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Stratégie

Les produits dérivés de la noix font recette

Nicolas Idelon est nuciculteur à Saint-Romans. Ancien cadre dans l’agro-alimentaire, il a élaboré une stratégie commerciale de transformation et de commercialisation de produits dérivés à base de noix.
Les produits dérivés de la noix font recette

Son parcours est atypique. Il était commercial. Il est devenu nuciculteur. Nicolas Idelon le reconnait, ce qu'il voulait surtout, c'était entreprendre. Il aurait tout aussi bien pu ouvrir une pizzeria ou une crêperie, mais il a choisi de reprendre l'exploitation nucicole de ses oncles, située à Saint-Romans. C'était en 2003. Il avait 30 ans et beaucoup d'idées. Nicolas Idelon a commencé par apprendre le métier mais différents aléas climatiques (sécheresse et grêle) l'ont contraint à réfléchir à l'élaboration d'une stratégie commerciale lui permettant de dégager un maximum de marge avec un minimum de production. C'est la raison pour laquelle il s'est orienté, en 2008, vers la transformation et la commercialisation en direct de produits dérivés à base de noix.

Nicolas Idelon, nuciculteur à Saint-Romans, transforme et commercialise en direct des produits dérivés à base de noix.

Accueil de groupes

Ayant réalisé son stage d'installation dans le Périgord, Nicolas Idelon s'est inspiré de cette expérience en matière de produits dérivés. « La-bas, c'est une pratique très répandue. Pas en Isère. J'en ai profité », révèle-t-il. Nicolas Idelon a commencé par la vente de cerneaux et d'huile de noix, en s'attachant à démarcher des établissements (boutiques du terroir ou grandes surfaces) qui jusque-là n'avaient pas été sollicités. « Il y a suffisamment de place pour tout le monde, à condition de ne pas prendre celle des autres », estime-t-il. Très vite, il a mis au point une recette de moutarde à base de noix, un nouveau produit qui lui a permis de se démarquer. Il a ainsi rencontré de nombreux chefs de rayon qui ont joué le jeu, puisqu'ils lui ont acheté la moutarde... et le reste de sa gamme. Le nuciculteur a aussi fait de nombreux marchés, sans ménager sa peine pour faire découvrir et goûter ses produits. Il participe à des salons et à des manifestations, n'hésite pas à s'éloigner, estimant qu'« il est plus rentable de faire quelques kilomètres supplémentaires que de rester dans le pays de la noix ». Tirant avantage du caractère authentique de son exploitation, Nicolas Idelon accueille aussi régulièrement des groupes. Il travaille avec la Grotte de Choranche ou le Bateau à roue de Saint-Nazaire, d'autres sites touristiques locaux qui complètent leur offre avec une visite de ferme. « Ces accueils sont intéressants puisque je reçois en même temps une cinquantaine de personnes. Avec un panier moyen de 10 à 12 euros, le temps passé est vite rentabilisé », souligne-t-il.

Stratégie commerciale payante

Depuis son installation, Nicolas Idelon n'a eu de cesse d'étendre sa gamme, en proposant des produits susceptibles de plaire au plus grand nombre. Selon lui, « cet élargissement est nécessaires pour rentabiliser les machines acquises ». Après la moutarde, il a élaboré des noix pralinés, des sablés, des nougats, des produits salés, du vin de noix. « Dans le territoire de Saint-Marcellin-Vercors-Isère (ex sud-Grésivaudan), tout le monde en fait chez soi. Mais ce n'est pas évident de réaliser un produit standardisé. Nous y sommes parvenus ». Le « Noixtella » est son dernier-né. Il lui a fallu six ans pour le mettre au point. Il a acheté entre 100 et 120 pots de pâte à tartiner et réalisé de très nombreux essais avec un jeune chef chocolatier. Si quelques réglages ont encore dû être opérés dernièrement, le nuciculteur est fier de son produit. Pour l'agriculteur qui garde en tête son expérience de cadre commercial en produits alimentaires, la qualité et l'hygiène sont des priorités. « J'ai un laboratoire et des chambres froides. Je respecte un processus de marche en avant et des règles que l'on ne m'a pas demandées mais que je m'impose pour garantir la qualité de mes produits. En étant producteurs, nous défendons une production, un patrimoine, mais aussi une profession », revendique Nicolas Idelon.
La diversité des produits proposés est une stratégie commerciale qui s'avère payante. Les factures de ses clients sont plus importantes que s'il commercialisait uniquement des noix de Grenoble et son coût logistique mieux réparti. Concernant le prix de ses produits, Nicolas Idelon est formel. C'est lui qui établit les prix et les clients qui l'acceptent. « Les tarifs sont basés sur la loi de l'offre et de la demande, le coût de revient et le prix psychologique, c'est-à-dire le prix que le consommateur est prêt à mettre sur un produit », explique-t-il. 

Isabelle Brenguier