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Elections départementales

Le vote FN s'enracine dans les campagnes

Comme les autres catégories de la population, les ruraux ont voté massivement pour le Front national lors des élections départementales.
Le vote FN s'enracine dans les campagnes

Alors qu'il n'était pas présent partout lors des élections précédentes, le Front national a adoubé des candidats dans la quasi-totalité des cantons français. « C'était déjà le signe d'une forte implantation qui laissait présager un succès aux élections », estime Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l'Ifop, invité au Conseil d'administration de la FNSEA, le 16 avril. Il a ainsi fait jeu égal avec l'UMP et le PS, présents également dans la quasi-totalité des 2 000 cantons. Alors que Europe-Ecologie-Les Verts n'était présent, sous ses propres couleurs, que dans 19 % des cantons et le Front de Gauche dans 60 %. Par rapport aux élections précédentes, le FN conserve ses points forts dans le Nord, l'Est, la région parisienne, le Centre et le Sud-Est et le littoral méditerranéen. Il est moins présent dans l'Ouest, le Massif central, ainsi que dans le Sud-Ouest, à l'exception de la vallée de la Garonne. « Mais il a partout progressé et son niveau est monté partout» quelles que soient les régions françaises, observe Jérôme Fourquet. Comme s'il avait franchi une nouvelle marche d'escalier. « Et si la ruralité de l'Ouest lui résiste, en revanche dans le Grand Est, la dynamique du FN est engagée, y compris dans les cantons ruraux », précise-t-il. Il était en effet en duel avec la droite dans une majorité de cantons dans le quart nord-est de la France pour le second tour, alors qu'on a retrouvé le clivage traditionnel gauche/droite dans l'Ouest et le Sud-Ouest. Certes, le Front national n'a conquis que 31 cantons en tout et pour tout. Mais dans une centaine d'autres, il a réalisé des scores compris entre 40 et 49,9 %. Pour dire que la victoire lui a échappé de peu.

Effet domino

Dans les zones rurales, l'Ifop observe que la progression du Front national est d'autant plus élevée que les candidats sortants ne se représentaient pas. Dans les autres cantons où il y avait un sortant, il reste stable et même il décline quand il y avait deux sortants. Ce qui signifie qu'il y a encore une prime aux notables locaux dans les campagnes. Mais ce qui caractérise cette élection départementale, c'est l'enracinement du Front national dans les villes où il a gagné les municipales. Ainsi, dans les dix principales villes qu'il a conquises, le Front national a fait basculer à son profit le ou les cantons qui englobaient les communes victorieuses. C'est le cas de Béziers par exemple. Dans les quatre autres cas, le FN ne remporte pas le canton mais il est en tête au second tour dans le chef-lieu de canton comme à Hayange en Moselle, à Cogolin et au Luc dans le Var. Souvent le FN arrive en tête non seulement dans le chef-lieu de canton mais également dans de nombreuses communes voisines comme à Villers-Cotterêts dans l'Aisne et dans le Sud Est. Ainsi, le FN a capitalisé sur sa victoire pour asseoir sa domination sur des villes, mais aussi sur des territoires plus vastes. Comme une tache d'huile. Comme toujours, ce sont la désertification, l'abandon des services publics, la progression de la délinquance et l'insécurité dans les campagnes, les activités économiques qui périclitent et la fermeture des usines, la perte d'identité face à l'immigration, l'ouverture des frontières et la mondialisation, bref, la perception d'être d'abandonné qui déterminent le vote à l'extrême droite. Et ce n'est pas la création de 13 grandes régions françaises construites autour de grandes métropoles qui va mettre un terme à ce processus, en renforçant le sentiment d'isolement des territoires ruraux, estime Jérôme Fourquet.

Michel Bourdoncle (Actuagri)