Les émissions de gaz à effet de serre des élevages laitiers à la loupe
Les principaux gaz à effet de serre (GES) émis par les élevages sont le protoxyde d'azote (N2O) ; le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4). Le protoxyde d'azote est émis par les fumiers et lisiers dans les bâtiments et ouvrages de stockage mais aussi par l'épandage de l'azote (organique et minéral) sur les sols. Le dioxyde de carbone a pour origine les consommations d'énergie (carburant et électricité) de l'exploitation et lors de la fabrication et le transport des intrants achetés (engrais, aliments, paille...). Les émissions de méthane proviennent de la fermentation des aliments dans le rumen (fermentations entériques) et de la fermentation des déjections dans les bâtiments et au stockage. Il représente à lui seul 50 % des émissions de GES. L'ensemble de ces émissions est traduit en équivalent CO2 (éq. CO2) avec un coefficient fonction du pouvoir de réchauffement global et du temps de séjour dans l'atmosphère de chaque gaz, soit respectivement 25 et 298 pour le CH4 et le N2O. Globalement, en élevage laitier, les différents postes d'émissions de GES sont la fermentation entérique liée à la rumination (50 %), la gestion des effluents (18 %), les intrants (16 %), la fertilisation des cultures (11 %) et la consommation de carburant et d'électricité (5 %) (voir figure 1). Contrairement aux autres activités humaines, l'élevage a la particularité de pouvoir compenser une partie de ses émissions par le stockage de carbone dans les sols des prairies, des haies et bosquets et les mares. Ce stockage représente 6 à 50 % des émissions de GES, selon l'assolement de l'exploitation. Ce sont les systèmes herbagers qui compensent le plus leurs émissions de GES.
Life Carbon dairy : pour accompagner les éleveurs
L'objectif du projet Life Carbon dairy, financé par l'Union européenne et le ministère de l'Agriculture, est de sensibiliser les acteurs de la filière et de promouvoir une démarche permettant à la production laitière de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % à échéance de 10 ans, tout en veillant au maintien des performances économiques, sociales et environnementales des exploitations. Ce projet ambitieux et structurant pour la filière est conduit par quatorze partenaires (chambres d'agriculture, Entreprise conseil élevage (Ecel)/ France conseil élevage (FCEL), Cniel et Idèle) répartis sur six régions (dont ex-Rhône-Alpes). Il comprend la construction d'outils d'évaluation de l'impact environnemental (CAP'2ER® et Self CO2), une évaluation de l'impact carbone de 3 900 exploitations réalisée par les Ecel, le suivi et l'appui de 60 fermes pilotes par les chambres d'agriculture et les Ecel. L'objectif consiste à élaborer la feuille de route climatique de la production laitière. En plus d'évaluer l'empreinte carbone, CAP'2ER® permet les calculs d'indicateurs de biodiversité et de performance nourricière, fonction primaire de la production agricole. En moyenne, une ferme du projet Carbon dairy entretient 90 hectares de biodiversité (prairies, haies, bosquets, mares) et nourrit 1 840 personnes sur la base du contenu des protéines animales produites (source : Perfalim®, Cereopa) et elle stocke 61 tonnes d'équivalent CO2 par an soit l'équivalent de 286 000 km en voiture.
Les leviers d'action pour les éleveurs
Entre 1990 et 2010, l'empreinte carbone du lait a déjà baissé de 15 à 25 % suivant les systèmes. Cela s'explique en partie par la mise aux normes des bâtiments d'élevage (meilleure gestion des déjections), la réduction des fertilisations, les économies d'énergie et l'augmentation de la production par vache. Des marges de progrès existent encore dans tous les systèmes et la plupart permettent aussi de maintenir les résultats économiques voire de les améliorer. Cela concerne notamment l'ajustement des dépenses d'engrais aux besoins des cultures et l'optimisation des apports d'aliments concentrés. Cela passe notamment par l'amélioration de la qualité des fourrages et de la gestion du pâturage. Au niveau du troupeau, il s'agit surtout de limiter les pertes de production (réduction de la mortalité et des problèmes sanitaires) et de réduire le taux de renouvellement du troupeau. L'implantation d'intercultures, l'allongement de la durée des prairies et l'introduction de légumineuses sont aussi des pistes intéressantes. Enfin, la couverture des fosses à lisier, l'installation d'un récupérateur de chaleur, la plantation de haies contribuent aussi à améliorer l'empreinte carbone de l'exploitation.
Pour aller plus loin
Des journées portes ouvertes pour en savoir plus et échanger avec les éleveurs de Carbon dairy sont organisées :
- Gaec du Crocomby à Amplepuis (Rhône) et Lay (Loire) : rendez-vous à 13h30 le vendredi 10 février au lieu-dit « Domaine Neuf » à Lay.
- Lycée agricole de Cibeins (Ain) : rendez-vous le jeudi 16 février à 10 h
- Lycée Agricole des Sardières (Ain) : rendez-vous le jeudi 16 février à 14h
Pour plus d’informations : http://www.carbon-dairy.fr/
3 Contacts : Véronique Bouchard - [email protected] ;
Monique Laurent - [email protected] ; Carole Piquemal - [email protected]