Les vins de côtes-du-rhône ouvrent leurs ailes
Le 26 janvier, le maire de Piégon, Serge Roux, également président du Cellier des Dauphins, a accueilli l'assemblée générale du syndicat général des vignerons des côtes-du-rhône, dont il est l'un des vice-présidents. La réunion a débuté par une présentation de la situation économique des vins de côtes-du-rhône (CDR) et le démarrage de la campagne 2016-2017. Dans l'ensemble, la vendange 2016 a été qualitative avec des volumes intéressants pour l'approvisionnement des marchés. Ainsi, d'après les déclarations de revendication collectées par les services du syndicat général, les CDR et CDR villages totalisent 1,8 million d'hectolitres (Mhl), en augmentation de 5 % par rapport à 2015. Dans le détail, les CDR représentent 1,46 Mhl - 87,71 % de rouge, 7,20 % de rosé et 5,09 % de blanc - les CDR villages 337 470 hl et les CDRV avec nom géographique 211 765 hl. « Les rendements moyens se situent autour de 46 hl/ha pour les CDR, 41 pour les CDR Villages et 38 pour les CDRV avec nom géographique », a commenté Laurent Jeanneteau, directeur du syndicat général, précisant que « les quantités de volume complémentaire individuel n'étaient à ce jour pas encore connues ».

Un optimisme mesuré
Déjà relevée l'an passé, la baisse des volumes en bio (150 150 hl, provenant à 47 % de la coopération et à 53 % des caves particulières, dont 115 000 hl de CDR et 35 150 hl de CDRV) s'explique selon trois raisons, a poursuivi Denis Guthmuller, président de la section économique : « Tout d'abord au niveau technique, les problèmes de black-rot importants en 2015 et pour lequel les vignerons ne disposent d'aucune solution dédiée, et la recrudescence de la flavescence dorée ; et au niveau économique, par le manque de débouchés et des prix pas assez élevés par rapport au CDR conventionnel ». Le nombre d'unités de vinification bio a baissé de moitié depuis 2014 (134 en 2016 dont 107 en caves particulières et 27 en coopératives).
Brice Eymard, responsable du service économique d'Inter Rhône, a fait un point sur l'actualité économique et le début de campagne 2016-2017 (voir encadré page ci-contre). Est observée une répartition sur les marchés globalement équilibrée. Le CDR est commercialisé à 37 % en grande distribution, 10 % en hard-discount, 33 % à l'export et 20 % dans les autres circuits (caveaux, restaurants, cavistes). « On peut regretter toutefois que l'appellation ne performe pas davantage à l'export car nous restons autour de 30 à 33 %. Mais il faut saluer la bonne tenue de ces chiffres, qui reposent sur la très bonne performance des crus des côtes-du-rhône, une performance qui n'est pas toujours visible car ces crus ne sont pas distingués des volumes CDR dans les statistiques douanières », a noté Philippe Pellaton, président du syndicat général des vignerons des côtes-du-rhône.
Pour Denis Guthmuller, ce tableau économique peut laisser place à un optimisme mesuré : « N'oublions pas que les stocks sont bas et que nous avons tout ce qu'il faut pour que la campagne se déroule dans de bonnes conditions. Les prix enregistrés par InterRhône sont à un bon niveau ». Un sentiment partagé par le président du syndicat général qui considère que « les équilibres sur les marchés sont plutôt bons ».
Situation tendue sur les IGP
Mais Philippe Pellaton n'a pas manqué de pointer du doigt la situation tendue sur les IGP, inquiets de l'augmentation des importations de vins espagnols constatée ces derniers mois. « Le message d'inquiétude que l'on perçoit vient de là, a-t-il noté. Mais AOC et IGP ne sont pas sur les mêmes marchés. » Toutefois, le président n'a pas hésité à lancer un appel au négoce. « Je regrette la volonté affirmée de vouloir une baisse des cours de 10 à 15 euros par hectolitre pour ne pas perdre de marché. Il nous revient à tous, conjointement, de construire un modèle durable, autre que celui porté par une vision de l'AOC consistant à dire qu'il faut baisser les cours ».
L'assemblée générale s'est poursuivie par les interventions de Michel Chapoutier, président d'Inter-Rhône, et Eric Rosaz, son nouveau délégué-général. Ils ont évoqué le projet œnotouristique du Carré du Palais, à Avignon, dont l'ouverture partielle est annoncée pour avril, en même temps que l'évènement Découverte en vallée du Rhône (voir encadré ci-dessus). « Cette maison appartient aux vignerons et aux négociants rhodaniens qui seront invités à l'utiliser régulièrement pour recevoir leurs clients, mais aussi pour leurs réceptions privées, a détaillé Michel Chapoutier. Ils pourront apporter leurs vins, il n'y aura pas de droit de bouchon. » Le Carré du Palais est doté d'un budget de fonctionnement prévu autour de 140 000 € par an pour la section interprofessionnelle CDR, sur un budget annuel de 9 millions d'euros. « La famille de la production a investi dans ce projet au niveau du foncier à hauteur de l'enveloppe qui était prévue : 1,6 million d'euros. Mais je regrette que les entreprises de négoce n'aient pas investi à la même hauteur alors que cela faisait partie du projet initial, a conclu Philippe Pellaton. Ceci me fait me poser des questions sur l'engagement du négoce dans des projets collectifs. »
Vins des côtes-du-rhône / Philippe Pellaton, président du syndicat général, concède un démarrage de la campagne viticole « un peu plus poussif que l’année dernière ».
Un début de campagne « plus poussif »
Au niveau des CDR régional, la commercialisation a atteint 1,4 Mhl, « un niveau quasiment équivalent à celui de la récolte », a expliqué Brice Eymard, responsable du service économique d’Inter Rhône. Le niveau de stock s’établit désormais à sept mois. « La production de blanc augmente plus vite que la commercialisation, même si la demande est tendanciellement à la hausse. En rosé par contre, le stock est à la baisse. Enfin, la demande en rouge continue à diminuer ». Pour le spécialiste d’Inter Rhône, il est encore trop tôt pour donner une tendance sur le début de la campagne 2016-2017 : « Il faut noter que si le démarrage a semblé plus rapide, cette tendance s’est atténuée avec un rythme qui a aujourd’hui retrouvé les niveaux de l’an passé ».
De son côté, Philippe Pellaton, président du syndicat général, concède un démarrage de la campagne viticole « un peu plus poussif que l’année dernière. C’est normal car les stocks ont légèrement augmenté et le millésime est de bonne qualité : on ne se précipite pas pour acheter les meilleures cuves car tout est bon ! Dans tous les cas, il n’y a pas de quoi s’alarmer et je reste serein sur ce démarrage de campagne compte tenu du niveau de récolte et des rendements moyens constatés », qui viennent consolider l’assise de l’offre en côtes-du-rhône.Concernant les CDR Villages sans nom géographique, la production 2016 est inférieure à la commercialisation (151 000 hl) et le stock reste équilibré, bien qu’en légère hausse (+ 3 %). « Cette production alimente surtout la grande distribution ainsi que les marchés anglais et belges. Le prix moyen reste correct à 167,5 €/hl. »
Enfin, concernant les CDR Villages avec nom géographique, le marché est équilibré malgré le départ des volumes de Cairanne en 2016 (passage en cru) compensé en 2017 par l’arrivée de trois nouveaux CDR Villages avec nom géo : Sainte Cécile, Vaison-la-Romaine et Suze-la-Rousse, une arrivée saluée par le président du syndicat.
Charte paysagère : elle prend racine
La charte paysagère environnementale des côtes-du-rhône a été mise à l’honneur lors de l’émission « Des racines & des ailes » diffusée le 18 janvier sur France 3. « Le syndicat général a été sollicité par les producteurs de l’émission et nous avons fourni beaucoup de documents. Je suis satisfait de la place qu’a occupée le vignoble des côtes-du-rhône dans cette émission. Cela nourrit l'image que nous voulons donner de notre vignoble grâce à la charte paysagère », a commenté le président Philippe Pellaton. Cette charte compte désormais 106 signataires dont 67 communes et 5 communautés de communes, 4 chambres d’agriculture et 4 agences de développement touristique.
Le Carré du Palais, dans la cité d'Avignon, sera un complexe œnotouristique développant des espaces de dégustation, d’animation, de vente et de formation. Il sera articulé autour de cinq grands univers : un bar à vins et bistro œnotouristique, une école des vins, des salons privés et espaces événementiels, cinq ateliers-boutiques et un restaurant gastronomique éphémère qui accueillera des grands chefs de mai à septembre. 25 emplois à plein temps seront créés.
Au total, le Carré du Palais présentera au grand public quelque 9 000 bouteilles représentatives des AOC adhérentes à l’interprofession. Par ailleurs, « 800 références de vin de producteurs et négociants seront disponibles à la carte des restaurants », a précisé Frédéric Jullian, gestionnaire de la société d’exploitation dirigée par Jean-Michel Guiraud. Une offre complémentaire de 50 vins sera disponible au verre de 6 ou 12 cl en permanence, « avec un principe de roulement des appellations. Chaque appellation sera représentée au prorata de sa contribution financière à Inter Rhône » : 77 % pour les AOC des CDR avec les crus et 23 % pour les autres AOC (luberon, ventoux, costières-de-nîmes, grignan-les-adhémar, côtes-du-vivarais, duché d’uzès et clairette de bellegarde).
Source : Syndicat des vignerons réunis des côtes-du-rhône.