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Échanges mondiaux

Les marchés agricoles à l’épreuve du climat, des pandémies et de la géopolitique

Les marchés internationaux de produits agricoles sont de plus en plus soumis à des évènements qui les dépassent : les pandémies et la géopolitique.

Les marchés agricoles à l’épreuve du climat, des pandémies  et de la géopolitique

Début 2020, Philippe Chalmin, président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires et de Cyclope, affichait un relatif optimisme sur l'évolution des prix des principales matières premières agricoles pour cette année, jusqu'à ce que l'épidémie de Coronavirus (le Covid 19) vienne remettre en cause ces perspectives favorables. La propagation du virus à l'échelle mondiale a eu un premier effet de freinage de la croissance économique, notamment en Chine, et de ralentissement des échanges mondiaux. Conséquence, les prix d'un certain nombre de produits agricoles sont orientés à la baisse sur les principales places de cotation. Leur remontée est suspendue à la maîtrise ou non de cette épidémie à l'échelle internationale. Les prix agricoles ont toujours été conditionnés par les évènements climatiques exceptionnels dans les grandes zones de production, même si la sécheresse, la canicule et les incendies en Australie ont eu un impact limité sur les cours des céréales. Effet du changement climatique, l'Australie a perdu une partie de son potentiel de production qu'il s'agisse des céréales, des produits laitiers ou de la viande. En revanche, les pandémies sont de plus en plus prégnantes. Celle de la peste porcine africaine qui a décimé le cheptel chinois (30 à 40 % de perte du cheptel reproducteur) a dopé les échanges internationaux de viande porcine. Les principaux pays exportateurs mondiaux en ont tiré profit et notamment l'Europe. Et par ricochet, les autres viandes en ont bénéficié, la volaille mais aussi la viande bovine. La France a envoyé en Chine, fin 2019, une première cargaison de viande bovine limousine, dans la foulée de la visite d'Emmanuel Macron dans l'empire du Milieu.
Les marchés sont également très impactés par des décisions politiques. D'abord celui du soja, « le produit le plus politique du monde », selon Philippe Chalmin. Dès 2018, il a été la première victime de la guerre commerciale à laquelle se sont livrés les États-Unis et la Chine. Le cessez-le-feu signé entre Washington et Pékin devrait relancer les échanges avec l'engagement des Chinois d'importer du soja américain et du maïs. C'est désormais l'Europe qui est dans le viseur de Donald Trump. À cause du conflit Boeing-Airbus et de la tentative européenne d'imposer les Gafa, l'Europe a déjà subi les foudres américaines : les vins ont été surtaxés de 25 %.

Les gesticulations de Donald Trump

Les produits agricoles pourraient faire les frais d'un regain de tension entre l'Union européenne et les États-Unis, avant les élections américaines, estime Philippe Chalmin. On sait que Donald Trump qui est candidat à sa réélection, « ne rate pas une occasion de montrer ses muscles », observe le président de Cyclope. Autre produit soumis aux aléas politiques : l'huile de palme. Son prix s'est effondré depuis que l'Inde a décrété un embargo sur ses importations en provenance de Malaisie. Quant aux céréales dont les prix sont plutôt déprimés depuis leur flambée au début des années 2010, à cause de récoltes abondantes, y compris pour le maïs, les courants d'échanges ont été complètement bouleversés en l'espace de 40 ans. Au début des années 1980, l'Union soviétique était le premier importateur mondial de céréales. Les Américains avaient même imposé un embargo sur leurs exportations à l'URSS à la suite de l'invasion de l'Afghanistan. Aujourd'hui, la mer Noire est devenue la plaque tournante de la production et de l'exportation de blé. Cette zone produit désormais plus de 15 % de l'offre mondiale ! Et c'est elle qui impose son tempo sur le commerce international du blé.