mobilisation de toutes
les filières.
Le Sommet de l’élevage, carrefour  entre commerce et messages syndicaux

2017 restera dans les annales comme l'une des éditions les plus réussies du Sommet de l'élevage. Une réussite d'abord par l'envergure du plateau d'exposition proposé (1 463 exposants répartis sur 78 000 m² de stands), mais aussi par le spectacle inégalé des concours et présentations animales organisés dans l'enceinte prestigieuse du Zénith de Clermont-Ferrand Cournon. Attirés par ce programme de choix, les visiteurs ne s'y sont pas trompés en participant en masse à cette
26e édition. En trois jours, ils ont été 93 000 à déambuler dans les allées du Salon, soit 5 000 de plus qu'en 2016. De quoi donner le sourire au président du Sommet, Jacques Chazalet : « Le professionnalisme et la convivialité du Sommet ont fait la différence. C'est désormais un carrefour d'affaires international indéniable ». (lire ci-dessous). C'est d'ailleurs au niveau international que les organisateurs situent le potentiel de développement de l'événement.

Un ministre en visite au Sommet

C'est justement pour honorer un rendez-vous international que le ministre de l'Agriculture a atterri à Clermont-Ferrand, jeudi, dans la soirée. Au programme pour Stéphane Travert : la réunion annuelle du comité mixte ministériel France Iran, pour la première fois, délocalisée. La tenue de ce rendez-vous au cœur du berceau des races à viande ne doit rien au hasard. « Elle est le fruit d'un travail engagé avec l'Iran, invité d'honneur du Sommet de l'élevage », suggère Benoît Delaloy, chargé de mission international au Sommet de l'élevage. Si la teneur des échanges du jeudi soir entre les dirigeants des deux États est restée confidentielle, en revanche, Stéphane Travert s'est prêté sans encombre et avec un plaisir non dissimulé aux échanges avec les éleveurs, les responsables professionnels, le lendemain, lors de sa visite du Sommet. Arpentant durant plus de trois heures le Salon, le vendredi 6 octobre, le ministre a fourni des éclairages sur les sujets du moment... Sur les États généraux de l'alimentation, en attendant les premiers arbitrages du président de la République, Stéphane Travert a rappelé la feuille de route du gouvernement : « Il s'agit, pour nous, de faire en sorte que les filières puissent bien contractualiser pour créer ces conditions de revenus avec les producteurs. Aujourd'hui, il y a une référence, c'est le consommateur. C'est celui qui vote, qui choisit une alimentation de qualité. Les consommateurs veulent une alimentation saine, durable et qui leur soit accessible, et c'est avec les filières que nous allons construire le dispositif pour y répondre ».

Michel Joux, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, et Patrick Bénézit, président de la FRSEA Massif central, secrétaire général adjoint de la FNSEA, aux côtés du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. © SC

« Notre priorité pour les ICHN, ce sont les zones de montagne »

En plein cœur du Massif central, Stéphane Travert a également été interrogé sur les ICHN (indemnités compensatoires de handicaps naturels). Aux inquiétudes des professionnels sur le budget alloué aux ICHN, le ministre a répondu : « La priorité sur les ICHN, ce sont les zones de montagne. Ici, nous continuerons à aider les éleveurs avec l'ICHN. Nous avons obtenu de la Commission européenne que nous puissions effectuer une révision du zonage. Nous allons donc travailler avec nos partenaires à l'élaboration d'une nouvelle carte et, bien évidemment, notre priorité pour l'ICHN, ce sont les zones de montagne ». Rassurant sur le budget ICHN, Stéphane Travert a été, selon Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA, « beaucoup plus flou sur la révision des zones défavorisées ». Enfin, trois jours avant la manifestation d'envergure contre le loup, organisée à Lyon par le réseau FNSEA-JA-FNO, le ministre a évoqué ce dossier sensible : « Défendre et protéger les éleveurs est notre objectif. Nous ne pouvons pas fonctionner durablement en terme comptable. Nous devons regarder ce qui se passe à l'échelle des territoires, en mettant des mesures importantes, là où l'impact est très fort ». Reste à savoir ce qu'entend le ministre par mesures importantes... 

Sophie Chatenet

 

Perspectives / Le pôle ovin a été l’un des espaces les plus dynamiques du Sommet de l’élevage. Les acteurs de la filière y ont présenté mercredi 4 octobre le dispositif Inn’Ovin qui vise à dynamiser la production ovine en France.


Une vitrine inégalée pour la filière ovine

Compagnons du Sommet de l’élevage depuis ses débuts, les éleveurs ovins disposent depuis plusieurs années déjà d’un hall dédié, où chaque année, éleveurs, opérateurs et visiteurs ont plaisir à se retrouver. Mercredi, autour de la présidente de la FNO, Michèle Boudoin, de Maurice Huet, président de l’interprofession ovine, Patrick Soury est revenu en détail sur Inn’Ovin, démarche dont il préside le comité d’orientation. La production ovine bénéficie aujourd’hui d’un contexte qui n’a jamais été aussi favorable. « Inn’Ovin a été construit par les grands acteurs de la filière ovine et a pour objectif de créer une dynamique positive sur l’ensemble des territoires favorisant l’installation et le développement de l’élevage ovin ». Avec seulement 41 % de la consommation nationale couverte par la production hexagonale, la filière ovine offre effectivement des perspectives. « Nous devons non seulement séduire les nouvelles générations de consommateurs en leur proposant des nouveaux modes de consommation de l’agneau (snacking, haché…), mais aussi communiquer auprès des jeunes des établissements agricoles pour les amener vers la production ovine », résume Michèle Boudoin.
De gauche à droite : Michèle Boudoin, Maurice Huet, Patrick Soury et Claude Font.

Entre le loup et l’agneau : il faudra choisir
Temps fort pour la filière ovine, le Sommet de l’élevage est aussi l’occasion de nouer des échanges avec les visiteurs étrangers. « Ils sont intéressés par notre génétique », confirme Claude Font, président de la section régionale ovine Auvergne-Rhône-Alpes. Si l’heure est à la promotion de la filière, les responsables professionnels ne perdent pas pour autant de vue les sujets de préoccupation du moment, en premier lieu desquels, le Brexit : « Tant que nous n’avons pas réglé les problèmes afférant au Brexit, il est inconcevable d’engager des discussions avec l’Océanie. Le nœud du problème passe par le Royaume-Uni. Les Anglais nous envoient 52 % de leurs agneaux, et avec le Brexit, ils sont très compétitifs (baisse de la livre sterling de 11 %), et ils continuent de toucher les aides Pac, car officiellement ils sont toujours dans l’Europe », souligne Michèle Boudoin. Autre sujet brûlant, celui de la prédation. L’occasion pour les professionnels de rappeler l’origine du grand rassemblement qui s’est déroulé à Lyon, le lundi 9 octobre, à l’initiative de la FNO, de la FNSEA et des JA. « Le nouveau plan loup, annoncé le 12 septembre dernier par le gouvernement, est complètement déconnecté de la réalité des éleveurs. Le massacre de nos élevages et du pastoralisme par les loups est l’affaire de tous : éleveurs, agriculteurs, maires, touristes, citoyens », résume Claude Font.  
S. C.

 

En bref
Une deuxième halle à l’horizon 2020
En visite au Sommet de l’élevage, mercredi 4 octobre, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé vouloir débloquer 10 millions d’euros pour créer une halle supplémentaire de 10 000 m² sur le site de Cournon d’Auvergne. Laurent Wauquiez a présenté le coût global de l’opération : 20 millions d’euros. Dans le cadre d’une délégation de service public, le gestionnaire financera les 10 millions d’euros restant. Le président de la Région a indiqué que la deuxième halle devrait être livrée pour le Sommet de l’élevage de 2020.
La filière cunicole  Sud-France se structure
Les acteurs de la filière cunicole du Grand Sud ont présenté le « pacte d’avenir lapin », un document reprenant les engagements de la filière au niveau national, qui sera décliné en région par l’interprofession lapins Grand Sud. Véritable feuille de route, le pacte s’articule autour de deux axes majeurs : la communication et la promotion de la filière ; la modernisation et l’adaptation de la production aux besoins du marché : renforcement de la biosécurité dans les élevages, poursuite de la réduction de l’usage des antibiotiques, développement du bien-être animal et implantation de systèmes d’élevage alternatifs et amélioration des performances environnementales en élevage.
Le consortium des fabricants d’aliments
Nutri-Acces est la nouvelle union des industriels du secteur de la nutrition des animaux d’élevage. Elle rassemble des entreprises et des coopératives d’Auvergne-Rhône-Alpes, de Bourgogne- Franche-Comté et de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Créée il y a tout juste un mois, Nutri-Acces compte 37 entreprises privées et coopératives ; 79 usines d’aliments du bétail et représente 2,63 millions de tonnes d’aliments commercialisées. Un chiffre relativement stable par rapport à l’an dernier. « Se faire connaître auprès des décideurs, travailler en réseau sur la durabilité des systèmes, le sourcing des matières premières… Tels sont les enjeux majeurs de la nouvelle entité », résume Émile Nicot, président de Nutri-Acces.
Une première pour la hereford
Tête blanche, queue blanche et pattes blanches, la hereford est facilement identifiable. La race a organisé pour la première fois un concours national au Sommet de l’élevage avec huit bêtes inscrites. « Au sein de l’organisme de sélection, nous avons 70 éleveurs et nous estimons qu’une centaine d’élevages font de la hereford en France », explique Pascal Bastien, président de l’OS. Si la race a clairement l’ambition de se développer dans l’Hexagone, elle n’entend pas non plus envahir les fermes : « Nous sommes sur un marché de niche répondant parfaitement à la demande des consommateurs. Celle de manger moins de viande  mais d’en manger de la très bonne. Nous savons que sur les viandes à maturer comme l’angus ou la hereford, il y a un marché national à saisir car ces produits sont généralement importés ». Les animaux de la race hereford sont réputés pour être dociles, productifs et faciles à conduire.