Accès au contenu
Production aniamle

Les voyants sont au vert dans la filière ovine

Montrer que les perspectives sont aujourd’hui favorables pour s’installer en élevage ovin, tel était l’objet de la réunion organisée sur une exploitation ovine du Rhône, dans le cadre du programme national Inn’ovin.
Les voyants sont au vert dans la filière ovine

Des prix de la viande ovine qui se maintiennent, des signes de qualité rémunérateurs pour les éleveurs, un encadrement technique bien en place... Aujourd'hui, les voyants sont au vert pour soutenir des projets d'installation en élevage ovin sans prendre de risques. Lors de la réunion du 13 octobre à Courzieu (Rhône), Audrey Desormeaux, animatrice à la Fédération nationale ovine, a donné les grandes tendances du marché de la viande ovine (1). En France, la viande ovine consommée provient principalement d'importations (59 % des volumes) surtout du Royaume-Uni, suivi de l'Irlande et de la Nouvelle-Zélande. 38 % de la viande consommée est issue d'élevages français. Actuellement, la production de viande ovine est ainsi répartie à travers le monde : 50 % Asie, 20 % Afrique, 13 % Union européenne, 13 % Océanie, 3 % Amérique du Sud et 1 % Amérique du Nord. Le marché, mondialisé depuis plus de vingt ans, est en plein mouvement. On observe des flux importants en provenance d'Océanie vers la plupart des continents, notamment l'Asie où ce sont des marchés émergents à fort potentiel de croissance grâce à une consommation en progression, surtout en Chine. À l'échelle de l'Union européenne, les dynamiques sont contrastées selon les pays. La France se place en deuxième position derrière le Royaume-Uni pour la consommation de viande ovine et au troisième rang pour la production, derrière le Royaume-Uni et l'Espagne et devant l'Irlande. En France, le cheptel a diminué de 20 % en dix ans et de 30 % en vingt ans, mais cette baisse a bien ralenti. En 2010, on distingue 71 % de brebis allaitantes et 29 % de laitières. Fin 2014, on recense 5,4 millions de têtes (brebis et agnelles saillies), 20 800 demandeurs de l'aide ovine attribuée au cheptel de plus de 50 brebis. 80 % du cheptel national se situe en zone défavorisée, avec des systèmes de production diversifiés et adaptés aux spécificités des territoires. Les importations de viande ovine continuent de diminuer au cours des années 2010, de même que la consommation depuis les années 2000. En France, les consommateurs d'agneaux sont de plus en plus âgés (deux sur trois ont plus de 50 ans). Globalement, les cours moyens annuels de l'agneau tendent à progresser ces dix dernières années. Dans l'Union européenne, la France arrive même en tête sur cet aspect-là, devant le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Irlande.

Un signe de la professionnalisation

Estelle Ginon, chargée de mission à Rhône-Alp'élevage et animatrice du programme Inn'Ovin Sud-Est, a commenté les chiffres-clés de la filière ovine en Rhône-Alpes. En 2014, on dénombre 1 390 éleveurs ovins (2) dans la région, soit 7 % des effectifs nationaux et 255 100 brebis, soit 5 % du cheptel en France. Depuis 2010, le nombre d'éleveurs a baissé de 10 % et celui de brebis d'un peu plus de 5 %, soit une tendance similaire à l'échelon national. En Rhône-Alpes, la taille moyenne des troupeaux augmente, ce qui est un signe de la professionnalisation. Presque 100 % du cheptel ovin est situé en zones de montagne ou défavorisée, où ce type d'élevage joue un rôle socio-économique et environnemental majeur. La répartition des troupeaux est assez hétérogène dans la mesure où la Drôme et l'Ardèche concentrent 43 % à la fois des éleveurs rhônalpins et des brebis.
Les deux tiers des éleveurs possèdent moins de cinquante brebis. 43 % d'entre eux sont âgés de plus de cinquante ans et ils détiennent 55 % des brebis. Il existe donc des opportunités de reprise d'exploitations dans les années à venir. Or, si l'on prend en compte le nombre d'installations aidées, la dynamique reste faible avec seulement une quarantaine de projets par an. Cela représente 5 à 7 % des installations annuelles aidées toutes productions confondues. On estime que les installations aidées correspondent aux deux tiers des installations.

Une restructuration des organisations de producteurs

Du côté de l'aval en France, les organisations de producteurs (OP) commerciales se sont restructurées en passant de 56 en 2007 à 36 en 2015. Six agneaux sur dix sont vendus par les coopératives. En Rhône-Alpes, on recense quatre OP de taille inégale : Cobra, Copagno, l'Agneau soleil et Cialyn. Le nombre d'éleveurs en filière organisée demeure stable : ils sont 30 % à adhérer à une OP, ce qui représente 38 % du nombre de brebis. Les volumes abattus en ovins ne cessent de baisser, mais avec beaucoup d'inégalités selon les abattoirs. On considère que les exploitations ovines peuvent couvrir seulement 10 % des besoins en consommation de viande, d'où la place existante pour installer de nouveaux éleveurs. Environ 5 % des agneaux consommés en Rhône-Alpes sont élevés et abattus dans notre région. Une particularité est à souligner en Rhône-Alpes : la filière ovine a mis en place une stratégie de différenciation de ses produits sous signes de qualité. On peut citer l'Agneau de l'Adret (label rouge et CCP), l'Agneau de Sisteron (label rouge et IGP), l'agneau issu de l'agriculture biologique, Tendr'Agneau (label rouge) ou encore les marques commerciales le Gigotin et Agneau soleil ainsi que les agneaux certifiés dans le cadre d'un engagement avec une marque distributeur. La finalité de ces démarches de qualité est de mieux valoriser les agneaux, d'assurer des débouchés et une certaine sécurité de revenus aux éleveurs. 

Colette Boucher
(1) Chiffres de 2013 ou 2014. Sources : GEB, Institut de l'élevage.
(2) Ce sont les éleveurs demandeurs de l'aide ovine qui ont donc au minimum 50 brebis.

 

Inn’Ovin : un nouveau programme national
Le nouveau programme national Inn’Ovin lancé en 2015 a pour objectif de développer la filière ovine dans le prolongement des précédents programmes axés sur la reconquête ovine. Le projet Inn’Ovin est porté par Interbev ovins, la Fédération nationale ovine, Coop de France, l’Institut de l’élevage, Races de France, l’APCA et Jeunes agriculteurs.
Les enjeux de la démarche sur le long terme ont été bien identifiés : produire plus d’agneaux et de lait de brebis pour satisfaire la demande ; favoriser la transmission des exploitations et les installations de jeunes ; améliorer les conditions de travail ; accroître le revenu des éleveurs ; renforcer l’attractivité et l’image du métier d’éleveur ovin ; mieux organiser la filière et relancer la consommation.
Pour mettre en œuvre le programme Inn’Ovin sur le terrain, une nouvelle organisation se dessine à l’échelle nationale à partir de cinq inter-régions s’appuyant sur les bassins de production et les futures régions administratives. Rhône-Alpes, Auvergne et Paca sont regroupés au sein de l’inter-région Sud-Est. Dans chaque inter-région, salariés et représentants d’organisations professionnelles participent à des comités d’orientation ovins régionaux (groupes de travail, lieux de concertation et d’échanges) pour mener à bien des actions adaptées aux spécificités régionales. C. B.

 

Gaec des Vallons / Visite de l’exploitation familiale du Gaec des Vallons qui élève 430 brebis de race romane à Courzieu dans le Rhône.

Des ovins sur une exploitation diversifiée

 

Sébastien Michel, jeune éleveur ovin, est associé en Gaec avec son père Christian, sa mère ayant le statut de conjoint collaborateur. Leur exploitation est particulièrement diversifiée avec quatre productions en vente directe (surtout des marchés) : maraîchage, fruits rouges, volailles et lapins. À cela s’ajoute une production d’agneaux vendus via l’organisation de producteurs Cialyn. Le Gaec des Vallons élève un cheptel de 430 brebis de race romane dont 90 agnelles. Les agneaux sont commercialisés en démarche de qualité Agneau de l’Adret label rouge et CCP (certificat de conformité produit) Carrefour. 55 hectares de SAU sont utilisés pour l’élevage ovin. La bergerie, construite en 2004 au moment de l’installation de Sébastien Michel, est spacieuse et fonctionnelle pour travailler dans de bonnes conditions. Ces éleveurs ont mis en place un système basé sur un agnelage par an en trois périodes (automne, hiver et à l’approche du printemps). Leur objectif est double : atteindre une marge brute de 150 euros par brebis et être le plus autonome possible au niveau de l’alimentation des animaux, en cultivant ce qui est labourable et mécanisable, ce qui pose problème sur certains terrains en pente dans cette région accidentée.   C. B.