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Sanitaire

Lutter collectivement contre les salmonelles

Le point sur la lutte contre les salmonelles en élevages avicoles avec Bertrand Toulouse, directeur de la direction départementale de la protection des populations (DDPP), et Paul Despesse, vice-président de la chambre d'agriculture et aviculteur.
Lutter collectivement contre les salmonelles

Un arrêté préfectoral du 16 mai 2014 a imposé aux aviculteurs d'exporter les effluents d'élevage contaminés par les salmonelles dans un centre agréé, pour traitement assainissant par compostage. Comment a réagi la profession ?

Paul Despesse : « La profession n'a pas été concertée préalablement. Nous avons signifié au préfet notre désaccord, les conditions étant très peu applicables sur le terrain car trop exigeantes. Nous avons souhaité que l'arrêté soit retravaillé. Nous sommes conscients du problème des salmonelles et soucieux du taux élevé de contaminations dans la Drôme. Mais, pour faire baisser la pression, nous estimons qu'une lutte collective doit être conduite sur tous les facteurs de risque. C'est pourquoi l'interprofession (chambre d'agriculture, syndicats, groupements d'éleveurs, entreprises, cabinets vétérinaires) a engagé une réflexion dont il est ressorti des propositions, que nous avons soumises au préfet lors d'une rencontre le 5 décembre. »

 

Quelles sont les demandes professionnelles ?

Paul Despesse : « Aux intégrateurs, nous demandons de sensibiliser leurs éleveurs sur le respect des barrières sanitaires (maîtrise des intrants et intervenants), que leurs techniciens relèvent sur la fiche d'élevage les anomalies, points satisfaisants et de bien signaler les cas de salmonelles à l'observatoire Filavi(1). Pour essayer de mieux cerner le problème, nous avons souhaité un élargissement des analyses, à l'arrivée des volailles dans les élevages, dans les camions des transporteurs, équarrisseurs. Autre demande : la réalisation par les services de l'Etat d'une enquête épidémiologique intégrant un volet génotypage pour tenter de trouver l'origine des contaminations. Par ailleurs, il nous paraît important de mieux accompagner les éleveurs dont le site est contaminé (DDPP, vétérinaire et technicien de l'intégrateur), notamment en termes de nettoyage et désinfection. Nous avons aussi demandé l'adaptation du protocole de gestion des effluents et la prise en charge financière de leur transport au centre de traitement agréé. »

 

Que s'est-il passé depuis la rencontre avec le préfet ?

Bertrand Toulouse : « Suite à la remise du rapport de l'interprofession au préfet, un groupe de travail a été mis en place. Cinq réunions se sont déjà tenues. L'une d'elles a été consacrée aux financement et modalités de prise en charge souhaitée (du transport au centre de traitement et de la perte de valeur fertilisante) par le FMSE(2). Chambre d'agriculture, syndicats, groupements d'éleveurs, Gévoda(3), GDS(4), Afivol(5), CFA(6), conseil général, DDT(7), DDPP, Draaf(8) y ont participé. Trois autres réunions ont porté sur la gestion des effluents contaminés par les salmonelles, afin d'étudier comment adapter l'arrêté préfectoral (qui vise uniquement les élevages déclarés foyers de salmonelles). La reprise au champ des fumiers contaminés sera possible. Cependant, ils devront être épandus et enterrés profondément le jour même. L'aire de nettoyage et désinfection du matériel ayant servi à leur transport devra être étanche, mais plus forcément bétonnée. »

 

Un nouvel arrêté sera pris, donc.

Bertrand Toulouse : « Oui, il devrait bientôt être signé par le préfet de la Drôme. Deux solutions sont validées. Soit l'éleveur est en capacité de traiter ses effluents sur place (parcellaire adapté, moyens suffisants en matériel, structure, organisation) et le souhaite. Soit le traitement est fait en centre agréé avec transport dédié, analyses... La profession a sollicité la possibilité de laver le matériel au champ. La DDPP a préféré différer sa réponse en attendant le positionnement d'experts nationaux. Et la demande de la profession d'enfouissement des effluents contaminés en zone vulnérable (où les périodes d'épandage sont réglementées), elle n'a pas été suivie, la dérogation relevant de la ministre de l'Environnement.
Le préfet a obtenu une enveloppe du ministère de l'Agriculture de 30 000 euros pour 2015 (rétroactive depuis le début de l'année), dédiée à tous les foyers de salmonelles en volailles de ponte et de chair. La profession a souhaité l'orienter sur le financement de l'acheminement des effluents au centre de traitement et d'analyses sur les arrivées de poussins en élevages et les transports (animaux, intrants). »

 

Quelles sont les autres mesures ?

Bertrand Toulouse : « Nous ne souhaitons pas mettre la vindicte sur les éleveurs. Nous avons entendu leurs demandes et mis des moyens humains supplémentaires. Les mêmes contrôles sont effectués dans tous les départements. Ce que la DDPP renforce dans la Drôme, ce sont les mesures de suivi des suspicions et foyers de salmonelles ainsi que les modalités d'intervention (notamment des vétérinaires mandatés par la DDPP) pour l'accompagnement des éleveurs. En matière d'assainissement (nettoyage et désinfection) également, une attention plus grande est accordée car une forte résurgence de foyers déjà déclarés est constatée (29 % en volailles de ponte et 22 % en volailles de chair). L'accent est mis aussi sur le suivi des intervenants en élevages tels que ramasseurs, équarrisseurs, fournisseurs d'aliments... En outre, deux missions d'expertise nationales vont avoir lieu. L'une sera spécifique à la Drôme, avec mobilisation de référents nationaux et de scientifiques de l'Anses(9) sur l'épidémiologie et le génotypage de la souche de salmonelles. Commune à tous les départements, l'autre est en rapport avec les cas de suspicions de salmonelles non confirmées, dont le taux est élevé. »

 

La lutte contre les salmonelles doit être un combat sur tous les fronts, n'est-ce pas ?

Bertrand Toulouse : « Les mesures mises en place visent un retour de la Drôme à un niveau normal de foyers de salmonelles. Mais l'État ne pourra améliorer la situation seul. La lutte contre les salmonelles, c'est l'affaire de l'ensemble des éleveurs et intervenants de la filière. »

Paul Despesse : « Tous les partenaires doivent œuvrer dans la même direction et respecter les mesures de biosécurité. La lutte doit être collective. Chacun, à son niveau, doit faire des efforts pour que le département puisse revenir, à moyen terme, à un taux de salmonelles normal. »

Propos recueillis par Annie Laurie

(1) Filavi : association de la filière avicole de la Drôme.
(2) FMSE : fonds de mutualisation sanitaire et environnementale.
(3) Gévoda : groupement des éleveurs avicoles Drôme-Ardèche et départements limitrophes.
(4) GDS : groupement de défense sanitaire.
(5) Afivol : association régionale de la filière volaille Rhône-Alpes.
(6) CFA : confédération française de l'aviculture.
(7) DDT : direction départementale des territoires.
(8) Draaf : direction régionale de l'alimentation, l'agriculture et la forêt.
(9) Anses : agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.

 

Volailles /

Les salmonelles dans la Drôme

- 5 foyers de salmonelles détectés en élevages avicoles depuis début 2015, contre 1 sur la même période en 2014.
- Jamais la Drôme n'avait enregistré autant de cas qu'en 2014  : 35 dont 26 en volailles de chair et 9 en ponte (avec 80 % des suspicions faites lors des contrôles obligatoires par les éleveurs ou leurs vétérinaires).
- En 2013, la Drôme comptait 5,6 fois plus de foyers de salmonelles que la moyenne nationale en poulettes futures pondeuses, 4 fois plus en poules pondeuses et 1,4 fois plus en poulets de chair ainsi que dindes.
- Salmonella enteritidis prédomine dans le département. Au plan français, c'est salmonella typhimurium.

Les mesures de biosécurité 

- Délimiter l'élevage de l'extérieur, limiter les accès, désinfecter les roues des véhicules et maintenir les abords propres.
- Disposer d'un sas sanitaire bien conçu, entretenu et bien l'utiliser.
- Limiter le nombre d'intervenants sur le site et veiller à leur formation.
- Veiller à l'entretien des bâtiments avicoles (facilité par des revêtements lisses) et des silos.
- Prévenir l'introduction de nuisibles, désinsectiser et dératiser régulièrement.
- Nettoyer et désinfecter le matériel (y compris de prêt) sur une aire étanche avec récupération des eaux.
- Collecter les œufs dans des conditions satisfaisantes (convoyeurs, conditionnement).
- Entreposer les cadavres dans des congélateurs et les faire enlever dans des bacs clos.
- Veiller à l'élimination des fientes dans de bonnes conditions.