Les multiplicateurs veulent se réconcilier avec l'opinion
Avec un chiffre d'affaires de 3,2 milliards d'euros dont 1,47 milliard à l'exportation, la France se positionne au premier rang des producteurs européen des semences et aussi comme premier exportateur mondial. Notre pays compte aujourd'hui 17 800 producteurs sur 400 000 hectares de semences. Des surfaces qui devraient encore progresser en raison du développement de semences de blé et d'orge hybride et aussi de légumineuses, luzerne et trèfle violet notamment, en lien avec les nouvelles règles de la PAC. Contrairement à d'autres secteurs d'activité, la filière semences française attire les entreprises étrangères : elles sont 17 sur les 73 établissements qui ont une activité semencière sur notre territoire.
Selon Jean-Noël Dehennin, le président de la Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences (FNAMS) qui a tenu son congrès, le 10 juin à Paris, la France bénéficie de conditions extrêmement favorables à la production semencière. Ses sols, son climat ainsi que la technicité et le savoir-faire de ses agriculteurs, notamment quand il s'agit de procéder à des pollinisations manuelles, assez fréquentes dans les semences potagères. Mais la FNAMS insiste aussi sur le cadre réglementaire qui sécurise les producteurs de semences. Les semenciers apprécient en effet « notre capacité à garder l'intégrité de la semence et la propriété intellectuelle », contrairement à d'autres pays où « la génétique est piratée ». Autre avantage de la production de semences pour l'agriculture française : son intérêt pour l'installation de jeunes. « La culture de la semence a permis de m'installer sur l'exploitation », reconnait Jean-François Monod, secrétaire de la FNAMS.
Cultures orphelines
Les multiplicateurs de semences se disent de grands défenseurs des abeilles, « car l'abeille fait la réussite de la culture », souligne le président. D'où leur position ambigüe vis-à-vis des néonicotinoïdes qui selon certains seraient responsables de la mortalité des abeilles. Faut-il les autoriser ? Faut-il les interdire ? La FNAMS souhaite, sur ce sujet, faire confiance à la science, en évitant toutefois un excès de principe de précaution. Il n'en reste pas moins que les producteurs sont très attentifs aux préconisations du plan Ecophyto. Le risque étant que ces productions considérées comme mineures ne puissent bénéficier d'aucune protection chimique, indispensable à la qualité de la semence en raison du retrait de certaines matières actives. « La disparition de matières actives met en péril certaines productions de semences », déplore la FNAMS. Aussi, plaide-t-elle pour des autorisations ciblées et ponctuelles de certaines molécules. Faisant valoir au passage que certaines molécules comme le Fipronil, désormais interdit pour les professionnels, reste en vente libre comme anti pucerons pour le traitement des chats et des chiens à domicile.