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Institut de l'élevage

Marchés mondiaux du lait et de la viande : l'accord UE-Mercosur en question

Du 27 mai au 1er juillet, l'Institut de l'élevage propose une série de webinaires consacrés aux marchés mondiaux du lait et de la viande. Le 28 mai, la thématique choisie était l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur.
Marchés mondiaux du lait et de la viande : l'accord UE-Mercosur en question

En projet depuis plus de vingt ans, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Venezuela avant sa suspension en 2017) a été ratifié le 28 juin 2019. Favorisant les échanges commerciaux entre les deux continents, cet accord comporte un large volet de baisses de droits de douane pour des produits alimentaires et agricoles qui représentent à eux seuls 42 % des flux. Pour ce qui est de la viande, l'accord de libre-échange instaure des importations de bœuf à droits de douane réduits pour un total de 99 000 tonnes par an et des quotas à droits nuls sur 180 000 tonnes de volaille et 25 000 tonnes de porc chaque année. Des quotas de droits de douane sont également instaurés sur le fromage, 30 000 tonnes par an, le lait en poudre, 10 000 tonnes par an et le lait pour bébé, 5 000 tonnes par an.

Le Mercosur, un géant agricole aux pieds d'argile

Territoire au potentiel agricole immense, le Mercosur a exporté quelque 14 millions d'animaux en 2019. Il pèse aujourd'hui pour plus d'un quart de la production mondiale de viande et place quatre de ses cinq États membres dans le top dix des plus gros exportateurs mondiaux. « Le Brésil représente à lui seul 58 % des exportations du Mercosur grâce à une viande de qualité et à des prix compétitifs qui soutiennent ses exportations vers l'Asie », explique Baptiste Buczinski, de l'Institut de l'élevage. Deuxième locomotive, l'Argentine représente quant à elle 25 % des exportations du Mercosur. Mais, en proie à une inflation galopante, le pays se retrouve aujourd'hui en état d'urgence alimentaire. Pire, la crise du coronavirus pourrait contribuer à plonger durablement l'Argentine, et avec elle l'ensemble du Mercosur, dans la récession. « Le bloc sud-américain commence à montrer des signes de ralentissement : le Brésil a une croissance positive mais pas aussi importante qu'espérée. L'Uruguay et le Paraguay ont une croissance quasi nulle et l'Argentine comme le Venezuela continuent de s'enfoncer. Le Brésil est aussi le nouvel épicentre du coronavirus, ce qui a causé des fermetures d'abattoirs et impacté la production. Début mai, les prix ont commencé à dévisser et des rumeurs circulent déjà quant à un éventuel non-respect des quotas d'exportations », alerte Baptiste Buczinski.

Une commission pour évaluer l'accord de libre-échange

Sur décision du Premier ministre français, Édouard Philippe, une commission est chargée d'évaluer en temps l'accord de libre-échange conclu entre l'Union européenne et le Mercosur. « Cet accord permet à l'Union européenne de promouvoir son expertise en matière de machines, de chimie organique ou encore de cosmétiques. Il nous offre un accès plus large aux marchés publics, ce qui facilite d'autant plus les investissements. Nous estimons que cet accord pourrait faire augmenter les flux entre l'Union européenne et le Mercosur de 33 à 50 % », analyse Philippe Chotteau, membre de l'Institut de l'élevage et de la commission d'évaluation. Pour autant, comme le rappelle son confrère Jean-Luc Angot, également membre de l'Institut de l'élevage et de cette commission d'évaluation, cet accord de libre-échange n'en reste pas moins très critiquable pour son impact sur la biodiversité et sur la santé humaine et animale : « En matière de réglementation, ce sont deux conceptions très différentes qui doivent parvenir à s'entendre. L'Union européenne a notamment dû batailler pour inscrire dans les textes le principe de précaution. Un chapitre aborde aussi le bien-être animal et l'usage des biotechnologies. Pour autant, on peut regretter l'occasion manquée d'introduire, dans cet accord de nouvelle génération, des exigences plus poussées concernant les modes de production ». 
Pierre Garcia