Mener à bien son projet d’autoconsommation photovoltaïque
Depuis l'arrêté ministériel du 9 mai 2017 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations implantées sur bâtiment utilisant l'énergie solaire photovoltaïque, la demande d'implantation de ce type de panneaux a explosé. « L'activité photovoltaïque existe dans toute la France mais la dynamique dans le Nord du pays est moins importante que dans le Sud, précise Enzo Casnici, conseiller énergie et environnement à la chambre d'agriculture du Rhône. La tendance actuelle est très forte sur les projets en autoconsommation. Les démarchages sont nombreux en cette période », poursuit-il.
Des économies sur sa facture d'électricité,oui mais...
Avant de se lancer dans ce type de projet, il convient de se poser les bonnes questions. La surface de la toiture et son orientation permettent dans un premier temps de savoir si le projet est réalisable et rentable, tout comme l'ancienneté du bâtiment d'élevage et sa capacité à supporter le poids des installations. Car celles-ci, même dans un contexte d'autoconsommation, demandent un investissement important. Le matériel et la pose du système, le raccordement au réseau, les frais liés aux démarches administratives et aux études ont un coût.
Les centrales photovoltaïques en vente totale représentent un coût estimé entre 40 000 et 90 000 euros (entre 36 et 100 kWc). Elles sont donc plus onéreuses que celles en autoconsommation : cela représenterait plutôt une fourchette entre 15 000 et 40 000 € (de 9 à 36 kWc) en fonction de la surface du toit. Et même si le coût de raccordement auprès d'Enedis pour l'autoconsommation est aujourd'hui très faible, il ne faut pas se précipiter et prendre le temps de comparer les différentes études de faisabilité, les devis, le matériel proposé, etc. « Le photovoltaïque rapporte, certes, c'est un atout non négligeable et un poste peu chronophage pour la vie d'une exploitation mais il ne faut pas s'attendre à une grosse rentabilité pour autant », alerte Enzo Casnici.
Concernant les aides financières, les subventions pour ce type de projet en autoconsommation sont rares. « Des aides à l'investissement distribuées par l'État sont possibles, et ce, uniquement en autoconsommation avec vente de surplus. En revanche, il n'existe à cette heure aucune subvention de la part de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, sauf pour des projets très particuliers. »
Des échanges réguliers avec son cabinet comptable et sa banque sont conseillés aux exploitants agricoles souhaitant se lancer dans l'aventure du photovoltaïque. Les chambres d'agriculture sont également là pour accompagner les agriculteurs dans les différentes étapes de leur projet. « Passer au photovoltaïque paraît facile de nos jours, relève le conseiller. Cependant, nous voyons encore trop souvent des décisions hâtives qui peuvent, à terme, ne pas avoir de rentabilité et rajouter de la dette inutile à une exploitation et la bloquer pour certains autres investissements. »
Amandine Priolet
L’autoconsommation ? Pas pour tous !
Certaines exploitations ont un profil plus intéressant pour se munir d’une couverture en panneaux photovoltaïques et se lancer dans l’autoconsommation. C’est le cas notamment des exploitations qui proposent de la transformation. « Le photovoltaïque peut intéresser tout le monde, à condition d’avoir une surface de toiture assez grande. En revanche, pour l’autoconsommation, cela n’est rentable que si l’exploitation a une activité au cours de la journée qui demande de l’électricité. Cela peut être le cas pour les éleveurs ou les maraîchers qui font de la transformation et qui utilisent des chambres froides. En revanche, il n’y a pas beaucoup d’intérêt pour les agriculteurs en grandes cultures ou même les viticulteurs, dont les consommations électriques sont faibles pour l’un et l’activité intense durant quelques mois seulement pour l’autre », précise Enzo Casnici. La vente totale serait ainsi, pour ces secteurs d’activité, une opportunité plus judicieuse. Cependant, l’intérêt pour l’autoconsommation donne aujourd’hui une image plus respectueuse de l’environnement. « C’est un bon moyen de faire parler de l’exploitation, cela lui rajoute de la valeur, note Enzo Casnici. L’image que renvoie l’autonomie énergétique est assez plébiscitée par la société. »
A. P.