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« Partez curieux, revenez conquis » : le Petit Futé fête ses 50 ans d’exploration

VOYAGE / À l’heure où les usages du tourisme se transforment, les guides traditionnels doivent se réinventer. Depuis sa création il y a 50 ans, Le Petit Futé cherche constamment à s’adapter à ces évolutions. Son directeur, Louis Auzias, revient sur l’évolution du concept, l’importance du terrain et les nouveaux défis du voyage à l’ère du numérique.

Par L. R.
« Partez curieux, revenez conquis » : le Petit Futé fête ses 50 ans d’exploration
Le Petit Futé
Depuis sa création en 1976, Le Petit Futé est peu à peu devenu une référence pour les voyageurs. L'entreprise de cent salariés vend plus d'un million d'exemplaires par an et a habilement su prendre le virage du numérique dés le début des années 2000.

Après cinquante ans de parution, l’ADN du Petit Futé a-t-il évolué ?
Louis Auzias : « Aujourd’hui, le Petit Futé, c’est 194 pays et 840 destinations, d’Issoire dans le Puy-de-Dôme, à Sarrebourg en Moselle, en passant par la Corée du Nord ou la province de Barcelone. Lieux de plongée, musées, agritourisme, œnotourisme… Au fil du temps, nous avons développé d’autres thématiques, tout en gardant un œil sur les micro-territoires. Je pense que c’est ce que recherchent les lecteurs. Dès l’année 2000, nous avons formaté notre documentation afin d’être capables de publier du contenu en ligne, accessible à tous sur notre site internet. Notre marché papier n’est pas en croissance, mais nous vendons toujours plus d’un million d’exemplaires par an. Les formats sont plus petits qu’auparavant, mais ils sont concentrés par thématiques, villes ou régions d’un pays. L’idée reste toutefois la même : proposer un concentré d’informations facilement accessibles, qu’il s’agisse d’une bonne boulangerie ou d’un restaurant étoilé. Nous souhaitons rester fidèles à notre dicton : ‘‘ Partez curieux, revenez conquis ’’. »

Ne craignez-vous pas que l’intelligence artificielle finisse par vous faire de l’ombre ?
L. A. : « À mon sens, l’intelligence artificielle est un excellent outil, mais elle ne remplacera jamais un guide. En utilisant cette technologie dans un but touristique, le risque est de se retrouver avec un itinéraire qui ne sort pas de l’ordinaire et que 90 % des visiteurs ont déjà réalisé ou vont réaliser. L’avantage d’un guide est d’avoir la garantie que les lieux ont été testés, régulièrement mis à jour, et d’avoir la possibilité de sortir des sentiers battus. »

À ce propos, comment sont choisis les auteurs du guide et comment travaillent-ils ?
L. A. : « Nous travaillons avec des auteurs francophones, rémunérés à la mission, qui habitent dans chaque territoire. C’est d’ailleurs bien plus difficile d’en trouver dans certaines zones en France, comme la Creuse ou le Berry, qu’à l’international. Ces derniers sont souvent correspondants de journaux français et ont une fine connaissance du territoire. Nous disposons d’une base éditoriale pour chaque lieu visité, que nous nous engageons à mettre à jour régulièrement. En parallèle, nos auteurs peuvent sélectionner, puis tester des établissements en respectant une charte préétablie. Nous comptons également sur notre communauté, très présente sur les réseaux sociaux, qui nous envoie régulièrement des informations et des idées. »

Après cinquante ans d’existence, quels nouveaux projets allez-vous impulser ?
L. A. : « Nous venons de sortir des guides pour enfants. L’un d’entre eux a pour objectif d’aider les parents à voyager avec de jeunes enfants. Un second a été édité sous la forme d’un guide de cuisine : les parents peuvent y retrouver 52 recettes de pays différents, à réaliser facilement en famille. Nous nous sommes également lancés dans le coloriage pour adultes et nous avons l’ambition de créer notre propre intelligence artificielle afin d’aider les voyageurs à organiser leurs voyages. »

Cette présence à l’étranger vous a parfois valu quelques polémiques. Pouvez-vous nous parler du guide que vous aviez réalisé en Afghanistan ?
L. A. : « En 2008, une journaliste correspondante pour France 24 à Kaboul en Afghanistan, nous avait fait remarquer que de nombreuses familles françaises se rendaient dans ce pays afin de rendre visite aux militaires présents sur place. Elle nous a alors proposé de rédiger un guide, que nous avons beaucoup vendu, mais qui a également suscité une vive réaction*. Au Petit Futé, nous ne faisons pas de politique : nous traitons tous les pays de façon égale et sans jugement de valeur. À titre d’exemple, nous sommes les seuls à proposer un guide sur le Pakistan. Nous souhaitions également rédiger un guide sur l’Irak, que nous avons dû reporter. »

Vous avez repris les rênes de l’entreprise familiale en 2023. Quelles ont été vos motivations personnelles pour poursuivre l’œuvre de votre père ?
L. A. : « Le Covid-19 a été une période complexe, durant laquelle nous avons perdu 90 % de notre chiffre d’affaires en trois ans, ce qui a accentué le mouvement vers le digital, qui représente désormais une part importante de notre activité et de notre chiffre d’affaires. Mon père a alors souhaité prendre du recul. La force du Petit Futé, c’est de travailler en famille et de pouvoir compter sur des auteurs et correspondants qui sont notre fer de lance, mais également nos meilleurs ambassadeurs. »

L. R.

D’un projet d’étudiants à une référence du voyage

FOCUS /

Le Petit Futé, c’est avant tout l’histoire de jeunes étudiants qui cherchaient à se faire un peu d’argent ! En 1976, Dominique Auzias, Jean-Michel Druart et Patrice Meiller étaient élèves à l’ICN Business School, une école de commerce située à Nancy. Au cours de leurs études, les trois camarades ont eu une idée de génie : répertorier les meilleures adresses et bons plans de la ville et en faire un guide. Un an après son lancement, Dominique Auzias part à HEC et décide de créer une société à but commercial avec un autre étudiant, Jean-Paul Labourdette. Leur ambition est simple : décliner ce concept dans d’autres villes françaises et baser leur stratégie commerciale sur l’insertion d’encarts publicitaires. Un pari ambitieux, mais plus que réussi. Dans les années 1980 et 1990, le Petit Futé paraît en Belgique, au Canada et même à New York. L’ascension se poursuit avec l’ouverture de son site web en 2000, signe d’une véritable adaptation et entrée dans l’ère du numérique.

* Le porte-parole du ministre français des Affaires étrangères a considéré qu’il s’agissait d’un encouragement à se rendre dans un pays très dangereux et faisant partie de la liste rouge des pays déconseillés aux voyageurs.