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Crise agricole

Les agriculteurs restent mobilisés

Après l'accord sur la hausse du prix de la viande et alors que les agriculteurs restent mobilisés, un accord sur le prix du lait a été obtenu. Retour sur l'ensemble des faits marquants de la toute fin de semaine dernière.
Les agriculteurs restent mobilisés

Les manifestations se sont poursuivies durant le week-end du 25 juillet

Les manifestations d'éleveurs se sont poursuivies durant le week-end des 25 et 26 juillet. Les actions allaient des opérations escargot sur les routes, des péages gratuits et, surtout, contrôles de camions ou de grandes surfaces sur la provenance des viandes, etc. Les départements du Sud-Ouest étaient particulièrement touchés avec, souvent, des déversements de pneus, palettes, cailloux, pailles dans les grandes surfaces, le hard discount étant particulièrement visé, mais pas seulement. Bon nombre de syndicalistes, majoritairement sympathisants des syndicats majoritaires FNSEA et JA, ont annoncé rester mobilisés.

Hier soir et ce lundi matin, en Alsace et dans le Sud-Ouest, des barrages ont été dressés aux frontières etre l'Allemagne et l'Alsace. La contenance des camions étrangers transportant des denrées agricoles est contrôlée.

88 % des Français approuvent le mouvement des éleveurs

D'après un sondage BVA réalisé pour Orange et iTélé sur un échantillon de 1007 personnes, la mobilisation des éleveurs est approuvée par 88 % des Français. Le soutien est plus manifeste chez les actifs (91 %) et les catégories les plus précaires (93 % chez les ouvriers), ainsi qu'au sein des sympathisants de droite (94 %), contre 83 % des sympathisants de gauche. Ces résultats sont confortés par l'image positive dont jouissent les éleveurs auprès des Français, puisque 89 % en ont une bonne opinion, une tendance encore plus forte auprès des habitants des communes rurales (95 %). Enfin, 81 % des Français se disent prêts à faire un effort financier pour privilégier le lait et la viande française pour permettre aux éleveurs de bénéficier d'un meilleur prix pour leur production.

Accord sur le lait : 3 à 4 centimes par litre de plus selon la FNPL

A la sortie de la table ronde qui réunissait les acteurs de la filière laitière le 24 juillet, Stéphane Le Foll a annoncé une hausse des prix des produits laitiers qui serait répercutée "en entier" sur les producteurs. Ainsi, jusqu'à la fin de l'année 2015, les prix devraient remonter et être maintenus à hauteur de ceux de la fin de l'année 2014 (340€/t) selon le ministère. Les acteurs de la filière se réuniront à nouveau après le conseil agricole européen consacré à la crise de l'élevage qui se tiendra le 7 septembre prochain. Dans l'intervalle, le médiateur sera mobilisé et son équipe renforcée, afin de vérifier que tous les acteurs respectent leurs engagements. Stéphane Le Foll rencontrera également, autour du 20 août, son homologue allemand, pour aborder avec lui la question du marché du lait.

Dans un communiqué diffusé quelques heures après l'accord du 24 juillet sur le lait obtenu lors d'une réunion au ministère de l'agriculture, la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) estime avoir été entendue alors qu'elle réclamait 3 à 4 centimes de plus par litre de lait payé au producteur. « Les transformateurs laitiers se sont engagés à la répercussion intégrale des sommes perçues dans le cadre des hausses de tarifs consenties par les distributeurs dans cet accord » affirme le syndicat qui poursuit : « La distribution s'est engagée à s'approvisionner 100 % français dans ses rayons ». « La FNPL est satisfaite de voir ses revendications entendues ».

Les industriels laitiers réunis au sein de la Fnil ont relativisé la portée de l'accord signé dans la matinée. Selon la fédération, « les discussions entre les différents acteurs de la filière ne concernent qu'une partie des produits laitiers, MDD et 1er prix (beurre, crème, lait de consommation, yaourts natures et emmental) et exclut une part importante des produits de grande consommation ainsi que ceux destinés à l'export. » La fédération des industriels estime donc qu'il « est donc impossible à ce jour d'assurer un prix d'achat minimum au 1000 litres, comme annoncé par certains ». Les industriels du secteur laitier se sont cependant engagés à ce que les hausses consenties par la grande distribution soient entièrement reversées aux producteurs laitiers. Et de rappeler que « que les prix actuellement pratiqués dans les autres pays d'Europe du Nord ne sont de l'ordre que de 280 euros/1000 litres de lait ».

Lait : X. Beulin appelle à faire preuve de modération dans les actions syndicales

Suite à la table ronde du 24 juillet au ministère de l'Agriculture avec les acteurs de la filière laitière, Xavier Beulin, président de la FNSEA, et Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, ont concédé que l'accord garantissant un prix du lait au dessus de 340€/t jusqu'à la fin de l'année devrait permettre de "passer le cap". "Il faut un rattrapage sur les prix des produits laitiers" a insisté X. Beulin qui indique qu'ils ont chuté de 12% depuis 18 mois. Les deux syndicalistes attendent désormais des prises de décision au niveau communautaire car "la crise est européenne". Dans l'immédiat, X. Beulin appelle les agriculteurs "à faire preuve de discernement et modération" dans leurs actions de blocage.

Soutien à l’élevage : le ministère fixe les allègements de cotisations sociales

En réponse à la demande de la MSA formulée la veille, Stéphane Le Foll a précisé le 24 juillet les modalités de mise en œuvre des reports de charges sociales (plus de 200M€) et de prise en charges de cotisation (16M€) accordés aux éleveurs. Ainsi, des échéanciers de paiement seront accordés sur « les cotisations personnelles de sécurité sociale des chefs d’exploitation ou d’entreprise agricole » qui en feront la demande. Les reports pourront être fait sur « des dettes de cotisations déjà constatées » et « des appels de cotisations à échoir jusqu’au 31 décembre 2015 ». La filière porcine recevra une enveloppe de prise en charge des cotisations de 5M€, qui s’ajoute aux 4M€ déjà débloqués pour la filière, tandis que les éleveurs bovins bénéficieront d’une rallonge de 3,5M€, qui double les fonds déjà mobilisés, a indiqué le ministère.

La colère reste forte chez les éleveurs de porcs

« Les mesures annoncées cette semaine par les pouvoirs publics […] ne seront malheureusement pas de nature à endiguer la crise porcine » a annoncé la Fédération Nationale Porcine (FNP) le 24 juillet. Si « le cadran de Plérin a enfin atteint les 1,40€/kg » la veille - objectif fixé lors de la réunion du 17 juin - les éleveurs refusent « que la couverture du coût de production soit une finalité ». Au niveau du prix distributeur, les éleveurs préviennent : « nous ne tolèrerons, quel que soit le mois de l’année, rien en dessous de 3€ ». Ils regrettent en outre « la sourde oreille dont fait preuve la transformation ». « Déterminés à poursuivre le mouvement de mobilisation », ils ne s’interdisent « aucune action de contrôle » chez les différents acteurs de la filière.

Crise de l'élevage : l’Ania demande des « Assises de la Compétitivité »

Le président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), Jean-Philippe Girard, a proposé le 23 juillet la tenue, « dès septembre – octobre » des « Assises de la compétitivité de l’agriculture et de l’alimentation ». Interrogé sur BFM TV, il a pointé du doigt la « concurrence à l’intérieur de l’Europe ». « Il faut que l’Europe se donne rendez-vous, il faut se projeter et donner de la valeur à l’alimentation » a-t-il précisé. Par ailleurs, il demande, afin de « savoir ce qu’il se passe » dans les filières de l’élevage, que soit fait à la rentrée « un état des lieux par un cabinet (privé, ndlr) extérieur ».

Les collectivités demandent des garanties juridiques pour favoriser la production française

Les collectivités territoriales se disent prêtes à « montrer l’exemple » en favorisant « autant que possible les productions locale et nationale » dans la restauration collective, ont-elles annoncé le 24 juillet dans un communiqué de presse de l’AMF (maires de France), l’ADF (départements) et l’ARF (régions). Dans cette optique, elles demandent une évolution de la réglementation des marchés publics, « en lien avec la Commission européenne, afin que soit instauré un critère privilégiant la consommation nationale et locale sécurisé juridiquement ». A ce jour, l’origine géographique ne peut pas être mentionnée dans les appels d’offre affirment ces associations.