Les extraits végétaux, une autre filière agricole à explorer
Les actifs végétaux sont des substances présentes dans les plantes, avec une ou plusieurs activités intéressantes. Ils sont utilisés sous forme d'extraits plus ou moins raffinés, de teintures, d'huiles essentielles, d'hydrolats, de molécules purifiées... Les actifs végétaux sont généralement issus du métabolisme secondaire des végétaux et sont composés d'une ou plusieurs familles de molécules chimiques : terpènes, tanins, flavonoïdes, alcaloïdes...
Initialement cantonnés dans le secteur de la santé humaine ou animale, ces actifs végétaux se retrouvent maintenant, avec de forts potentiels de développement, dans des domaines aussi variés que la cosmétique, l'industrie agroalimentaire (antioxydants, conservateurs, arômes...), les compléments alimentaires, l'alimentation animale, la protection des cultures, les produits d'hygiène ou d'entretien de la maison. À côté des huiles essentielles, à la réputation déjà bien établie, de nombreux autres actifs végétaux très différents sont déjà employés ou en cours de test dans ces différents domaines.

+ 15 % en dix ans
« Le secteur des actifs végétaux est en plein développement » note Jean-Pierre Bouverat-Bernier, le directeur de l'Iteipmai, l'institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales et aromatiques. Les cultures méditerranéennes, notamment dans l'univers des plantes aromatiques et médicinales, constituent un réservoir pour ces actifs végétaux. Pour preuve, le développement des surfaces avec une production de Ppam de 38 000 hectares, dont une croissance de +15 % sur la dernière décennie avec +6 000 ha en 10 ans, un chiffre d'affaires à la production de 100 millions d'euros (M€) et de 4 milliards d'euros pour les PPAM transformés. La filière emploie aujourd'hui 30 000 ETP (source FranceAgriMer).
Dans cet univers, les plantes à parfum pèsent 20 000 ha, les plantes médicinales 15 000 ha – dont 12 000 ha de pavot œillette qui sert à faire l'extraction de morphine utilisée en médecine notamment – et les plantes aromatiques environ 3 000 ha de diverses espèces (estragon, ciboulette, thym, basilic...). « Le chiffre d'affaires des 3 000 ha de diverses plantes médicinales et des 3 000 ha de plantes aromatiques pèse pour la moitié du chiffre d'affaires du secteur », poursuit le directeur de l'institut qui se positionne aujourd'hui comme un partenaire amont et aval pour les structures souhaitant porter des projets de recherche et développement sur les actifs végétaux.
Sur le volet biocontrôle par exemple, l'Itepmei est partenaire du projet « Green Protect » en partenariat avec trois industriels. Ce projet vise à caractériser certains extraits et explorer les potentialités biocides de substances pour des usages en protection des plantes (voir encadré ci-contre). « On a souvent des résultats contradictoires sur des essais impliquant les actifs végétaux car ces derniers sont souvent mal caractérisés au niveau de leur composition. Ce projet doit déboucher en 2017 et bénéficie d'un budget de 4 millions d'euros sur quatre ans. »
En vinification aussi, les actifs végétaux sont étudiés pour leurs vertus antioxydantes et antimicrobiennes. « Nous travaillons en partenariat avec l'IFV dans un objectif de tester différents extraits d'origine végétale pour les positionner à certains moments du processus de vinification et ainsi réduire les doses de sulfites apportées. Encore une fois, il s'agit dans un premier temps de bien caractériser les extraits pour être sûr de réutiliser à chaque fois la même composition », détaille Denis Bellenot, responsable du service phytochimie et normalisation à l'Iteipmai.
Nécessaire caractérisation
Demain, le frein le plus important à lever concerne la réglementation. « Elle est très importante, notamment dans les compléments alimentaires, mais également en élevage ou en utilisation vétérinaire. Aujourd'hui, on se heurte à des résultats contradictoires, car les produits sont peu ou mal caractérisés. Améliorer cela permettra de faire demain des essais qui utiliseront des extraits de composition similaire, d'où la reproductibilité des résultats et des essais », relance Denis Bellenot. « Nous devons passer d'une utilisation empirique, certes bienveillante, à une phase d'industrialisation. Il faut changer de braquet car ces extraits ont de vrais atouts et offrent des solutions pour de nombreux usages. Nous sommes d'ailleurs en train de monter un projet avec l'institut de l'élevage sur les huiles essentielles, avec autour de la table des agences vétérinaires pour voir ce que l'on peut faire et où se situent les verrous réglementaires », poursuit le directeur.
Les agriculteurs souhaitant s'informer sur les opportunités des filières doivent se rapprocher de leur groupement de production(*) car ces cultures nécessitent des investissements spécifiques de séchage, de coupe et de conditionnement notamment.
« La production française dispose de beaux atouts. Les industriels aujourd'hui sont en quête de sécurisation de leurs approvisionnements et la France dispose d'avantages compétitifs vis-à-vis de la qualité des produits, de la teneur en principe actif et en traçabilité. Nous commençons à voir des cas de relocalisation de la production en France et le travail mené sur la caractérisation des principes actifs et de leur composition va redonner de l'attrait à la France sur certaines espèces en particulier, comme la mélisse intéressante en cosmétique ou pour son pouvoir antioxydant » conclut Jean-Pierre Bouverat-Bernier.
Céline Zambujo
(*) Voir la liste des groupements et des organisations de producteurs sur : www.cpparm.org.
L’iteipmai : un partenaire pour porter de nouveaux projets
L’iteipmai est un spécialiste des actifs végétaux. Il contribue au développement de l’utilisation des actifs végétaux, en :
- compilant et mettant à disposition de ses partenaires les connaissances bibliographiques internationales existant dans le domaine : synthèses bibliographiques, veilles… ;
- montant et coordonnant, avec les entreprises des secteurs concernés, avec les laboratoires de recherche (recherche académique, instituts techniques), de nouveaux programmes de recherche visant à faciliter l’émergence et l’emploi de ces actifs végétaux ;
- mettant en œuvre les programmes de production (choix des variétés, des techniques de production et d’élaboration) et de caractérisation des actifs végétaux. n
Contact : www.iteipmai.fr