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États-Unis

Les agriculteurs étaient en majorité derrière Donald Trump

Les agriculteurs américains étaient, en majorité, favorables à Donald Trump, élu le 8 novembre à la présidence des États-Unis. Selon eux, l’évolution de leur secteur et de leur revenu nécessite un changement. Et en premier lieu l’allégement des réglementations auxquelles ils sont soumis.

Les agriculteurs étaient en majorité derrière Donald Trump

Quelque 55 % des 662 000 agriculteurs américains propriétaires d'au moins 200 acres de terres (81 ha) étaient favorables à Donald Trump, 18 % seulement à Hillary Clinton, selon un sondage réalisé par l'hebdomadaire Agri-Pulse avant l'élection du 8 novembre. 86 % des exploitants interrogés n'étaient pas satisfaits de la situation globale de leur pays - contre environ 70 % de mécontents dans la population en général - et plus de 60 % déploraient l'état général de leur secteur.

Une population agricole en mutation

En 2012, les États-Unis comptaient 3,2 M d'agriculteurs - soit 3,1 % de moins qu'au recensement de 2007 - qui exerçaient leur activité sur 2,1 millions d'exploitations (- 4,3 % par rapport à 2007). L'agriculture est « essentiellement familiale (87 % des exploitations en 2012) et pratiquée sur des petites et moyennes surfaces : 69 % des exploitations font moins de 72 hectares ». La tendance est à l'agrandissement des exploitations. 14 % des exploitations américaines (300 000) généraient, en 2012, 85 % de la production agricole américaine totale. La population agricole américaine est vieillissante. En 2012, l'âge moyen des agriculteurs s'élevait à 58,3 ans. Il était de 57,1 ans en 2007 et 54,3 ans en 1997. Les minorités sont de plus en plus représentées dans la population agricole. La part de producteurs issus de minorités, exerçant l'agriculture à titre principal, a augmenté de 20 % entre 2007 et 2012. 7,2 % des producteurs ayant l'agriculture comme activité principale étaient ainsi issus d'une minorité en 2012 : les Hispaniques d'abord (67 000), puis les Amérindiens (38 000), les Noirs (30 600) et enfin les Asiatiques (11 200). Les États clés, dits « swing states », qui ont offert la victoire à Donald Trump à l'élection présidentielle sont des territoires particulièrement ruraux. La Caroline du Nord, notamment, possède la plus grande population agricole derrière le Texas.

Trop de réglementations

Les agriculteurs américains subissent depuis 2013 un déclin constant de leur revenu agricole net et veulent donc du changement même si, selon le média canadien La Terre, « certaines politiques de Trump, comme l'expulsion des travailleurs illégaux, pourraient nuire à plusieurs exploitations ». L'American Farm Bureau juge en particulier que les producteurs sont soumis à trop de réglementations, une critique partagée par le futur locataire de la Maison blanche qui s'était engagé, entre autres, à supprimer l'Agence de protection de l'environnement (EPA). Les républicains ont par ailleurs remporté le Sénat et conservé le pouvoir à la Chambre des représentants, fournissant une majorité parlementaire sur laquelle le président élu pourra s'appuyer. 

 

L’agriculture américaine  laisse entrevoir des failles

Le monde rural semble s’être prononcé pour Donald Trump. Cet appel au changement est-il le signe d’une désillusion des agriculteurs américains ? Si l’agriculture des États-Unis reste d’assez loin à la première place mondiale, les statistiques laissent apparaître une domination qui s’affaiblit et des mutations dans la structure même de la population agricole américaine.

Mastodonte de l’économie mondiale, les États-Unis constituent le premier exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires, devant l’Union européenne. En 2014, leurs exportations s’élevaient à plus de 182 milliards d’US dollars. Pour avoir un tel poids dans les échanges internationaux, les États-Unis ont misé sur certains secteurs stratégiques. Ils produisent notamment plus de 35 % du maïs mondial (345,5 Mt en 2015-2016) ; 34 % du soja (107 Mt) et plus de 20 % des céréales (423,1 Mt). Comme dans ces trois secteurs, l’agriculture américaine est la première productrice mondiale de viande bovine (11,33 Mt), devant le Brésil, et de volailles (21,22 Mt) devant l’UE et le Brésil. Entre 2004 et 2014, les États-Unis ont augmenté leurs exportations agricoles de 125 %. Et pourtant : si, en 2016, ils restent le premier exportateur mondial, d’autres États ont su progresser plus vite encore et dépasser les Américains dans des secteurs qu’ils dominaient historiquement. En 2012, le Brésil leur ravit la place de leader mondial de l’exportation de soja. Première exportatrice mondiale de blé jusqu’en 2013, l’agriculture américaine s’est vue rétrogradée, en 2016, au pied du podium, derrière l’UE, la Russie et le Canada. La domination américaine perdure, mais la concurrence vient chatouiller son économie.


Des pratiques qui font débat

Le monde rural semble, selon les observateurs américains, s’être prononcé pour Donald Trump.
Dans un souci de productivité maximale, les États-Unis ont mis en place des pratiques agricoles spécifiques, inquiétantes pour une frange de la population américaine et européenne, et source de divergences dans les négociations des accords de libre-échange. 93 % des surfaces en maïs, 96 % des surfaces en soja et 96 % des surfaces en coton étaient OGM aux États-Unis en 2014. Le territoire américain avait ainsi la plus grande surface mondiale de production OGM, avec 73,1 millions d’hectares, soit 40 % de la surface OGM totale mondiale. Les pratiques dans l’élevage bovin sont également débattues. Selon Interbev, « deux tiers des bovins américains sont engraissés au sein de parcs d’engraissement contenant plus de 8 000 bovins » et 39 % de la production sont issus de parcs de plus de 32 000 bovins. Les animaux y seraient nourris « à base de maïs OGM » et « d'additifs alimentaires utilisés comme activateurs de croissance ».  

 

Libre-échange / Les accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux - notamment celui en cours de négociations avec l’UE - n’auront plus le soutien des États-Unis, si l’on en croit les promesses de Donald Trump, élu le 8 novembre à la présidence des États-Unis.

L’élection de Donald Trump rebat les cartes

Le 8 novembre dernier, Donalp Trump a été élu 45ème président des États-Unis.

«Je veux dire à la communauté internationale que, si l’Amérique passera toujours en premier, nous serons justes avec tout le monde », a déclaré Donald Trump peu après son élection, le 8 novembre, à la présidence des États-Unis. « Le changement commencera dès mon premier jour », avait-il toutefois averti le 22 octobre, annonçant son « intention de renégocier » l’accord de libre-échange nord-américain (Nafta) avec le Canada et le Mexique entré en vigueur le 1er janvier 1994 et de se retirer du partenariat transpacifique (TPP) conclu le 5 octobre 2015 avec 11 autres pays. Objet de laborieuses négociations entre l’UE et les États-Unis, le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) - dossier justement à l’ordre du jour d’une réunion des ministres du Commerce des Vingt-huit le 11 novembre à Bruxelles - devrait aussi faire les frais de la promesse de Donald Trump de « protéger » les Américains. Ce dernier suggérait déjà en juillet que l’Europe s’est construite pour « battre les États-Unis en ce qui concerne le commerce ».
« Renégocier ou sortir de l’OMC »
« Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC. Ces accords commerciaux sont un désastre. L’OMC est un désastre »,  avait aussi déclaré Donald Trump lors d’une discussion sur la question de l’emploi aux États-Unis face à la concurrence du Mexique. Le félicitant pour son élection, Roberto Azevêdo, le directeur général de l’organisation mondiale - candidat au renouvellement de son mandat qui expire le 31 août 2017 - a assuré que celle-ci « reste prête à travailler avec la nouvelle administration » américaine. Dans une lettre commune adressée le 9 novembre à Donald Trump pour le féliciter, le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, invitent le vainqueur de l’élection présidentielle américaine à « se rendre en Europe pour un sommet UE/États-Unis dès que cela lui conviendra », soulignant « qu'il est plus important que jamais de renforcer les relations transatlantiques ».