Maîtriser l’enherbement en maraîchage : du préventif avant tout !
En cas de non-maîtrise de l'enherbement en maraîchage bio, il faut s'attendre à des pertes importantes de rendements dues à la concurrence des adventices mais aussi aux maladies et ravageurs qu'elles peuvent transmettre à la culture. Il est possible de mettre un terme à une invasion de plantes indésirables par des méthodes curatives mécaniques et manuelles mais à elles seules, elles ne sont pas un levier suffisant pour une viabilité de la culture. En ne gérant cette problématique qu'en dernière minute on multiplie jusqu'à dix fois le temps de travail nécessaire au désherbage manuel alors qu'en procédant de manière préventive, par une bonne maîtrise des bases des systèmes de cultures maraîchers et avec quelques techniques à mettre en place, les chances de réussite sont proches de 100 %.
Pourquoi gérer l'enherbement ?
Il est clairement reconnu que les adventices sont sources de compétition vis-à-vis des cultures : concurrence en lumière, en éléments nutritifs et enfin en eau. Mais il ne faut pas nier qu'elles peuvent dans une moindre mesure aussi être bénéfiques : maintien de la structure du sol par couverture du sol ou mise à disposition de certains nutriments. C'est pourquoi, il est préférable de plutôt parler de gestion de l'enherbement que de destruction des adventices. Ce terme souligne l'intention de réguler la population des mauvaises herbes à des niveaux acceptables en tenant compte des aspects économiques et écologiques.
La présence des adventices est difficile à expliquer car une multitude de facteurs intervient. Premièrement, il faut identifier le mode de dissémination des adventices pour comprendre leur arrivée sur les parcelles : le vent, les animaux et l'activité humaine. Cette contamination complétera le stock de graines de la parcelle, constitué de graines viables plus ou moins anciennes qui sont réparties à différentes profondeurs du sol. Il est possible de limiter les apports d'adventices venus de l'extérieur par des méthodes de prophylaxie. L'entretien des bordures de parcelles, le maintien des haies, le compostage des fumiers et enfin le nettoyage des outils sont des mesures à privilégier. Mais même si la graine est présente dans le sol, sa levée n'est pas encore assurée car elle doit franchir plusieurs étapes : la dormance, la levée de dormance, la germination et la croissance du germe. Dans nos conditions climatiques, c'est l'hiver le facteur déclenchant de la levée de dormance et le climat printanier qui favorise la germination. Le stock de graines d'adventices peut être considéré comme inépuisable. Cependant, il est possible d'éviter la présence d'adventices durant la culture en optant pour une stratégie d'évitement. Pour cela, il faut favoriser une levée précoce des adventices qui seront détruites avant la mise en place de la culture : c'est le principe du faux semis.
Maîtriser les bases de l'agrosystème
Bases de l'agronomie, les rotations de cultures ont un rôle important dans la gestion de l'enherbement. Varier les cultures et les pratiques culturales qui en découlent permet d'alterner en plus des familles botaniques, les apports de fertilisation, les dates d'implantation et les techniques d'entretien. Par l'alternance des cycles de culture, les rotations permettent à des adventices différentes de lever chaque année et de ne pas sélectionner une flore homogène. De plus, il est judicieux de mettre en place une culture nettoyante, telle qu'une culture de pomme de terre ou une culture paillée, en précédent d'une culture salissante. Toujours dans cette idée, la rotation des parcelles légumières avec des engrais verts ou une prairie temporaire est un moyen supplémentaire pour réduire le stock de graine. Si le couvert est bien implanté et s'il est fauché régulièrement, il sera alors efficace pour concurrencer les adventices. Certaines espèces d'engrais verts peuvent bloquer la germination des adventices comme le sarrasin et seigle qui ont des effets allélopathiques.
Faux semis : diminution du stock de graines et stratégie d'évitement
Base de la gestion de l'enherbement, le faux semis consiste à préparer le sol quelques semaines avant une implantation de façon à ce que les graines d'adventices présentes dans le sol germent. La préparation du sol doit être aussi précise que pour un semis et il est même possible d'irriguer ensuite pour favoriser la germination. Les plantules sont ensuite détruites soit mécaniquement avec une herse étrille ou un vibroculteur de manière plus grossière soit par
désherbage thermique. L'opération peut être répétée plusieurs fois pour augmenter son efficacité (trois passages en un mois permettent de réduire la levée de plus de 70 % des adventices). Suite à la dernière destruction des plantules, la culture peut être implantée directement sans travail du sol en profondeur. L'occultation est également une autre méthode de destruction de faux semis. Elle consiste à couvrir le sol préalablement préparé et humidifié d'un film opaque. Les graines d'adventices sont dans de bonnes conditions pour germer mais en l'absence de lumière les germes s'étiolent et meurent. Cette technique très efficace est utilisée pour les cultures semées directement qui sont longues à couvrir le sol (carottes, panais, pépinière de choux...).
Rémi Colomb, Adabio et Claire Jaoul, chambre d'agriculture de l'Isère (pôle
régional de conversion bio).
Pierre Hilaire, EARL Les Jardins de Malissol à Varces en Isère, pratique une rotation longue de luzerne et l’occultation. Il témoigne.
«Dans un objectif de maintien de la fertilité de nos sols mais aussi de la gestion de l’enherbement, nous réalisons des rotations très longues en insérant des couverts végétaux sur plusieurs années. Nous mettons en place de la luzerne qui servira de fourrage pour un éleveur voisin. Une luzerne dont l’implantation a bien été maîtrisée est parfaite pour réduire l’enherbement. La première année au printemps, on voit apparaître des graminées qui fleurissent au-dessus de la luzerne mais si la première fauche est faite à temps les graminées seront fortement étouffées par la repousse de la luzerne. Nous gardons cette luzerne trois ans, au-delà, elle s’épuise et donc se salit. »
Occultation pour les carottes
« Nous mettons en place au printemps des bâches hors-sol, maintenues au sol avec des agrafes disposées tous les 4 mètres. On compte 6 semaines pour une mise en place en avril alors que 4 semaines suffisent à partir de mi-mai. Durant cette période, on peut observer 2 à 3 levées d’adventices, qui s’étiolent faute de lumière. Après le semis, on bâche à nouveau pendant une petite semaine. Il faut absolument surveiller et débâcher avant que la carotte ne lève. Ce bâchage permet de mettre un coup d’arrêt au développement de jeunes plantules sur le rang de semis. On a observé aussi qu’il permet d’homogénéiser la levée de carotte par un bon maintien de l’humidité et par la protection aux pluies de nos sols sensibles à la battance. Nous pratiquons aussi l’occultation sur panais, navets, radis noirs et épinard d’automne. »