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Dons alimentaires

Les agriculteurs généreux et solidaires

L’entrée dans l’hiver est aussi la saison des dons alimentaires. En la matière, les agriculteurs apportent une contribution historique et déterminante aux banques alimentaires dont la 31ème collecte a été lancée le 26 novembre dernier.

Les agriculteurs généreux et solidaires

«Nos premiers dons sans les avoir sollicités sont venus des agriculteurs », rappelle Bernard Dandrel, cofondateur de la première banque alimentaire en 1984 et qui en compte aujourd'hui 79. « Ils nous ont donné, à l'époque, des dizaines de milliers de pains à travers des boulangeries en leur fournissant de la farine et en les payant eux-mêmes », précise-t-il. À l'époque, l'organisation à l'initiative de cette démarche était la Fondation des céréaliers français (Fert), une initiative accueillie à bras ouverts par les créateurs de la banque alimentaire. Le contexte en 1984, se remémore Bernard Dandrel, se caractérisait par une ambiance de forte crise et une montée en puissance de la pauvreté.

« Les agriculteurs donnent l'équivalent de 60 millions de repas par an »

Cette contribution du secteur agricole a permis une réaction en chaîne qui a intégré par la suite différents types d'opérateurs tels que les industriels et les distributeurs. « Les agriculteurs rassemblent près de 30 000 tonnes de denrées chaque année, équivalant à 60 millions de repas en moyenne », précise Jacques Baillet, président de la Fédération française des banques alimentaires. « Ce qui fait la grande force de cette fédération, c'est qu'elle est le seul et unique interlocuteur de l'État et des collectivités. Elle joue un rôle d'interface entre les différents partenaires, industriels, distributeurs et associations », explique Bernard Dandrel. L'enjeu de la collecte annuelle à l'échelle du territoire reste crucial. « Près de 30 % des volumes récoltés sur l'année sont réalisés sur ces deux jours », souligne Pierre Ruban, président de la Banque alimentaire d'Île de France (BAPIF). Pour sa part, Jacques Baillet insiste sur « le grand mouvement de solidarité nationale », énumérant les différentes parties prenantes de cette action, avec les 5 000 associations (Emmaüs, le Secours catholique et les Petits frères des pauvres pour ne citer que les plus connues) et centres de distribution qui fournissent pas moins de 200 millions de repas chaque année. Entre 1985, année de la première collecte, et aujourd'hui, les volumes collectés sont passés de 129 tonnes à plus de 12 000. Un label « entreprise solidaire » rassemble les entreprises signataires sur la base d'une convention nationale et d'un engagement sur trois ans avec les banques alimentaires. « Pour obtenir ce label, qui a été créé en 2010, il faut, en plus des dons, apporter un capital à minima de 50 000 euros », développe Thérèse Pourriot, responsable mécénat au sein de la fédération. Pour l'heure, près d'une vingtaine d'entreprises ont souscrit à ce label.

Solaal, facilitateur de dons alimentaires

Présidente de la Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPL) pendant 11 ans, Angélique Delahaye est aujourd'hui à la tête de Solaal, fondée en mai 2013 par le regretté Jean-Michel Lemétayer, en prévision de la fin des quotas laitiers qui étaient la base des dons de lait des éleveurs. La maraîchère d'Indre-et-Loire, basée entre Tours et Ambroise, s'est investie dans les dons alimentaires suite à la crise de E. coli qui avait fortement marqué les esprits. « J'ai dû jeter des tonnes de concombres, tomates et salades. J'en ai donné beaucoup aussi. À cause de ce sacro-saint principe de précaution, les acteurs de la filière ne voulaient pas prendre le risque de commercialiser nos légumes », se souvient-elle. Une crise qui aura servi de détonateur à l'engagement d'Angélique.

La présidente de Solaal, Angélique Delahaye, souhaite l’ouverture d’une antenne de l’association en région Rhône-Alpes.
Aujourd'hui, l'association compte une plateforme nationale qui intervient pour les gros volumes et treize antennes en région, inéquitablement réparties sur le territoire (une partie de l'Est du pays n'est pas couverte). « Nous jouons le rôle de facilitateur, d'intermédiaire entre les besoins des banques alimentaires et les dons du monde agricole, en travaillant en lien avec les transporteurs », résume la présidente. « Le don fait partie de l'ADN de l'agriculteur », insiste-t-elle. « Beaucoup ne demandent même pas d'avoir fiscal. Mais il reste aléatoire, il est lié aux crises, au marché. On ne va pas donner ce que l'on peut vendre, on ne peut pas donner notre revenu. » Les dons des agriculteurs et des filières sont aujourd'hui à 95 % des produits frais, en ce moment beaucoup d'œufs, d'endives et de pommes, à cause de l'embargo russe notamment. Une partie peut être transformée en compotes. L'association projette aussi de produire des flocons de pommes de terre. Angélique Delahaye se félicite du travail accompli par son organisation. Depuis la création de Solaal, l'équivalent de 11 millions de repas ont transité par l'association, « et la croissance s'accélère ! » L'expertise de Solaal est aujourd'hui reconnue aussi bien par les pouvoirs publics que par les organismes de solidarité. « Au point que nous avons été sollicités pour l'organisation d'un repas dans le cadre de la COP 21, uniquement à partir de produits non commercialisés qui auraient dû être jetés ». La chasse au gaspillage alimentaire est lancée. 

 

Dons alimentaires à l’échelle européenne

« Il existe 270 banques alimentaires en Europe », précise Vincent Guilbert, chef de projet bénévole au sein de la Fédération européenne des banques alimentaires (Feba), poursuivant : « cela représente près de 400 000 tonnes de nourriture distribuées par an ». Le rôle de la Feba est de réunir les différentes Fédérations nationales pour ne parler que d’une seule voix à Bruxelles. Elle diffuse également les bonnes pratiques et tente de convaincre de nouveaux industriels d’adopter la démarche de dons. Mais des difficultés persistent dans certains États. « Il est plus cher de donner que de jeter dans certains pays comme aux Pays-Bas ou en Norvège », évoque, contrarié, Vincent Guilbert. Les réglementations ne proposant pas la défiscalisation des dons demeurent le frein majeur à sa progression.