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Parcs naturels régionaux (PNR)

Opportunité ou contrainte pour l’agriculture ?

Nés en 1967, avec un décret signé par le Général de Gaulle, les Parcs naturels régionaux (PNR) fêteront l’an prochain leur cinquantième anniversaire. Ils sont désormais 51 répartis sur le territoire national. Les derniers-nés sont ceux des Baronnies provençales, PréAlpes d’Azur, du Marais Poitevin et du Golfe du Morbihan. Pionniers du développement durable, les Parcs intègrent une mission de soutien au développement agricole.
Opportunité ou contrainte pour l’agriculture ?

L'agriculture contribue à l'équilibre économique, environnemental et social des territoires. Cette place particulière qu'elle occupe dans le développement territorial amène les parcs à faire de l'accompagnement de l'agriculture une mission à part entière », confiait Bernard Devic, président de la sous-commission agriculture de la fédération nationale des PNR lors d'un séminaire consacré aux actions des parcs en agriculture organisé à l'automne dernier à Lajoux, siège du Parc du Haut-Jura.
Évidemment, les PNR défendent une certaine vision de l'agriculture : à taille humaine, contribuant au maintien des petites exploitations, à la préservation et à la création d'emplois, à la diversité génétique végétale et animale, respectueuse des ressources naturelles et de la qualité des paysages, plutôt tournée vers les circuits courts et l'agritourisme. Une position qui parfois est mal comprise par la profession et notamment certaines filières plus orientées vers les circuits longs (lire ci-contre).
La fédération des PNR a souhaité émettre, l'an passé, une nouvelle note de cadrage sur son soutien à l'agriculture afin de réaffirmer sa position et de clarifier ses ambitions. Car sa dernière position datait de 2005 et l'agriculture a évolué depuis : diminution du nombre d'exploitants, pression urbaine, mondialisation, montée en puissance de la société civile sur les questions alimentaires...
Des actions concrètes en faveur de l'agriculture
Concrètement, les parcs interviennent de multiples façons : développement des mesures agri-environnementales, soutien au pastoralisme, préservation des ressources en herbe, du foncier agricole, promotion des produits, soutien à la diversification agricole (transformation, vente directe, tourisme...). Dans le Parc du Pilat, l'Ipamac (Inters-Parcs Massif Central) a mené une action de préservation de la valeur agro-écologique des milieux herbacés. Dans le Vercors, le PNR a travaillé pour une lutte raisonnée et collective contre les campagnols terrestres qui diminuent la production fourragère. Dans le Pilat encore, le PNR a apporté son soutien à la mise en place d'un point de vente collectif. En Chartreuse, des buffets « 100 % fermiers et locaux » sont désormais proposés, clefs en main, aux collectivités et entreprises. Autre exemple, dans les Bauges, une action « installation de ruches en prairies fleuries » a été mise en place conjointement par les producteurs de tome des Bauges et les apiculteurs.
L'épineuse question du loup
Mais il est des sujets plus délicats à traiter. Chacun se souvient que, l'été dernier, le président Guy Chaumereuil et le directeur du Parc de la Vanoise (national celui-là), Emmanuel Michau, ont été séquestrés, sans violence, par une cinquantaine d'éleveurs ovins qui réclamaient l'autorisation d'abattre des loups dans le cœur du Parc. La fédération des PNR, forcément très concernée, tente de défendre une position mesurée sur ce sujet ; entre la préservation de la biodiversité et la conscience de la réalité de l'élevage ; en préconisant des moyens de protection des troupeaux et en souhaitant se montrer moteur sur l'expérimentation. Un dossier difficile qui ne doit pas effacer une collaboration globalement positive entre PNR et agriculteurs.
« Il faut poursuivre le dialogue avec le monde agricole : animer les échanges sur le terrain, donner un sens économique à la préservation des ressources naturelles et continuer à expérimenter : initiative pour de nouvelles AOP, développement de microfilières locales, mission prospective sur l'alimentation, la santé et le territoire », concluaient les participants au séminaire.

A télécharger la carte des 51 PNR de France

51 Parcs naturels régionaux en France
Les 51 Parcs naturels régionaux représentent plus de 4 300 communes, plus de 2 000 agents, 4 millions d’habitants et 8,7 millions d’hectares, 15 régions, soit 15 % du territoire.
La région Auvergne-Rhône-Alpes est la mieux lotie en parcs naturels. Elle compte huit PNR sur son territoire ainsi que deux parcs nationaux (Vanoise et Écrins).

 

En chiffres
- 8,7 millions d’hectares, soit 15 % du territoire national.
- 4 millions d’habitants.
- 4 300 communes.
- 58 000 exploitations agricoles.
- 60 % de surfaces herbagères et pastorales (contre 40 % de moyenne nationale).
- 20 % des surfaces agricoles bios.

 

Fédération nationale  : Michaël Weber président
Président du PNR des Vosges du nord, Michaël Weber a été élu président de la fédération nationale des Parcs naturels régionaux de France le 27 avril par les représentants des 51 Parcs naturels régionaux de France, des Régions et de partenaires nationaux réunis en assemblée générale dans les locaux de la Caisse des dépôts et consignations à Paris. Il succède à Jean-Louis Joseph (PNR du Luberon) qui quitte sa fonction après 14 ans d’implication au niveau national. Le nouveau président souhaite que le rôle des PNR soit davantage reconnu dans la recherche de nouveaux équilibres sur des territoires en mutation. Il invite ainsi les Parcs à faire valoir leurs expertises dans la conservation de la biodiversité, le développement local, la sauvegarde des paysages ou encore l’animation de la vie sociale et culturelle, au service d’un cadre de vie de qualité pour les populations. Dans un contexte national de réforme de l’organisation des politiques publiques locales, les Parcs entendent jouer pleinement leur rôle de laboratoire du développement durable en milieu rural. « Les 51 PNR de France sont des territoires d’exception en lutte pour défendre la ruralité, la biodiversité, contre la banalisation des paysages, pour un véritable développement durable. Nous sommes aussi des lieux d’expérimentations et d’innovations ». Philippe Richert, président de l’Association des régions de France a souligné leur rôle structurant et leur valeur ajoutée comme outils d’ingénierie et d’expérimentation. À noter que Philippe Gamen (Parc du massif des Bauges), Henriette Martinez (Baronnies provençales) et Michèle Perez (Pilat) ont été élus vice-présidents. Le conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes Emmanuel Mandon intègre également le conseil d’administration.

 

MASSIF DES BAUGES / Créé en 1995, le Parc naturel régional du massif des Bauges a toujours considéré l’agriculture comme le pilier de l’activité économique et environnemental de ce territoire de montagne.

Pas de Parc naturel régional sans paysans

Créé en 1995 autour des quatre villes portes - Annecy, Aix-les-Bains, Chambéry et Albertville -  le Parc naturel régional du massif des Bauges a été porté par tous les acteurs de ce territoire, élus locaux et acteurs économiques, agriculteurs compris. Dès le départ, dans le comité de préfiguration, le travail est mené dans le cadre de commissions dont celle dédiée à l’agriculture qui deviendra rapidement l’association des agriculteurs du parc. Pour Cédric Laboret, vice-président de la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, qui a été l’un des présidents de cette association, « c’est l’appui sur les représentants de la profession agricole, avec un lien très fort avec les deux chambres d’agriculture, qui est à l’origine de la réussite du parc ». Le premier président du PNR, André Guerraz, l’avait clairement exprimé dès le départ, « il n’y aura pas de parc, sans paysans ! ».
Partenaire essentiel sur tous les dossiers agricoles
Ainsi les actions mises en place dans ce parc naturel régional ont toujours été portées par les hommes de ce territoire. Dès le démarrage du Parc naturel régional, le tiers du budget est consacré à l’agriculture, et les élus du Parc ont accompagné des projets importants comme l’obtention de l’AOP pour la Tome des Bauges, produit phare de ce territoire, ou encore la pérennité des coopératives laitières avec la création des magasins de vente directe.
L’agriculture dominée par l’élevage laitier est organisée autour des filières en AOP et IGP, dont l’AOP Tome des Bauges. Les systèmes d’élevage sont spécialisés dans la culture de l’herbe (95 % de la surface agricole utile) et la plupart des 6 000 hectares de prairies sont permanentes et présentent une biodiversité remarquable.
Des enjeux agricoles clairement identifiés
La charte du Parc donne les axes de travail basés sur les enjeux agricoles : pérenniser les exploitations agricoles, améliorer les conditions de travail des agriculteurs, préserver le foncier agricole, sa structuration et son accessibilité. Les alpages sont essentiels au fonctionnement des exploitations agricoles et représentent des espaces d’accueil du public fondamentaux pour l’économie touristique. Ils sont des espaces naturels riches d’une biodiversité remarquable. Ces milieux agropastoraux ont justifié la désignation de quatre sites Natura 2 000. Et des crédits de la Région et de l’Europe sont attribués dans le cadre du Plan pastoral territorial afin de financer des aménagements structurants sur les alpages (accès, chalets, aménagements de points d’eau) et pour maintenir des pratiques pastorales extensives.
Agriculture et écologie sont indissociables
L’élevage extensif constitue la base de l’économie agricole. Le PNR œuvre à la pratique de démarches agri-environnementales avec la mise en place de deux mesures spécifiques dont une MAET* alpage qui vise à organiser la gestion des alpages en cohérence avec les enjeux de biodiversité et pastoraux.
Enfin, le Parc soutient des actions en faveur des petites filières, avec par exemple un projet de miellerie collective originale, mais également des actions avec la filière viticole, comme la signalétique, des sentiers thématiques dans les vignes, etc. Le Parc accompagne aussi les filières avec sa propre marque Parc pour la viande, le safran, le miel ou encore les fermes pédagogiques. De nombreuses autres initiatives en faveur des circuits courts, de la diversification ou de l’agritourisme sont menées par le Parc, comme les marchés de producteurs et artisans dans le massif des Bauges et dans les villes portes ou encore l’offre de colis de noël réalisés entièrement avec des produits locaux. Citons également les coopératives laitières et leurs magasins de vente qui ont une place importante dans l’économie de proximité et dans l’attractivité du territoire, véritables vitrines des produits de terroirs et du Parc. Ainsi, le Parc naturel régional des Bauges est un véritable outil pour ce territoire associant avec intelligence et dialogue l’ensemble des acteurs, dans des actions concrètes et utiles pour tous.
Claudine Lavorel
* Mesure agroenvironnementale territorialisée.