Michel Rocard : un style et une vision
Passé par le PSU avant de rejoindre le Parti socialiste, tenant d'une « deuxième gauche », Michel Rocard est d'abord ministre du Plan en 1981, avant d'être nommé à l'Agriculture en 1983. Il hérite d'une situation difficile : avec une ministre sortante extrêmement impopulaire, Edith Cresson, les rapports entre l'Etat et les agriculteurs se sont détériorés. La mise en place des quotas laitiers, des montants compensatoires monétaires, les « paquets prix », et la réforme de l'enseignement agricole sont les principaux succès de son mandat.
Dans un livre d'entretiens publié en 2005, "Si la gauche savait", il se remémore d'ailleurs ce passage Rue de Varenne comme « les deux plus belles années de sa vie politique ». « La FNSEA est réputée pour avoir des rapports rudes avec les ministres de l'Agriculture (...), eh bien je fais partie des trois ou quatre anciens ministres de l'Agriculture que la FNSEA continue à inviter et à faire participer à ses débats », expliquait-t-il dans une longue interview publiée dans la revue Parlement(s) en 2006. Une réussite pour « un fils de la ville, né à Courbevoie », soulignait-il.
Des avancées importantes
Après avoir envisagé de se présenter aux élections présidentielles, il préfère s'effacer devant François Mitterrand, qui fait le choix de l'ouverture et le nomme Premier ministre en juin 1988. Malgré son inimitié avec le président de la République et une majorité relative à l'Assemblée, il marque son passage à Matignon d'avancées importantes, comme l'instauration du revenu minimum d'insertion (RMI), votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale, la contribution sociale généralisée (CSG), ou les accords de Matignon qui mettent fin à une décennie de guerre civile en Nouvelle-Calédonie. Il finit cependant par payer ses divergences avec François Mitterrand et doit démissionner en mai 1991. L'occasion d'une candidature à la présidentielle ne se représente pas, à son grand regret, mais il poursuit son engagement en tant que député européen pendant onze ans.
La "méthode Rocard"
Sa santé défaillante ne l'empêche pas d'assurer plusieurs missions ces dernières années : en 2009, il est ainsi chargé de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique par Nicolas Sarkozy et copréside avec Alain Juppé la commission sur la mise en œuvre du « grand emprunt national ». Favorisant le temps et la discrétion comme les facteurs indispensables d'une négociation réussie, Michel Rocard a toujours privilégié le compromis social et syndical au passage en force. Cette « méthode Rocard » qu'il ne revendiquait pas, préférant évoquer l'influence de Pierre Mendès-France ou de Jean Jaurès, a pourtant été saluée par tous, du chef de l'Etat aux figures de la droite, en passant par le Premier ministre qui fut l'un de ses collaborateurs à Matignon.
Du côté du monde agricole, le président de la FNSEA Xavier Beulin a salué l'« homme de conviction », rendant hommage à un pragmatisme politique qui « préfère le contrat à la loi », une méthode « à méditer et à (ré) appliquer ». Un consensus loin d'être anodin, à l'aune d'une nécessaire reconstruction de l'Europe et d'un désamour avéré de la population envers ses politiques.