Accès au contenu
Lait

Les éleveurs de l’OP Danone Sud-Est s’élèvent contre la stratégie de l’industriel

Entre l’organisation de producteurs de Danone Sud-Est et l’industriel, le torchon brûle. Les producteurs dénoncent les décisions unilatérales et l’absence de concertation de l’industriel qui utilise tous les moyens pour essayer de faire baisser le volume de lait à livrer sur son usine iséroise.
Les éleveurs de l’OP Danone Sud-Est s’élèvent contre  la stratégie de l’industriel

«Danone n'est plus dans la collaboration avec ses producteurs. L'entreprise a décidé de fixer les règles et est fermée à toutes discussions ! » résume à regret Gérard Courbis, administrateur de l'organisation de producteurs (OP) de Danone, qui s'étend sur l'Isère, la Loire, la moitié nord de l'Ardèche et quelques producteurs en Haute-Loire, Savoie et Drôme. Un changement de posture que notent les responsables de l'OP depuis quelques trimestres.
« Au démarrage de la contractualisation, nos interlocuteurs chez Danone pour la zone Sud-Est nous ont accompagnés dans la démarche de manière constructive. Et c'est dans cet esprit de confiance que l'OP a signé un contrat collectif avec Danone et que chaque producteur a signé un contrat individuel, rappelle Didier Villard, membre du conseil d'administration de l'OP Danone. L'esprit du contrat reposait sur un accord collectif entre l'OP et l'entreprise. »

Didier Villard est producteur de lait en Isère et membre du conseil d’administration de l’OP Danone.

Aujourd'hui, la situation est différente

« Danone cherche à imposer une réduction des volumes sur notre zone », explique Didier Villard. « L'entreprise indique que les débouchés de son usine iséroise de Saint-Just-Chaleyssin, qui produit des yaourts de toutes sortes, baissent en France et en Europe. Cela nous étonne quelque peu alors que l'on parle de manque de matière grasse et de grosses implantations d'usine à lait en Russie par exemple par le même groupe. Cependant, si nous ne sommes pas fermés au fait de discuter d'une légère réduction contrôlée et justifiée des volumes produits, nous nous opposons aux manières cavalières et procédurières de l'entreprise. »

Danone doit revenir dans le droit chemin

Ainsi, Danone a décidé unilatéralement de ne plus affecter les volumes de lait libérés par les départs à la retraite pour l'installation de jeunes ou à des éleveurs qui investissent pour conforter leur exploitation. « L'entreprise bloque alors qu'auparavant nous travaillions de concert en commission volume pour réaffecter environ la moitié des 4 à 5 millions de litres libérés tous les ans par les cessations d'activité, poursuit Didier Villard. Ce système fonctionnait assez bien. » Ce refus de réattribuer les volumes libérés s'accompagne d'une volonté de retirer les volumes de lait non produits lors de la campagne précédente aux éleveurs en deçà de 15 % de leur référence, alors que la filière affrontait une crise importante et que l'Europe utilisait des incitations fortes à produire moins de lait. L'entreprise a ainsi adressé un courrier recommandé à tous les producteurs de lait « sous-réalisateurs » pour leur indiquer qu'en janvier 2018 leur référence sera amputée du lait non produit. Ces sous-réalisations concernent près de 90 producteurs sur les 550 de l'OP. Gilbert Courbis conteste la régularité de cette décision qui va à l'encontre des volumes à produire du contrat collectif. « Avec cette décision, Danone effectue une sortie de route, indique le producteur. Nous l'invitons à revenir sur sa position et à rouvrir les discussions. Nous n'accepterons pas qu'il n'y ait pas de redistribution de volume, cela reviendrait à acter la mort à petit feu de notre zone de production laitière par l'absence d'installation de jeunes. »
Pour Didier Villard, la confiance entre les producteurs de lait et l'entreprise laitière est largement entamée. « La reprise des volumes non réalisés est vécue comme une véritable sanction par les producteurs, souligne le responsable professionnel. Je n'imagine pas que l'entreprise reste sur cette position-là, car ce serait une situation perdant-perdant, mauvaise pour les éleveurs et très mauvaise pour l'image de Danone. » 

C. P.