Œufs standards : s’organiser face à la diminution de la consommation
Dans un contexte de surproduction européenne d'œufs standards (code 3), de transfert accéléré de la consommation vers les modes de production alternatifs (bio, label et plein air) et d'investissements récents chez les producteurs, l'interprofession de l'œuf (CNPO) et le ministère de l'Agriculture ont organisé le 19 juillet une réunion avec l'ensemble des parties prenantes de profession (filière, GMS, banques, RHD, administration) afin d'aménager un rééquilibrage « en douceur » du marché. La profession s'inquiète notamment de la demande croissante de la GMS pour les produits alternatifs, et de l'annonce récente de Monoprix qui a renoncé à s'approvisionner en œufs en cages depuis avril. Durant cette réunion, le CNPO a proposé un « pacte sociétal d'avenir » aux différents participants (une trentaine autour de la table), a annoncé son président, Philippe Juven à la sortie de la réunion. « L'idée est d'avoir des engagements des différents partenaires de la filière à l'horizon 2022, pour répondre à la demande des consommateurs, car aujourd'hui on n'y arrive pas. Il y a un problème de répartition entre les modes d'élevage. Il y a une mutation accélérée vers l'alternatif qui n'était pas anticipable », explique Yves-Marie Beaudet, président de la section œuf de l'Union des groupements de producteurs (UGPVB).
Un fonds privé d'accompagnement
Le pacte comprend quatre points, à commencer par un volet « accompagnement des éleveurs », qui concerne les éleveurs de poules en cages qui souhaiteraient convertir leurs bâtiments vers d'autres modes de production ; sur ce point, l'interprofession souhaite mettre sur pied un fonds privé de 100 millions d'euros dont les contours n'ont pas encore été définis et qui serait financé par la filière, grandes surfaces comprises.
En échange, la filière se fixe comme objectif de passer de 69 % d'œufs en cage en France en 2015, à 50 % en 2022 (voir graphique). Soit 9 millions de poules qui devraient changer de mode d'élevage, estime Yves-Marie Beaudet. Le deuxième point du pacte concerne l'élargissement de la charte sanitaire liée au logo « pondu en France » ; la filière souhaite étendre cette charte à tous les élevages commerciaux, quelle que soit leur taille, explique le secrétaire général du CNPO, Maxime Chaumet.

Étude sur les futurs modes d'élevage
Le troisième point porte sur le renforcement de la contractualisation, qui a été particulièrement demandé par le ministre de l'Agriculture présent lors de la réunion. L'interprofession rapporte que certains éleveurs de poules pondeuses en cage sont aujourd'hui menacés de ne pas voir leurs contrats renouvelés par leurs acheteurs, à cause du manque de débouchés. Ils se retrouveraient sur le marché libre et risqueraient de casser les prix, explique l'interprofession. Le dernier point du pacte est le plus abouti à l'heure actuelle : il s'agit de lancer en septembre une étude sur l'évolution des modes d'élevage en France, et ce que pourrait être « l'élevage standard de demain ». L'idée est « de voir comment réaménager les élevages en cages », expose Maxime Chaumet. Toutes les options sont ouvertes, estime Yves-Marie Beaudet : « On peut imaginer des choses qui n'existent pas encore ». La signature de ce pacte est attendue par le CNPO pour le 14 octobre.
Investissements récents
La problématique de la filière oeufs en cage est lourde. Pour mettre aux normes leurs installations avant le 1er janvier 2012, comme demandé par Bruxelles, les éleveurs ont investi dans de nouveaux équipements, amortissables sur une quinzaine d'années pour les plus gros investissements. Mais de cette période transitoire, la production européenne est ressortie en situation de surproduction ; un phénomène qui s'accentue dangereusement depuis deux ans avec l'essor des oeufs alternatifs. En fin d'année dernière, ce surplus avait été aspiré par les difficultés de la production aux Etats Unis, liées à un grave épisode de grippe aviaire outre-Atlantique. Mais au début de cette année, la production américaine est revenue à la normale, et les flux d'export vers les Etats-Unis se sont asséchés, replongeant la filière dans ses déboires.
Exportations à la rescousse
Une des solutions trouvées par la filière a été de lancer en mars une société d'export privée, EggXagone, commune aux six principaux acteurs du marché (65 % des volumes). « Les organisateurs de producteurs étaient présents à l'export, mais sur des voies de dégagement, et de façon ponctuelle. Eggxagone est présent toute l'année », explique son président Yves-Marie Beaudet.
La société a notamment ouvert des flux vers la Guinée, Chypre et Dubaï. Mais l'augmentation des exportations ne sera pas suffisante, convient Yves-Marie Beaudet. C'est pour cela que certains opérateurs tentent déjà de diminuer l'offre de code 3 sur le marché, en anticipant les abattages de poules, en allongeant les vides sanitaires. C'est aussi pour cela que le CNPO travaille à un accompagnement des conversions de bâtiments du standard vers l'alternatif. Pour Philippe Bardoz, directeur d'Ovalis (groupe Pampr'oeuf), « si on ne trouve pas une solution avec le politique, il va y avoir des difficultés chez les producteurs en cages. Les cours vont s'effondrer et des faillites d'entreprises vont arriver ».
La consommation d’œufs alternatifs en plein boom depuis deux ans
La hausse de la consommation d’œufs alternatifs s’accélère depuis deux ans, note l’interprofession de l’œuf dans une note transmise à Agra Presse, le 21 juillet. En GMS, les achats des ménages ont progressé de 30 % en cinq ans. « Cette augmentation s’est faite au fur et à mesure mais s’est accélérée à partir de 2013 », constate le CNPO. Une tendance qui se confirme sur les quatre premiers mois de 2016. Les ovoproduits suivent désormais la même évolution. Une récente enquête menée par l’interprofession montre que la part de produits alternatifs a doublé sur ce marché entre 2011 et 2014, passant de 10 à 20 %. Les productions qui augmentent le plus sur ce marché sont le plein air et le sol (code 2).
Les œufs bio sont devenus des produits d’appels en GMS
Si la filière œuf en cage connaît de sérieux déboires, tout n’est pas rose sur le marché alternatif, regrettent ces professionnels. « En bio, quand on fait un business plan avec les prix actuels, on n’arrive pas toujours à trouver de modèle économique, les banques peinent à financer », constate Philippe Bardoz, directeur d’Ovalis (groupe Pampr’œuf). « En bio et en plein air, on gère une pénurie avec des prix en baisse. Dans certaines régions, l’œuf bio est devenu un produit d’appel pour les GMS », témoigne le président de la section œuf de l’UGPVB, Yves-Marie Beaudet. Et Philippe Bardoz d’étayer : « On n’a pas un jour sans des demandes de promos sur les œufs bio. On vend les œufs bio 20 % moins cher qu’en 2012. Rien ne le justifie. Les seules choses qui ont baissé depuis ce sont les taux d’intérêt »