Accès au contenu
Couverts végétaux

Les multiples services rendus par les couverts végétaux

Ne jamais laisser le sol nu en implantant des couverts végétaux multi-espèces rend de nombreux services. C'est ce qu'a expliqué Frédéric Thomas, agriculteur et rédacteur en chef de la revue TCS, spécialiste des couverts végétaux en grandes cultures, lors d'une conférence à Tech&Bio à la fin septembre.
Les multiples services rendus  par les couverts végétaux

En grandes cultures, l'utilisation de couverts végétaux en intercultures se répand de plus en plus, notamment pour son rôle de piège à nitrate. Pour Frédéric Thomas, agriculteur et rédacteur en chef de la revue TCS, animateur d'une conférence sur les couverts végétaux en grandes cultures lors du Salon Tech&Bio le 23 septembre dernier, le « rôle des couverts végétaux ne se limite pas au piège à nitrate, ils ont des fonctionnalités beaucoup plus larges. Si de nombreuses expérimentations ont montré que la présence d'un couvert végétal permettait de réduire par deux les pertes d'azote en intercultures, il permet également de mobiliser tous les éléments minéraux : potassium, phosphore, zinc, cuivre, etc. » Frédéric Thomas, l'agriculteur Géo Trouvetout, énumère tous les intérêts d'un couvert végétal. « Il protège le sol contre les agressions extérieures : érosion, gel, chaleur, ce qui offre de meilleures conditions de travail à l'activité micro-biologique des sols. Les micro-organismes du sol sont comme nous, quand il fait plus de 35°C, ils stoppent leur activité. » Des mesures montrent qu'un sol nu qui affiche 38°C à 5 cm de profondeur affiche 30°C, soit 8°C de moins sous un couvert végétal de 20 cm de haut.

 

Les multiples services des couverts végétaux

Le couvert végétal va également aider en matière de structuration du sol.  Associé au travail des vers de terre, les racines vont travailler le sol. Quand la plante meurt, les racines laissent de la place à de futures racines. Il permet ainsi de se passer de labour et de pratiquer le semis direct. « Dans un sol lourd ou argileux, grâce à la végétation, la terre ne colle plus aux outils », indique également François Thomas. Le couvert végétal participe aussi au contrôle des adventices. En occupant l'espace, il empêche les plantes indésirables de s'installer. C'est sa densité et son agressivité qui permettent de contrôler le salissement. Un couvert végétal peut produire beaucoup de biomasse, ce qui va nourrir l'activité biologique du sol et favoriser le développement des mycorhizes qui prolongent le système racinaire des plantes. Il produit également de la diversité végétale, qui elle-même permet de réduire la pression des indésirables : adventices et maladies. « Lors de mes premiers essais de couvert végétal, je craignais les limaces, se souvient Frédéric Thomas. Je me suis aperçu que si le sol n'était jamais nu, les prédateurs comme les carabes sont également présents. On ne supprime jamais le problème des limaces, mais il est contenu à un niveau acceptable. D'autant plus que les limaces sont des détritivores, elles profitent donc du couvert végétal en décomposition pour s'alimenter au lieu de ne manger que les jeunes pousses. »

 

Un couvert végétal multi- espèces

Le semis direct sous couvert permet d'installer la culture suivante sans avoir à préparer le sol au préalable.

 

Il existe de nombreuses façons de semer un couvert végétal. « Il faut le soigner comme si on semait une culture, explique Frédéric Thomas. On obtient de bons résultats avec les semoirs à dents. On peut également le semer juste après le déchaumage. » Une autre technique marche très bien selon l'agriculteur : « Après la moisson, il faut donner un tour d'eau. Les graines des adventices en place germent, puis en même temps que l'on sème le couvert, on détruit les adventices. » Il existe de multiples espèces intéressantes à utiliser en couvert végétal. L'avoine brésilienne donne jusqu'à 4 tonnes de matière sèche contre une seule pour l'avoine noire. « On me demande souvent comment évaluer le rendement d'un couvert végétal, indique Frédéric Thomas. Personnellement, je mesure le volume de la biomasse, la qualité et la diversité de celle-ci. » Un couvert végétal gagne en efficacité s'il est composé d'une association d'espèces. « On parle alors de biomax car l'objectif est de maximiser la production de biomasse, de structurer encore plus le sol, de réduire le coût des semences, d'établir des relais entre les plantes pour pallier les coûts durs que l'une d'entre elles pourrait subir. Il faut également mélanger les étages : arbustives, buissonnante, grimpante, ras du sol pour maximiser la couverture du sol et capter l'intégralité des rayons du soleil. » On peut atteindre jusqu'à 9,6 t de MS/ha avec un mélange moutarde-phacélie-pois -vesce. « Il ne faut pas hésiter à apporter de l'azote via des engrais de ferme par exemple sur des couverts végétaux. Cela améliore la production de biomasse et n'entraîne pas de perte d'azote. » Aujourd'hui, l'agriculteur travaille à améliorer ses résultats de couvert végétal permanent. « L'idée est d'avoir une plante couvrante pérenne comme la luzerne et de semer dedans. Après la moisson, la luzerne se remet à pousser, ne laissant jamais le sol à nu. On économise alors du temps, le couvert végétal étant déjà en place. »

 

 

D'autres pistes en cours d'exploration

Frédéric Thomas est un véritable explorateur des possibles. «Je n'aurais pas assez de deux vies d'agriculteurs pour expérimenter tout ce que je souhaiterais. Nos rêves aujourd'hui sur les couverts végétaux sont nombreux. On travaille par exemple à des semis de maïs sous couvert permanent vivant ou des blés dans de la luzerne. Les aspects techniques sont complexes à maîtriser. Sur les cultures pérennes comme la vigne ou l'arboriculture, on constate qu'un couvert végétal provoque un enracinement plus profond, ce qui permet d'augmenter la résistance de la culture pérenne à la sécheresse par exemple. Les couverts permettent également de limiter l'évaporation des sols et amènent de la diversité attirant notamment les pollinisateurs. Ils réduisent aussi la pression parasitaire d'origine bactérienne ou fongique par le développement de l'activité biologique. » Pour la destruction des couverts végétaux, Frédéric Thomas a réintroduit des moutons sur sa ferme. « Nous faisons pâturer les couverts par les moutons pour aider à détruire le couvert. En plus, leurs déjections permettent d'améliorer la fertilité et l'activité biologique du sol. » Pour Frédéric Thomas, toutes ces techniques sont un moyen de créer des agricultures très diverses jouant sur l'ingénierie écologique.  

Camille Peyrache