Les Safer demandent une nouvelle loi foncière
Après avoir acheté 1 700 hectares de terres dans l'Indre en 2016, la société chinoise Hong Yang a récidivé en novembre dernier dans l'Allier. Comme en 2016, la société chinoise a procédé à un rachat de la quasi-totalité des parts sociales. Les terres concernées sont des terres céréalières dont la production sera destinée à l'export vers la Chine. « Il ne faut pas focaliser sur les Chinois, le problème est bien plus large et plus grave ! » s'est exclamé Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer (FNSafer), lors d'une conférence de presse à Lyon le 13 décembre. La FNSafer alerte sur les dérives causées par les failles juridiques en matière de vente des terres agricoles et dénonce la possibilité de contourner leur contrôle en cas de vente de terres par le biais de transfert de parts sociales.

Une faille largement utilisée
Lorsque la vente concerne 100 % des parts sociales, la Safer peut faire fonctionner son droit de préemption. Cependant, si le transfert ne concerne pas l'intégralité des parts, la Safer a seulement le droit d'être informée. Des acteurs économiques, conseillés par des agences immobilières et des conseillers de gestion, se sont engouffrés dans cette faille juridique et la Safer constate, impuissante, la multiplication de transferts de 98 ou 99 % de sociétés agricoles. Au bout de 3 ans, les vendeurs peuvent se libérer des 1 ou 2 % restants : l'acquéreur devient alors pleinement propriétaire sans avoir eu à justifier à qui que ce soit de son projet agricole. « Et c'est parfaitement légal », explique Pierre Marnay, directeur général de la Safer Auvergne-Rhône-Alpes. « Cela ne concerne pas seulement des investisseurs chinois », les Français sont même les premiers à profiter de cette opportunité, explique Emmanuel Hyest. « Nous n'avons rien contre les investisseurs fonciers », précise Yannick Martinet, président du comité technique de l'Allier à la Safer. Mais il faut s'assurer que l'acheteur de foncier porte un projet favorable à l'installation d'un jeune, au renforcement d'une exploitation agricole ou à la préservation de l'environnement. Or, les achats de terres par le biais de transfert de parts de société sont utilisés à d'autres desseins.
Le portage du foncier
Conscients du problème, les politiques ont essayé d'y remédier. La loi Sapin 2 prévoyait de renforcer le contrôle des Safer, mais ces dispositions avaient été censurées par le Conseil constitutionnel en décembre 2016. Une décision qu'avait amèrement regretté la FNSafer. Un an plus tard, les Safer veulent aller plus loin. Il faut prendre le problème à sa source, explique Jacques Chazalet, président de la Safer Auvergne-Rhône-Alpes, c'est-à-dire remettre de l'ordre dans le montage sociétaire des exploitations agricoles. « Il faut bien distinguer la société qui exploite de celle qui porte le foncier », précise Emmanuel Hyest, afin que les Safer puissent exercer pleinement leur contrôle. À partir de là, le président de la FNSafer demande également qu'il ne soit plus fait de différence entre un propriétaire foncier personne physique et un propriétaire foncier personne morale. « Le contrôle doit être le même pour chacun ». Pour autant, les Safer ne souhaitent pas aller trop vite. L'idée n'est pas de coller une rustine sur le problème, mais de « revoir une nouvelle loi foncière dans son ensemble, sans se précipiter », explique Emmanuel Hyest. La FNSafer compte participer à la réflexion avec les parlementaires tout au long de l'année 2018 et espère voir une proposition de loi émerger début 2019.