Nord-Drôme : une mobilisation collective face aux enjeux de l’eau
Face aux enjeux des prélèvements en eau pour l’agriculture dans le Nord-Drôme, une mobilisation collective est engagée avec le programme Accte, porté par la Chambre d'agriculture de la Drôme et six partenaires. Les inscriptions sont ouvertes.
Dans le Nord-Drôme, la réduction des volumes d’eau autorisés suscite de vives tensions. Selon le Sage(1) Bas Dauphiné Plaine de Valence, la réduction des volumes prélevables doit atteindre près de 40 % sur le bassin de la Galaure et environ 30 % sur celui de l’Herbasse, entre 2025 et 2027. Cette forte diminution des volumes autorisés pour l’irrigation impacte directement les équilibres agricoles. De plus, sur ces territoires, les projets de substitution restent très limités en raison des contraintes topographiques et des coûts élevés, notamment sur le bassin de la Galaure.
Dans ce contexte, une adaptation des exploitations agricoles apparaît nécessaire afin de garantir leur pérennité tout en répondant aux évolutions climatiques. La tâche n'est pas mince : près de 700 exploitations sont recensées dans ce territoire ; et l’OUGC(2) Drôme compte 255 préleveurs.
« Sécuriser l’avenir des exploitations »
Consciente de l’ampleur du défi, la Chambre d’agriculture de la Drôme déploie le programme « Accte(3) », en partenariat avec Ardèche-Drôme-Isère Conseil élevage (Adice), la coopérative Oxyane, l'association Permalab, la Fédération régionale des Cuma, la communauté de communes Porte de DrômArdèche et Arche Agglo. « Ce projet, spécifiquement conçu pour les bassins versants de la Galaure et de l’Herbasse, vise à sécuriser l’avenir des exploitations, à construire des solutions adaptées à chaque situation », indique Jean-Michel Costechareyre, coordinateur territorial Plaine de Valence et Nord-Drôme à la Chambre d'agriculture de la Drôme.
Accte a pour but d’accompagner les évolutions de pratiques et d’aménagements favorisant l’infiltration de l’eau vers la nappe, la lutte contre l’érosion des sols, tout en maintenant la rentabilité économique des exploitations.
Accompagnement collectif et individuel
l’adaptation au changement climatique. ©AD26
Concrètement, le programme Accte propose un accompagnement collectif et individuel des exploitants agricoles du Nord-Drôme. À l’échelle collective, il s’agit de partager les résultats des diagnostics climatiques réalisés sur ce territoire, de présenter les principales évolutions constatées et les enjeux à venir, d’étudier l’hydrologie locale pour identifier les secteurs prioritaires, et de mettre en avant des leviers d’adaptation possibles. « Ces travaux s’accompagnent d’échanges entre agriculteurs, de retours d’expériences et de visites de terrain », complète Jean-Michel Costechareyre.
En complément, à l’échelle individuelle, chaque exploitant peut bénéficier d’un diagnostic personnalisé gratuit sur l’adaptation au changement climatique. « Ce diagnostic inclut l’analyse de la situation de l'agriculteur, l’identification de leviers d’action et l’élaboration d’un plan d’action adapté, avec un suivi approfondi sur la santé des sols et la gestion de l’eau », précise Jean-Michel Costechareyre.
Les filières concernées par le programme Accte sont les grandes cultures, les cultures maraîchères, l'élevage, les cultures fourragères, l'arboriculture. Les agriculteurs sont invités à s'inscrire d'ici le 30 octobre (voir bulletin ci-dessous).
Accte finance les accompagnements collectifs et individuels (d'où la gratuité) mais pas les actions d'aménagement et d'évolution des pratiques. Aussi, un soutien financier est actuellement en cours de négociation avec des financeurs - notamment la Compagnie nationale du Rhône, l'Agence de l'eau - afin de faciliter la mise en œuvre d’actions concrètes dès 2026.
C.L.
(1) Sage : schéma d'aménagement et de gestion des eaux.
(2) OUGC : organisme unique de gestion collective.
(3) Accte : Adaptation des exploitations agricoles au Changement Climatique sur le Territoire Nord Drôme et à la diminution de la ressource en Eau, programme issu d'un appel à projet auprès de l'Ademe.
Pour vous incrire
Pour vous inscrire
Envoyer un mail avant le 30 octobre à [email protected] en indiquant :
- Nom / Prénom
- Téléphone
- Email
- Adresse
- Productions principales
ainsi que votre choix d'accompagnement collectif (sensibilisation + accompagnement simplifié) :
- Diagnostic individuel - Adaptation au changement climatique
- Diagnostic individuel - Santé des sols & climat
- Diagnostic individuel - Bas carbone
En cas de besoin d’informations complémentaires, vous pouvez aussi demander à être rappelé.
Contact : 04 75 82 40 15
« Être dans l'action dès cet hiver »
Jean-Pierre Royannez, président de la chambre d'agriculture de la Drôme, invite tous les agriculteurs concernés du Nord-Drôme à s'inscrire de suite dans le programme Accte. « Un préalable nécessaire à la mise en place d'actions de terrain », souligne-t-il.
L'accès à l'eau pour l’irrigation reste la préoccupation majeure dans le Nord-Drôme. Que comptez-vous faire ?
Jean-Pierre Royannez : « D'ici 2028, selon le Sage, les prélèvements d'eau sur le bassin versant de la Galaure doivent passer de 3,9 à 2,4 millions de mètres cubes. Il s'agit des volumes pour l’agriculture en période d’étiage. Une telle réduction est totalement impossible. Après de longues négociations avec le précédent préfet, j'ai pu arracher de passer de 3,9 à 3 millions de mètres cubes. Mais la préfète de bassin, à savoir la préfète de région, n'a toujours pas signé l'arrêté préfectoral. Aussi, à ce jour, la trajectoire à 2,4 millions de m³ est toujours d'actualité. Pour éviter ce scénario catastrophique, il est indispensable de réussir tous ensemble la mobilisaition autour du projet Accte. »
Espérez-vous un aboutissement favorable ?
J-P. R. : « Même si quelques solutions de stockage semblent possibles sur le territoire de la Galaure, nous sommes sur un secteur sans réels moyens de substitution pour la ressource en eau. Je propose donc d'arriver au seuil des trois millions de mètres cubes aux alentours de 2028 et de ne pas descendre davantage. D'ici là, on démontre que les agriculteurs sont en capacité de faire des aménagements permettant de transformer un certain pourcentage de l'eau de ruissellement en eau d'infiltration vers la nappe. Pour cela, il faut toucher un maximum d'agriculteurs et un maximum de parcelles, non pas en imposant mais en travaillant avec les agriculteurs et en les faisant adhérer à la démarche. »
À quels types d'aménagements pensez-vous ?
J-P. R. : « Sachant que les précipitations restent identiques, il s'agit de retenir l'eau sur les parcelles un temps donné afin de limiter au maximum le ruissellement. Nous arriverons avec des propositions basées sur le principe de l'hydrologie régénérative, mais nous écouterons attentivement les agriculteurs pour avoir leur point de vue : ce qu'ils peuvent mettre en place, où cela est le moins gênant sur leurs parcelles… Ce ne sont pas des actions coûteuses. Ceci étant, nous solliciterons des aides - pour les investissements, pour compenser les pertes de production - en priorité auprès de l'Agence de l'eau et de la CNR. Des contacts sont déjà pris. »
L'adhésion d'un maximum d'agriculteurs est-elle nécessaire ?
J-P. R. : « Absolument, sinon ce sera un échec. Il s'agit d'une réelle mobilisation collective pour recharger la nappe en favorisant l'infiltration de l'eau. Mon seul objectif est de faire remonter la nappe “à ras la gueule” toutes les années dans le but que les milieux aillent mieux et que les arrêtés sécheresse soient ainsi repoussés. Et si nous atteignons cet objectif, nous pourrons envisager de refaire des études sur les volumes prélevables. Et, peut-être, renégocier des volumes prélevables au-dessus des trois millions de mètres cubes. »
Les accompagnements collectifs et individuels du projet Accte sont donc un préalable nécessaire ?
J-P. R. : « En effet, c'est un préalable nécessaire, entièrement financé et donc gratuit pour les agriculteurs. Il s'agit de créer une dynamique locale avec les six partenaires du programme. Cet automne, nous rencontrerons les 700 agriculteurs de la Galaure et de l'Herbasse pour leur expliquer la démarche et discuter. Idéalement, il faudra ensuite que la moitié d'entre eux mettent des actions en place dans les deux à trois ans qui viennent. Je veux du concret dès cet hiver. »
Propos recueillis par Christophe Ledoux