Les producteurs de fruits en congrès au milieu des vergers
Chenu, c'est le pays de Charlie Gautier, co-président de la FNPFruits. C'est une commune arboricole par excellence : elle accueille douze arboriculteurs, une importante station fruitière (Gerfruits) et madame le maire est elle-même arboricultrice. Le lieu était tout indiqué pour organiser ce congrès aux champs. Les travaux ont d'ailleurs commencé par une visite de vergers avec présentation d'essais techniques. Il s'agit de chercher des alternatives à la disparition annoncée de certains traitements comme le glyphosate, très utilisé en arboriculture pour le désherbage des rangs.

Halte à la francisation
Président de la FDSEA de la Sarthe, Denis Pineau a accueilli les congressistes en se félicitant que le congrès « se passe dans le berceau de l'arboriculture sarthoise. La Sarthe, c'est 1 000 hectares de vergers et 1 000 emplois », souligne-t-il. Les membres du bureau ont ensuite évoqué les moments forts de l'année syndicale. Premier dossier présenté, celui de la francisation des fruits. Après les pêches et les abricots il y a quelques années, c'est le kiwi qui a été victime de cette pratique frauduleuse en 2019. La FNPF s'est portée partie civile, rappelle Patrice Vulpian, co-président, qui invite les adhérents à faire remonter les dossiers pour lutter contre « le cancer de notre profession ». Dans le dossier kiwi, certaines des entreprises condamnées réalisaient plus de 80 % de leur chiffre d'affaires avec des produits francisés.
Aléas climatiques, ZNT
2019 a été aussi l'année des calamités agricoles : inondation, grêle, canicule, gel, neige. Certaines exploitations ont été frappées plusieurs fois. « Il faut sortir le dossier de l'assurance récolte de l'ornière, demande Luc Barbier, ancien président de la FNPFruits. Il faut que nous disposions d'un contrat socle digne de ce nom ». Il y a urgence. « Il ne faut pas réfléchir à la question de savoir s'il y aura un événement climatique. On va le subir. Nos productions sont dehors, il faut les protéger », insiste le Drômois Bruno Darnaud, président de l'AOP pêches-nectarines.
La question des traitements de la protection des cultures a évidemment été évoquée. Le CTIFL a rappelé tout le travail en cours pour adapter les pulvérisateurs avec des buses anti-dérives, sur la pose de filets de protection, etc. Les solutions sont en train d'être trouvées mais il faut un peu de temps, et non pas imposer comme c'est le cas avec les ZNT (zone de non-traitement). « Ce ne sont pas les vergers qui sont venus vers les maisons, ce sont les maisons qui sont allées vers les vergers », rappelle Jacques Rouchaussé, président du CTIFL.

TODE, ZNT, HVE
Les deux co-présidents se sont partagés le discours de conclusion. Patrice Vulpian a insisté sur les problèmes de recrutement des saisonniers et sur le coût de la main-d'œuvre. La disparition, annoncée, fin 2021, du dispositif TODE (allégement de charges) serait « insupportable. Nous perdons partout des parts de marché, rien qu'à cause du différentiel du coût horaire ». Charlie Gautier est pour sa part revenu sur les ZNT. Il a insisté sur la mise en place de chartes départementales prévues par la loi Egalim. « Elles répondent à un vrai besoin de dialogue avec les riverains et les consommateurs. Mais cela nécessite du temps pour construire quelque chose de solide. Nous demandons un moratoire et la mise en place d'un groupe de travail sur cette question ». Sur les molécules, « il appartient à l'Europe et à elle seule d'approuver ou non une molécule », a-t-il rappelé en évoquant l'interdiction des néonicotinoïdes. La FNPF a déposé un recours contre cette interdiction.
Mais les producteurs de fruits ne sont pas que sur la défensive. Ils s'engagent massivement dans des démarches comme la certification HVE (haute valeur environnementale) qui permet de
« répondre aux attentes sociétales ». Enfin, des filières sont en plein développement, comme celle des petits fruits rouges qui est à la recherche de mille nouveaux producteurs.
Intervention / C’est une Christiane Lambert particulièrement offensive qui est venue dialoguer avec les producteurs de fruits sur les questions d’actualité.
Christiane Lambert : « Nous allons devoir hausser le ton »
Sur les pesticides : « Il se prépare en France un plan de cessation d’activités des agriculteurs ». Les hommes politiques « sont prêts à prendre des décisions inapplicables et incontrôlables que nous ne pouvons pas accepter ». Et de dénoncer « l’entêtement de nos politiques et de nos administrations. Tout se décide à Matignon et à l’Elysée, et les deux sont sourds et hors sol ».Sur les ZNT : « c’est une tyrannie inacceptable. C’est hystérique ce qu’il se passe dans notre pays. Je pense que les agriculteurs vont descendre dans la rue », ajoute-t-elle en rappelant que la FNSEA demande un moratoire.« L’agriculture est l’os à ronger que l’on donne à beaucoup », ajoute-t-elle en évoquant une « distorsion de traitement ». Pour la transition écologique, les secteurs du nucléaire ou de l’automobile ont obtenu des délais très longs (horizon 2040) quand, pour l’agriculture, « c’est tout, tout de suite. Nous allons devoir hausser le ton, conclut la présidente de la FNSEA. Notre pays part en vrille. Quand la science n’est plus écoutée, c’est dangereux ». Et de conclure : « Je souhaite que 2020 soit l’année du rebond ».