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COVID-19

Ovins : la filière fait feu de tout bois pour sauver Pâques

Période cruciale pour la consommation de viande d’agneau, Pâques risque d’être ruinée par le confinement dû au coronavirus. Export, stockage, communication : la filière mobilise tous ses outils pour sauver la situation.
Ovins : la filière fait feu de tout bois pour sauver Pâques

Branle-bas de combat dans la filière ovine. À la veille de Pâques, la situation y est « plus que compliquée, pour ne pas dire dramatique », confie Mathieu Pecqueur, directeur général de Culture viande, le 26 mars. Le week-end de Pâques (qui tombe cette année du 11 au 13 avril), période traditionnelle de forte consommation, risque d’être ruiné par le confinement lié à la pandémie de coronavirus. Résultat : alors que « tous les abatteurs avaient anticipé Pâques », la filière a subi un coup de frein brutal la semaine du 23 mars. « On est à au moins 20 000 agneaux qui ne sont pas abattus, soit probablement un tiers de moins qu’une année normale, constate M. Pecqueur. Les opérateurs pensent que cette situation va se réitérer la semaine prochaine si le marché reste comme il est. Et il n’y a pas de raison qu’il se redresse. » Une inquiétude partagée par les producteurs de chevreaux et de veaux.

« Les frigos sont pleins, on ne peut plus abattre d’agneaux », s’alarme de son côté la FNO (éleveurs ovins, FNSEA). Face à cet engorgement, « nous sommes en train d’explorer toutes les pistes pour dégager le marché », explique M. Pecqueur. « L’objectif n’est pas de laisser les agneaux dans les fermes, car un agneau qui prend du gras ne correspond plus à aucun marché », souligne-t-il. Parmi les différentes solutions à l’étude, la FNO a demandé au gouvernement d'« assouplir les règles de stockage de la viande d’agneau français », indique un communiqué du 20 mars.

Redécouper les gigots déjà préparés pour Pâques

Le week-end de Pâques (qui tombe cette année du 11 au 13 avril), période traditionnelle de forte consommation d'agneaux, risque d’être ruiné par le confinement lié à la pandémie de coronavirus.
© journal L'Agriculture Drômoise « Il faut oublier les gigots de trois kilos », explique Michèle Boudoin, présidente de la FNO, à Agra Presse. Le confinement rend impossible les habituelles réunions de famille printanières autour d’un généreux plat de viande. S’y ajoute la fermeture de nombreux rayons traditionnels, car « les consommateurs privilégient le libre-service pour rencontrer le moins de monde possible », d’après l’éleveuse. Il faut donc redécouper les pièces déjà préparées pour Pâques, en tranchant les gigots ou en taillant des cubes dans les épaules. « Les Anglais ont la possibilité de découper les carcasses en quatre, de les surgeler avec une DLC de 15 jours, puis de les retravailler et de rallonger la DLC de 15 jours, précise-t-elle. Nous avons demandé au ministère de l’Agriculture de pouvoir faire la même chose. »

La filière a également lancé un plan de communication pour tenter de soutenir la demande (voir encadré). « D’après Kantar, le mois où a lieu le pic de Pâques représente 15 % de la consommation annuelle et plus de deux fois un mois normal », indique Culture Viande. En parallèle, la FNO a appelé les distributeurs à mettre « prioritairement en avant la viande d’agneau français dans leurs rayons pour booster la consommation ». Une demande accueillie favorablement par les enseignes. La semaine du 23 mars, « dans toutes les conversations, on ne parlait que de volumes et d’écouler la marchandise, on ne parlait pas de prix. L’objectif, c’est de vider les frigos, relate Michèle Boudoin. La cotation nationale du 17 mars prix se situait à un niveau très élevé pour le prix payé à l’éleveur. »

La piste de l’export en vif vers le Maghreb

56 % de la viande d’agneau consommée en France sont importés, rappelle la FNO. Et les Néo-zélandais, fournisseurs traditionnels de l’Hexagone, sont « très offensifs en période pascale », explique sa présidente. Problème : « Les containers sont déjà arrivés et payés, la viande est aujourd’hui chez les grossistes ou les distributeurs », affirme Mathieu Pecqueur. Il va donc falloir la vendre ou la stocker. » « Notre but, c’est de mettre la viande importée dans les frigos et de mettre la viande française en avant dans les rayons », explique-t-on à la FNO.

Autre piste de dégagement à l’étude : l’export, notamment en vif vers le pourtour méditerranéen. À la veille du Ramadan, « il y a une forte demande au Maghreb en agneau français », souligne Michèle Boudoin. Son syndicat demande que « les certificats d’export puissent se faire de manière plus souple, sur internet par exemple ». Autre requête : « Plus de souplesse de la part de l’administration pour dégager des créneaux au port de Sète », précise-t-elle.

Pour Mathieu Pecqueur, la filière ovine a aujourd’hui « clairement besoin de l’aide des pouvoirs publics. Ils ont été alertés. » Et de souligner l’urgence de la situation : « Il faut qu’on ait des pistes de travail d’ici la fin la semaine (le 27 mars, NDLR), pour que nos entreprises sachent à quelle sauce elles vont être mangées. »

 

Interbev lance une campagne de communication pour sauver Pâques

Alors que l’épidémie de Covid-19 menace de ralentir la consommation d’agneau et de chevreau à Pâques, période cruciale pour ces deux viandes, l’interprofession bétail et viandes Interbev « communiquera sur les principales chaînes de radio » et les réseaux sociaux du 2 au 12 avril, annonce un communiqué de presse du 24 mars. Le but ? « Rappeler la tradition de l’agneau de Pâques » et « donner aux consommateurs des recettes adaptées aux morceaux » proposés. Habituellement, à Pâques, ces viandes sont consommées lors de réunions de famille - et donc en morceaux de grande taille (gigots, épaules). Un mode de consommation rendu impossible par le confinement, dont le prolongement se profile. « La filière ovine française a besoin que la profession fasse évoluer l’offre pour proposer des unités de besoin qui correspondent à des familles plus petites : tranches de gigot, gigot raccourci, rôti dans la selle, souris… », précise Interbev. « 60 % des chevreaux sont mis en marché entre mars et mai », rappelle l’interprofession. D’après Culture viande, la période de Pâques représente un peu moins de 40 % des abattages des agneaux. L’importance de cette période est encore accrue en 2020, car elle se situe « au carrefour de toutes les fêtes religieuses », souligne Interbev : les Pâques juive (9 au 12 avril), catholique (6 au 12 avril), orthodoxe (19 avril) et le début du Ramadan musulman (24 avril). Autant d’événements synonymes de consommation d’agneaux et de chevreaux.