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Maraîchage

Maraîchage : le point sur les maladies et ravageurs

Ravageurs, maladies et auxiliaires en productions légumières bio, tel était le thème d'une réunion « bout de champ » organisée la semaine dernière par la chambre d'agriculture de la Drôme.
Maraîchage : le point sur  les maladies et ravageurs

C'est à Châteauneuf-de-Galaure, sur l'exploitation de Martine Brunet, productrice de légumes bio, que Claire Jaoul, conseillère chambre d'agriculture, avait donné rendez-vous le 10 juin. Invités à une réunion « bout de champ », les producteurs ont pu partager connaissances et astuces en observant les cultures.
Du côté des maladies, la situation actuelle sur l'exploitation, et d'une manière générale, reste calme mais il faut faire attention aux risques en augmentation dans les prochaines semaines. L'oïdium se développe sous forme de taches de feutrage blanc sur les deux faces de la feuille, les pétioles et les tiges, principalement chez les cucurbitacées et les tomates. Il est favorisé par un temps sec et chaud, avec une humidité relative basse et une rosée régulière.
Le mildiou (phytophthora infestans), maladie principale sur la pomme de terre et la tomate, forme des taches arrondies d'aspect huileux devenant brunes puis sèches, visibles à la face supérieure des feuilles. Il est favorisé par le temps humide et doux.
Si, en culture conventionnelle, certaines molécules chimiques permettent de contrer une attaque, en culture biologique, ces deux maladies se gèrent principalement de manière préventive, en empêchant le champignon de s'installer sur la plante. La protection doit être régulière pendant les périodes à risque.

Une femelle Aphidius, petite guêpe parasitoïde, au milieu de pucerons vivants et de pucerons déjà parasités ayant pris une forme momifiée.

Mouches, chenilles, punaises

Du côté des ravageurs, les mouches mineuses sont présentes sur les exploitations, que ce soit de manière sporadique et non préjudiciable sur les cultures sous abris ou plus handicapante sur les alliacées (mouche mineuse du poireau, phytomyza gymnostoma, dégâts variables selon les exploitations). Pour la plupart des mouches, le vol de printemps touche à sa fin et ne nécessite plus d'intervention.
Les premières chenilles de lépidoptères commencent également à être visibles et à faire des dégâts : noctuelle de la tomate qui creuse des galeries dans les fruits, teigne du poireau qui va « brouter » les feuilles des alliacées, piéride du chou s'attaquant aux feuilles des brassica, noctuelle de la salade... Il convient d'intervenir le plus tôt possible face aux jeunes larves de ces ravageurs et, selon les cultures, de mettre en place des barrières physiques (filets anti-insectes).
La punaise nezara virula a été observée sur plusieurs espèces de l'exploitation visitée (haricots, tomates, concombres...). Elle peut causer des dégâts importants sur les plantes et les fruits par ses piqûres. Elle est facilement identifiable une fois que l'on connaît ses nombreux et différents stades. Les œufs sont en forme de petits tonnelets regroupés en « nid d'abeille ». Les jeunes punaises sont d'abord brun-rouge puis deviennent noires à points blancs, vertes à points blancs et rouges et, enfin, entièrement vertes au stade adulte.
Le seul moyen de lutte actuelle est de détruire les pontes et les individus dès le début de leur présence, en profitant du fait que les larves jeunes restent groupées.

Pucerons et rôles des auxiliaires

Les pucerons sont très présents sur les cultures sous abri telles que les cucurbitacées (concombres, melons, courgettes) et les solanacées (aubergines, poivrons mais peu les tomates). L'identification précise de l'espèce n'est pas toujours évidente, différentes formes peuvent cohabiter (pucerons ailés et aptères...).
Pour lutter contre les pucerons, des molécules chimiques ou naturelles sont homologuées mais ce sont les auxiliaires (prédateurs et parasitoïdes) qui font une bonne partie du travail. Les larves et adultes de coccinelles de différentes espèces étaient particulièrement représentées lors de la visite, jusqu'à 2 à 3 larves par feuille de poivron et avec tous les stades larvaires visibles.
Des aphidius, petites guêpes parasitoïdes au corps fuselé, très mobiles et dont les femelles pondent dans les pucerons, leur donnant une forme momifiée caractéristique (ils deviennent gonflés et dorés), étaient également très présents. Avec une petite loupe ou même à l'œil nu, il a été aisé de les voir à l'œuvre dans les colonies de pucerons.
Des syrphes, mouches au corps rayé jaune et noir volant en sur place, ont un effet bénéfique à la fois sur la pollinisation (adultes) et sur la prédation de pucerons (larves). Des larves de la cécidomyie du puceron (aphidoletes aphidimyza), reconnaissables à leur couleur orangée, s'observent également dans les colonies de pucerons dont elles se nourrissent.
Enfin, macrolophus caliginosus, prédateur polyphage se nourrissant principalement d'aleurodes mais également d'acariens tétranyques, d'œufs de noctuelles et de pucerons, a été introduit dans la culture de tomates. Cette petite punaise verte est très mobile, difficile à observer et son implantation dans les cultures demande un peu de temps. Son introduction est donc à soigner et à anticiper dès le début de la culture.

Des larves de la cécidomyie du puceron (aphidoletes aphidimyza), reconnaissables à leur couleur orangée, s'observent également dans les colonies de pucerons dont elles se nourrissent.

Une biodiversité à soigner

La plupart des auxiliaires évoqués ci-avant peuvent s'installer de manière naturelle ou être introduits de manière volontaire, à partir d'individus présents dans l'environnement (ramassage de larves de coccinelles par exemple) ou de solutions commerciales. En soignant la biodiversité dans et autour des cultures avec l'implantation de plantes hôtes ou de refuges pour ces insectes, les producteurs pourront bénéficier de leur aide dès l'apparition des premiers ravageurs.
En complément au tour des cultures et à l'observation détaillée de ces ravageurs et auxiliaires, des discussions sur la taille et la fertilisation des cultures, le matériel ou les variétés utilisées ont permis aux producteurs d'échanger astuces et pratiques à mettre en place sur leurs exploitations.
S'il est parfois difficile aux maraîchers de se libérer du temps en pleine saison pour participer aux rencontres « bout de champ », c'est également à cette période que les visites sur le terrain sont les plus intéressantes pour les observations.
Sources : Claire Jaoul