" Notre action syndicale a permis une prise de conscience des pouvoirs publics "
Quels sont les résultats du comité national de gestion des risques en agriculture qui s'est tenu le 12 décembre ?
Joël Limouzin : « A ce stade, une première série de 12 départements vient d'être validée positivement par le CNGRA par rapport à la sécheresse (ndlr : 03, 15, 19, 21, 23, 51, 54, 57, 58, 63, 71, 87). Il y a eu une oreille attentive de la part du ministère de l'Agriculture pour bien prendre en compte la spécificité de la sécheresse cette année, sécheresse tardive qui a duré de juillet à novembre. L'appréciation pragmatique du déficit de fourrage constaté à l'automne a permis de mieux appréhender la perte de récolte réelle. Sans notre action syndicale, qui a permis une prise de conscience des pouvoirs publics, une lecture stricte des critères habituels aurait conduit à l'exclusion d'un certain nombre de départements. C'est une adaptation qu'il faut reconnaître à sa juste valeur. »

Quelles avancées après ce premier comité ?
J. L. : « Deux autres réunions sont prévues en janvier et en février, pour laisser le temps aux départements de constituer des dossiers avant l'examen final par les services du ministère. La reconnaissance va notamment permettre de négocier avec les collectivités territoriales des aides complémentaires ou de faciliter l'obtention de crédits pour les agriculteurs des secteurs reconnus, même si certaines banques et notamment le Crédit agricole ont déjà donné l'information pour permettre aux agriculteurs d'acheter des fourrages à taux réduits. Un bon travail départemental a été effectué avec les comités départementaux d'expertise, je remercie les organisations agricoles, notamment les FDSEA, les JA et les chambres départementales d'agriculture qui ont remonté les informations. Par ailleurs, pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, nous les invitons à prendre contact avec les DDFIP pour les demandes d'exonération de la taxe sur le foncier non bâti. Pour certains départements, cela peut se chiffrer à quelques millions d'euros, et en complément des enveloppes départementales, dans des départements très axés sur l'élevage, l'enveloppe peut donc aller jusqu'à 7 ou 8 M€. Ce n'est pas anodin, même si la question de la disponibilité des fourrages reste présente. »
Quelles sont vos demandes pour la suite ?
J. L. : « Nous demandons que le dispositif de télédéclaration soit disponible au plus vite afin que les agriculteurs puissent bénéficier d'une visibilité sur leur future indemnité. Enfin, un critère d'accès à l'indemnisation reste délicat à mesurer, celui de 13 % de perte par rapport au produit brut théorique de l'exploitation. Ce critère n'est pas adapté en particulier pour les exploitations diversifiées, car la totalité de leurs productions sont intégrées dans le calcul, et pas uniquement celles qui sont impactées par la sécheresse. Enfin, de façon plus générale, notre priorité doit viser à mettre en œuvre des moyens de prévention efficaces, comme le stockage de l'eau par exemple, qui s'articulent avec d'autres dispositifs soutenus par les pouvoirs publics, tels que l'épargne de précaution ou l'assurance.»