Les ventes de vin en chute en France et à l'export
Le confinement a porté un nouveau coup aux ventes de vin en grandes surfaces, déjà structurellement baissières ces dernières années. Selon les données de l'institut IRI collectées pour FranceAgriMer et les interprofessions (CNIV), les ventes de vin en mars (incluant les quinze premiers jours de quarantaine de la population) ont sensiblement baissé. Dans les seuls hypermarchés, le chiffre d'affaires des vins tranquilles a reculé de 16 % en un mois par rapport à mars 2019. A l'inverse, les ventes par internet se sont envolées (+ 73,1 %) mais en partant d'une base bien moins élevée. La chute est particulièrement spectaculaire pour les vins effervescents dont les ventes ont dégringolé en grandes surfaces (- 27,2 %) par rapport à mars 2019.
Vins IGP et bio en croissance
La seule catégorie de vins tranquilles qui semble tirer son épingle du jeu dans le contexte actuel est celle des IGP. Les ventes de ces vins plus accessibles en prix et souvent conditionnés en bag-in-box (Bib) sont en progression en valeur d'environ 9 %. Les marques de distributeurs (MDD) voient leurs ventes augmenter, en particulier sur les catégories bien orientées comme les IGP. Enfin, les ventes de vins bio sont en croissance, portées très majoritairement par les Bib et les MDD.
Dégradation des ventes à l'export
L'autre mauvaise nouvelle pour le vignoble français est la confirmation de la dégradation des ventes à l'exportation depuis le début de l'épidémie du Covid-19 en Chine. Selon les données Trade Data Monitor rendues publiques par FranceAgriMer, les volumes exportés lors des deux premiers mois de l'année ont baissé de 8 % à deux millions d'hectolitres, en dessous de la moyenne quinquennale (- 2 %). Après cinq ans de croissance des valeurs, les exportations tombent à 1,31 M€, soit - 7 % par rapport aux deux premiers mois de 2019. Toutes les catégories de vins sont affectées, hormis les effervescents hors Champagne (+ 9 %), portés par une consommation favorable.
Le détail des performances par destination en début d'année apporte un éclairage intéressant sur la situation mais aussi sur les risques à venir. Le vin français fléchit sur toutes ses destinations traditionnelles européennes, qu'il s'agisse de l'Allemagne (- 17 % en volume), du Royaume-Uni (- 13 %) ou de la Belgique (- 11 %). La baisse des exportations françaises vers les pays tiers (- 7 %) est moins marquée que vers l'UE « mais reste préoccupante car il s'agit de marchés à fort potentiel de croissance sur lesquels la France développait jusque-là ses exportations », soulignent les analystes de FranceAgriMer.
Aux Etats-Unis, les exportateurs s'adaptent
Les exportations françaises sont restées étonnamment stables à destination des États-Unis lors des deux premiers mois de l'année. La chute des exportations de vins tranquilles en bouteille (- 10 %), liée aux taxes mises en place par l'administration Trump en octobre 2019, a en effet été compensée par un bond des vins effervescents (+ 22 %), non concernés par les sanctions et par une explosion des ventes de vin en vrac (+ 320 %) visant à contourner la surtaxe pesant sur les ventes en bouteilles.
L'évolution la plus inquiétante concerne la Chine, première destination éprouvée par le Covid-19 et les mesures de précaution sanitaire. Les ventes de vins tranquilles AOP français y ont chuté de 21 % en volume en deux mois, celles d'IGP de 42 % et de vins de France de 52 %, soit plus des deux tiers des volumes perdus. L'extension des mesures de confinement à partir de début mars à de nombreux autres pays vers lesquels les vignerons français avaient diversifié leurs exportations ces dernières années fait craindre à la profession de lourdes conséquences à court et long termes.
Les élus de la vigne proposent au gouvernement un plan de soutien à la viticulture
Les deux coprésidents de l'Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev), Nathalie Delattre et Philippe Huppé, ont adressé le 1er mai au Premier ministre et aux ministres de l'Agriculture et de l'Économie leurs propositions pour soutenir la viticulture, atteinte à la fois par la crise sanitaire et la surtaxe américaine. Une partie du plan de soutien proposé consiste en des allègements fiscaux : exonération de charges sur l'emploi, notamment des travailleurs occasionnels, annulation des prélèvements directs en 2020, défiscalisation des entreprises et allègements de la fiscalité sur l'épargne de précaution (DEP) quand celle-ci sert à verser les salaires. Sont aussi demandées une enveloppe destinée à la distillation, une aide au stockage privé, le versement en temps et en heure des aides de l'OCM vitivinicole par FrandeAgriMer, la prolongation des autorisations de plantation de vignes.Soutenus par plus de 1 000 communes viticoles, ils insistent pour que Paris mette en place un fonds de compensation des effets de la taxe américaine. De son côté, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, a déclaré, le 30 avril sur CNews, qu'il annoncera avec le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, un plan national pour la viticulture.