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Nuisibles

Lutte contre les campagnols : agir avant d’être envahi

Prairies retournées, racines sectionnées, porte-graines desséchés, les ravages des campagnols peuvent coûter cher et même mettre en péril l’équilibre d’une exploitation.
Lutte contre les campagnols : agir avant d’être envahi

«En Auvergne Rhône-Alpes, on constate l'augmentation des dégâts causés par le campagnol. Cette appellation générique recouvre trois types de rongeurs : le campagnol des champs ; le campagnol terrestre ; et celui dont la présence est de plus en plus marquée, le campagnol provençal qui, comme son nom l'indique, arrive du Sud, à la faveur du réchauffement climatique », indique Catherine Prave, référent à la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles de Rhône-Alpes (Fredon). La fédération régionale a pour objet la protection des végétaux contre les organismes nuisibles et les dangers sanitaires dans le cadre de la surveillance biologique du territoire.
Connaître l'adversaire
« Le principe de la lutte consiste à maintenir en permanence les populations de campagnols le plus bas possible, en dessous du seuil de nuisibilité. Pour cela, la Fredon a mis en place un réseau de surveillance et propose un certain nombre d'outils de lutte précoce, raisonnée et collective, explique Catherine Prave. En premier lieu, la Fredon dispense une formation, car pour combattre ce nuisible il faut d'abord bien le connaître et prendre la mesure de la menace ». Un couple génère une centaine d'individus par an dont la maturité sexuelle est atteinte dès 2,5 mois. On comprend donc que l'évolution est vite exponentielle. Chaque individu consomme en moyenne et par jour l'équivalent de son poids en tiges et racines. Savoir identifier sa présence et faire la différence entre les tumuli, petits monticules de terre fine, de campagnols et ceux laissés par les taupes peut s'avérer déterminant.
La lutte raisonnée
La lutte raisonnée s'articule autour de plusieurs axes complémentaires. Il s'agit d'abord de favoriser la présence des prédateurs des campagnols (buses, faucons, chouettes, hiboux, fouines, hermines, renards, chats, blaireaux), en leur créant un habitat naturel adapté. Puis fragmenter les parcelles grâce à la création de haies, qui présentent le double avantage de fournir un habitat pour certains prédateurs et ralentir la dispersion des populations de rongeurs. Il faut ensuite mettre en place des pratiques qui gênent les campagnols. L'entretien des bordures de parcelle, la gestion du couvert végétal détruit leurs zones refuges et favorise la prédation. Le travail du sol (labour, hersage) tout comme l'alternance fauche et pâture cassent les réseaux de galerie. Dans le même temps, le piégeage doit permettre de contrôler le nombre de campagnols mais aussi celui des taupes car leurs galeries favorisent le déplacement, puis l'installation des campagnols. Enfin, la régulation des populations de campagnols peut être entreprise grâce à l'emploi d'appâts à base de bromadiolone. Cette méthode est réglementée par des arrêtés ministériels, préfectoraux ou municipaux fixant la quantité de produit utilisable, les conditions d'emploi et le seuil de population de campagnols au-dessus duquel la lutte phytosanitaire est interdite. « D'où la nécessité d'opérer une observation avec un suivi de parcelles tests et des comptages, précise Catherine Prave. Toutefois, la lutte contre le campagnol n'aura d'effet que si elle est collective, basée sur la surveillance assurée par les agriculteurs, en vue de la mise en place d'actions préventives. » 

Magdeleine Barralon

 

La réglementation


La lutte contre le campagnol est réglementée. Celui-ci fait partie des organismes nuisibles « contre lesquels la lutte n'est pas obligatoire sur tout le territoire et de façon permanente, mais dont la propagation peut présenter un danger soit à certains moments, soit dans un périmètre déterminé... »
L’arrêté interministériel du 14 mai 2014 est entré en vigueur, d’une part en limitant l’utilisation de la bromadiolone, et d’autre part en l’annexant à la mise en place des méthodes de luttes alternatives (piégeage, installation de nichoirs/perchoirs...)