“ Nous avançons dans le bon sens ”

Quel message avez-vous souhaité faire passer à la tribune ?
Michel Joux : « Si j'ai abordé plusieurs sujets comme la Pac ou les prédateurs, l'essentiel de mon intervention, co-construite avec les Auvergnats, a porté sur le prix et la nécessité d'une contractualisation qui prend en compte le coût de revient et la nécessité de faire évoluer la LME (loi de modernisation). Cela fait des mois que nous y travaillons et c'est désormais un projet porté par la FNSEA. »
Le ministre Stéphane Le Foll a été chahuté. Qu'avez-vous pensé de son intervention ?
M. J. : « Oui, nous l'avons chahuté mais, malgré tout, nous l'avons écouté et pris le temps de relire en détail son discours. Il y a des éléments intéressants : il a lancé un audit sur la LME ; il propose des amendements pour augmenter de manière significative les amendes des entreprises qui manqueraient de transparence dans les relations commerciales ; il veut interdire la vente des contrats laitiers et veut inscrire dans la loi le mécanisme des contrats basés sur le coût de revient. Des propositions comme celles-ci, il y a sept ou huit mois, personne ne l'imaginait ! Nous avançons donc dans le bon sens, même si ça ne va pas assez vite car les éleveurs sont à bout et n'ont plus le temps d'attendre. Nous pouvons aussi nous réjouir que notre lutte sur l'étiquetage obligatoire des produits ait porté ses fruits, même si nous attendons encore la signature des décrets... »
Est-ce que les débats durant ces trois jours ont répondu à vos attentes ?
M. J. : « Globalement oui, notamment grâce à la très bonne intervention d'Henri Brichart, second vice-président de la FNSEA, sur la stratégie des filières, mais j'émettrais quand même un bémol. J'ai entendu chez certains responsables un certain fatalisme face à la crise. Or, si on n'y croit pas nous-mêmes, le combat est perdu d'avance ! D'autres interventions ont porté sur des sujets certes non négligeables mais mineurs. Je pense qu'il faut en priorité se concentrer sur la construction du prix. »
Quelle est maintenant la prochaine étape ?
M. J. : « L'amélioration des rapports avec la grande distribution et les industriels, nous y travaillons tous les jours. Pour le reste, nous attendons que les intentions du ministre de l'Agriculture se transforment en actes. Il faut que la LME soit revue avant l'été pour pouvoir contractualiser dans de bonnes conditions en septembre. Cela ne réglera pas tout, mais ce sera une bonne base de départ. Nous souhaitons aussi fortement que la FNSEA encadre les demandes des sections spécialisées (lait, viande...) afin que tous aillent dans le même sens et vers des solutions communes. »
David Bessenay
70 ans de la fnsea /
Retour sur les grands moments du syndicalisme
Voté lors du congrès constitutif de la FNSEA le 14 mars 1946, le « serment de l’unité paysanne » que le premier président de la FNSEA, Eugène Forget, a fait adopter, répondait à la volonté des agriculteurs de parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics. La FNSEA doit, en cette période d’après-guerre, non seulement rétablir et développer la production agricole française, mais la moderniser. Dès l’entre-deux-guerres, l’écart avec les conditions de vie des urbains ne cesse de se creuser. Les disparités de revenus qui s’accentuent vis-à-vis des autres catégories socioprofessionnelles font d’abord porter le combat syndical sur les prix avant de s’étendre, sous l’influence du Centre national des jeunes agriculteurs et des leaders formés par la Jac, à un projet plus global de modernisation de l’agriculture. Le syndicalisme agricole obtient des moyens importants en faveur du développement de l’agriculture, avec les lois d’orientation de 1960 et 1962 qui instaurent une politique sociale, une politique des structures, organisent les productions et les marchés. Un peu plus tard, le syndicalisme agricole obtient, dans les années 1970, la mise en place de la dotation jeune agriculteur (DJA), de la politique de la montagne et de la compensation des handicaps naturels. Sous l’impulsion de la FNSEA, les lois du 31 décembre 1970 relatives au statut des baux ruraux à long terme et aux groupements fonciers agricoles (GFA) favorisent l’incitation au développement du marché locatif, face à l’augmentation des investissements nécessaires pour s’installer ou s’agrandir.
Dans un marché mondial
Si le Traité de Rome étend le marché commun à l’agriculture, offrant ainsi des perspectives à l’agriculture française, il oblige le secteur à une meilleure organisation des marchés et des producteurs. Mais l’essor du développement agricole est freiné à la fin des années 1970 par la crise économique et le changement de paradigme. Pour soutenir les agriculteurs dans leur conquête de nouveaux marchés, la FNSEA défend la compétitivité des entreprises agricoles, question en partie traitée dans la loi de modernisation de 1980, et s’attache à maintenir les avantages de l’agriculture française sur le marché européen, notamment dans la réforme de la Pac. Au-delà de la défense des agriculteurs, c’est aussi celle du monde rural à laquelle s’attache le syndicalisme, à l’exemple de la manifestation du Dimanche des Terres de France, qui réunit 300 000 personnes à Paris sous le slogan « Pas de pays sans paysans », en septembre 1991, à l’initiative de Raymond Lacombe. Dans le prolongement de ce combat, c’est le rôle économique, social et environnemental de l’agriculture qui doit aujourd’hui être défendu. Devant les difficultés économiques auxquelles font face de nombreuses filières, une partie de la réponse, la revalorisation des prix, passe désormais par une meilleure considération du travail de l’agriculteur de la part de la société. En amont de la chaîne alimentaire, le producteur a besoin de reprendre la main sur la valeur de ses produits, et un travail de fond reste à mener au niveau de l’organisation des filières. Parallèlement, le syndicalisme agricole devra aussi s’ouvrir davantage à des consommateurs qui ont majoritairement perdu contact avec le monde rural et sont très demandeurs d’une alimentation de qualité, de proximité et respectueuse de l’environnement.