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Gestion de l'eau

Les projets de territoire comme outil de gestion de l'eau

Les ministres François de Rugy (Écologie) et Stéphane Travert (Agriculture) encouragent les projets de territoire autour de la gestion de l'eau, ont-ils annoncé le 25 septembre, rendant public le rapport de la cellule d'expertise menée par le préfet Bisch. Il s'agit de résoudre les nombreux blocages.
Les projets de territoire comme outil de gestion de l'eau

«Le recours à la méthode des projets de territoire pour la gestion de l'eau sera encouragé à partir du 1er janvier 2019 », selon un communiqué commun des ministères de l'Agriculture et de l'Écologie. Une instruction sera transmise aux préfets pour en « préciser les principes, la méthode et remobiliser les acteurs ». Parallèlement, le Comité national de l'eau sera chargé d'élaborer des lignes directrices à l'intention des porteurs de projets de territoire. La notion de projet de territoire est apparue dans l'instruction gouvernementale du 4 juin 2015, qui s'inscrit dans l'histoire de la mise en œuvre de la réforme dite des volumes prélevables issue de la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (LEMA) de 2006, rappelle la « cellule d'expertise relative à la gestion quantitative de l'eau pour faire face aux épisodes de sécheresse ». Dans son rapport, la cellule comprenant deux experts de France nature environnement (FNE), l'APCA (chambres d'agriculture) et l'inspection générale des ministères souligne l'apport du projet de territoire comme « outil de médiation sur les économies et la gestion partagée de l'eau ». Tout en relevant que sur la soixantaine de projets recensés, « moins de cinq sont validés et mis en œuvre », la faute à des « situations bloquées, souvent anciennes et donc cristallisées ».

Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, et François de Rugy, ministre de l’Écologie.

Les volumes prélevables recalculés

À compter du 1er janvier 2019, le calcul des volumes prélevables évoluera pour permettre à chaque bassin d'« améliorer la compatibilité des prélèvements avec le bon état des milieux et l'adaptation au changement climatique des systèmes de production agricole », poursuit le communiqué. Les possibilités de financement des agences de l'eau seront modifiées en fonction de ce changement de calcul : elles pourront « prendre en compte un historique d'activité récent et fiable, adapté à chaque bassin et permettant des économies d'eau, ainsi que la nécessaire adaptation de l'activité agricole au changement climatique ». Les projets de réserves multi-usages peuvent constituer l'un des leviers d'adaptation au changement climatique, selon les deux ministres, « à condition de bien veiller à ce que leur remplissage en période de hautes eaux soit fait selon des règles de respect des milieux ». Par ailleurs, un bilan des retenues d'eau existantes et de leur usage sera conduit par bassin afin d'« améliorer la mobilisation des stockages existants ». François de Rugy et Stéphane Travert annoncent la mobilisation des services de l'État pour « accélérer les projets de territoire qui sont bien engagés et appuyer les maîtres d'ouvrage des projets qui ne satisfont pas aux critères identifiés par la cellule d'expertise » sur la gestion de la ressource en eau. Les DDT, Dreal et Draaf ont pour consigne d'accompagner les porteurs de projets afin de les aider à mobiliser l'ensemble des financements publics et les inciter à diversifier leurs sources de financement.

 

Réactions /  
Les recommandations de la cellule expertise

Le rapport de la cellule d’expertise menée par le préfet Pierre-Etienne Bisch émet des recommandations aux acteurs chargés de l’élaboration des projets de territoire. Parmi elles, l’agroécologie occupe une bonne place. Les investissements consentis dans le cadre des projets de territoire doivent permettre d’« inscrire le territoire dans une dynamique d’évolution de l’agriculture qui réponde au défi du changement climatique et favoriser les mesures dites “ sans regret ” pour la gestion de l’eau (amélioration du matériel d’irrigation, dispositifs de gestion coordonnée des équipements, etc ) et le développement des approches agroécologiques au sein des exploitations (agroforesterie, facteur 4 pour 1 000, amélioration des sols, évolution des assolements, etc) », peut-on lire. La cellule d’expertise note que « pour FNE, il s’agit de favoriser une irrigation de sécurité plutôt que de rendement, avec un plafond maximal de SAU irriguée ». Une telle approche « peut favoriser le partage de l’eau entre agriculteurs irrigants », selon le rapport. 

“ Un manque d’ambition ”, regrettent des OPA 

La FNSEA, JA, l’APCA, Coop de France, Irrigants de France se sont dits déçus le 26 septembre après l’annonce gouvernementale d’un coup de pouce aux projets de territoire autour de la gestion de l’eau. « Nous attendions une véritable ambition pour l’agriculture française, en lui permettant de s’adapter au changement climatique. Nous en sommes très loin », taclent les OPA dans un communiqué commun dénonçant l’« immobilisme » des projets de territoire. Les nouveaux critères demandés par la cellule d’expertise eau vont « encore ralentir les procédures », selon elles. Les organisations attendent de la seconde phase des Assises de l’eau « une relance de la politique de mobilisation des ressources en France. Il y a urgence à agir. »