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PRÉDATION

Loup : 17 % de prélèvement en 2020

En 2020, le plafond de prélèvement de loups restera fixé à 17 % de la population. Au lendemain d'une nouvelle réunion du groupe national loup le 27 novembre, les syndicats agricoles essaient d'obtenir de nouvelles avancées.
Loup : 17 % de prélèvement en 2020

La mesure était expérimentale, la voilà prolongée pour un an. Le relèvement du plafond de prélèvement de loups, fixé à 17 % en 2019, sera maintenu en 2020. « La décision a été validée politiquement », affirme Claude Font, secrétaire général de la FNO (éleveurs ovins), le 29 novembre. Le groupe national loup s'est réuni le 27 novembre pour tirer un bilan des mesures expérimentales instaurées par un arrêté du 26 juillet 2019. Outre le plafond de prélèvement, ce texte prévoit la création d'un nouveau zonage (les « cercles zéro »), dans lesquels les éleveurs bénéficient d'un accès élargi aux tirs. La reconduction pour 2020 de ces mesures, initialement prévues pour durer jusqu'au 31 décembre 2019, aurait été annoncée lors de cette réunion. La FNO voit dans cette prolongation un signal « plutôt positif ». Un nouveau texte « sera élaboré, il s'appuiera sur le bilan de l'année 2019 et sur l'évaluation des effectifs de la population de loups ». Ce bilan pourrait intervenir à la fin de l'été 2020, estime la FNO. Un calendrier qui permettrait d'analyser l'impact des mesures sur une campagne entière - et non partielle comme en 2019.

Claude Font, secrétaire général de la FNO.

« On va finir l'année à 12 000 brebis tuées »

La population de Canis lupus est estimée autour de 500 individus en France. Selon le dernier bilan officiel au 5 décembre (non publié), 11 249 animaux ont été victimes du prédateur. « On va finir l'année à 12 000 brebis tuées par le loup », prédit Claude Font. Ce niveau de dégâts est comparable à 2018, alors que deux fois plus de loups ont été « détruits » (96 au 27 novembre 2019 contre 47 pour toute l'année 2018). Un chiffre synonyme, selon la FNO, d'une « hausse de la pression de prédation ». Les attaques se produisent même au plus près des exploitations. En témoigne celle qui a eu lieu dans la nuit du 14 au 15 décembre : des loups ont attaqué des brebis à l'intérieur d'une bergerie du Haut Var, révélait ce dimanche le site internet Var Matin. Alors qu'une nouvelle période de négociations s'ouvre avec les pouvoirs publics, le syndicat ovin remet sur la table plusieurs de ses propositions. Première d'entre elles : la révision des critères de définition des « cercles zéro ». Pour y être inclus et ainsi bénéficier de l'accès aux tirs de défense mixte, une commune ou partie de commune doit pouvoir justifier de quinze attaques en trois ans. Un seuil qui vise à couvrir 30 % des éleveurs prédatés pour 45 % des dommages au niveau national.

Un groupe de travail sur les pertes indirectes

La FNO a aussi obtenu l'ouverture d'un groupe de travail sur la réévaluation des indemnisations des pertes indirectes, qui sera lancé fin 2019 ou début 2020. Et elle compte bien rouvrir un certain nombre de dossiers précédemment refermés. La FNO demande ainsi des avances de trésorerie « à hauteur de 80 % » pour l'accès aux moyens de protection. La branche ovine de la FNSEA demande aussi que les éleveurs prédatés bénéficient automatiquement d'une dérogation pour toucher les aides ovines même s'ils n'atteignent pas la productivité minimale requise (0,5 agneau par brebis). Dernière demande de la FNO : qu'un contrat d'aide aux moyens de protection ouvre automatiquement un accès aux tirs, afin de ne pas avoir à déposer un nouveau dossier en cas d'attaque. 
Y. G.

 

protection / Les premiers résultats du rapport sur l’état de conservation du loup montrent, selon la Commission européenne, que cette espèce « n’est pas encore en état de conservation favorable » dans l’Union européenne. La Commission européenne ne devrait donc pas remettre en cause le statut du loup dans le cadre de la directive Habitats.

Une espèce encore « vulnérable », selon Bruxelles

Malgré les demandes pressantes du secteur agricole, la Commission européenne ne semble pas encline à réviser la directive Habitat - ou au moins à donner plus de flexibilité aux États membres dans ce cadre - pour permettre la gestion des populations grandissantes de loups dans l’UE. À ce stade, selon des données partielles, le loup « n’est pas encore en état de conservation favorable dans la plupart des évaluations » faites par les États membres, a indiqué un représentant de la Commission, lors d’une audition organisée conjointement par les commissions des pétitions, de l’environnement, de l’agriculture du Parlement européen le 5 décembre sur l’évaluation des populations de loup dans l’UE. Conformément à la directive Habitats, les États membres doivent, tous les six ans, faire un rapport sur l’état de conservation des différentes espèces, dont le loup. Ce processus devrait se terminer l’année prochaine : l’agence européenne pour l’environnement travaillera avec les États membres pour mettre la dernière main aux évaluations, qui feront l’objet d’une consultation publique en janvier 2020, puis en juin, les premiers résultats seront rendus publics et les résultats complets seront disponibles à l’automne.
« La menace la plus tangible »
Aujourd’hui la population européenne de loups est estimée à 17 000 individus (pour 16 000 ours, 9 000 lynx et 1 300 gloutons) dont environ
14 000 dans l’UE. L’impact de ces loups sur l’élevage européen est évalué à environ 20 000 moutons tués chaque année, soit moins de 0,05 % du cheptel ovin de l’UE. Mais « au niveau local les conséquences peuvent être bien plus importantes », précise John Linnell, de l’Institut norvégien de recherche sur la nature. Même si, selon lui, « le cas du loup s’ajoute aux nombreuses autres difficultés auxquelles sont confrontés les éleveurs et comme il s’agit de la menace la plus tangible, il focalise l’attention ».
Mais pour de nombreux éleveurs en systèmes pastoraux, la coexistence n’est plus possible. Malgré l’argent dépensé pour des moyens de protection (clôtures, chiens...), les dommages augmentent et si le nombre d’attaques diminue c’est uniquement parce que le nombre d’animaux dans les pâturages diminue lui aussi. Michèle Boudoin, éleveuse dans le Puy-de-Dôme et présidente du groupe de travail du Copa-Cogeca sur la viande ovine, estime qu’il faut « réapprendre au loup à avoir peur de l’homme. Et pour cela, il faut déclasser le loup de son statut d’espèce protégée stricte (dans le cadre de la convention de Berne) afin de pouvoir au moins procéder à des tirs d’effarouchement ».  
 A. G.