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Développement de l’agriculture bio

Plan ambition bio : les filières face au défi de la restructuration

Le ministre de l’Agriculture promet un plan ambitieux pour développer l’agriculture biologique d’ici 2022. La France veut passer de 6,5 à 15 %
de terres cultivées en bio et le gouvernement assure qu’il mettra les moyens financiers nécessaires pour y arriver. Les filières se réjouissent de cet engouement mais gardent les pieds sur terre car tout n’est pas encore structuré.
Plan ambition bio : les filières face au défi de la restructuration

Parce qu'elle n'en finit pas de séduire les consommateurs, l'agriculture biologique croît à une vitesse insoupçonnée. Néanmoins, toute l'énergie dont elle fait preuve ne suffit pas pour répondre à l'appétit des Français. Pour y remédier, la filière dispose depuis la fin juin du plan Ambition bio 2022. Cette feuille de route décline en sept axes les solutions adaptées pour doper le développement de la bio. Au-delà du développement de la production et de la consommation de la filière, le plan Ambition bio 2022 lance des pistes sur la recherche, la formation des acteurs, l'adaptation de la réglementation et les territoires d'outre-mer. L'enjeu est d'autant plus lourd pour la filière que le gouvernement a clairement énoncé sa volonté de passer de 6,5 à 15 % de la SAU dédiée à l'agriculture biologique d'ici quatre ans. Sans cet effort de conversion, difficile d'équilibrer l'offre bio et les besoins des Français. « C'est ça le point de départ du programme Ambition bio 2022 », martèle le ministre de l'Agriculture avant d'indiquer que la France importe un milliard d'euros en valeur de produits issus de l'agriculture biologique.

Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, a présenté fin juin le plan Ambition bio 2022 doté d’une enveloppe de 1,1 milliard d’euros pour accélérer et accompagner le développement de l’agriculture biologique.

Les filières élevages plus dynamiques

Éric Cachan, président du Synalaf (Syndicat national des labels avicoles de France) constate un développement plus dynamique du côté des filières animales que végétales Par exemple, les mises en place de volailles de chair et de poules pondeuses bio suivent une tendance à la hausse depuis plusieurs années. Il se réjouit aussi que les pouvoirs publics se positionnent en faveur d'une hausse des surfaces végétales cultivées en bio. L'alimentation animale biologique peine à suivre la progression des becs à nourrir, et les importations sont inévitables pour pallier le manque. « Notre développement est suffisamment tonique pour participer à la couverture des 20 % de produits bio en restauration collective, mais c'est à la filière entière de se mettre en ordre de marche », avance Philippe Cabarat, président de la commission bio de l'interprofession du bétail et de la viande, Interbev, qui rappelle qu'une partie des animaux en bio part sur le marché conventionnel faute d'une structuration sur toute la filière. Dans un but de lisibilité du marché, la commission bio d'Interbev attend de chaque maillon un engagement fort à travers la mise en place d'une contractualisation.
Du côté du Cniel, l'enjeu principal reste le dégagement de la valeur, quel que soit le marché. Les acheteurs doivent prendre en compte les coûts plus élevés de la production biologique. Il va de soi que le bio n'est pas la solution à la bonne santé d'une filière tout entière, mais qu'il en fait partie. C'est cette ligne que suit Laurent Grandin, vice-président d'Interfel. « Personne n'est contre le bio, sourit-il. Mais son développement n'est pas sans impact économique sur le prix des repas. » S'il existe des leviers pour aider à couvrir ce surcoût, personne ne sait encore lesquels seront réellement activés. Au-delà de l'aide à la conversion et au développement des productions agricoles, les aides promises pour le gouvernement auront-elles aussi vocation à financer la hausse du coût des repas si personne ne veut les prendre en charge ?

L'offre en céréales bio doit doubler

Le ministère de l'Agriculture n'en est pas à sa première proposition de développement de la SAU bio. L'interprofession des céréales se souvient de projets précédents trop gourmands. Mais le cap du programme Ambition bio 2022 serait « plus serein ». C'est l'avis de Pascal Gury, président du groupe bio d'Intercéréales-Terres Univia. Déjà, ces dernières années, les grandes cultures s'étaient interrogées sur la vitesse de développement nécessaire pour suivre les besoins en aliments des filières animales bio. « Aujourd'hui, nous savons que les productions de céréales bio doivent doubler d'ici quatre ou cinq ans », dit Pascal Gury. Les objectifs sont clairs et chiffrés mais, comme pour toutes les filières, ils ne seront atteints qu'à condition d'accompagner la structuration. « Ce plan devrait nous y aider, assure-t-il. Par le passé, on a davantage aidé les structures que la structuration, et Stéphane Travert a bien corrigé le tir. » 
C. P.
avec Agrapresse

 

SIQO / Un label « agriculture biologique, locale et équitable » ?
Le conseil économique, social et environnemental (Cese) a adopté, le 19 juin, un avis qui propose d’expérimenter en France un nouveau signe officiel de qualité (Siqo):  « agriculture biologique, locale et équitable ». Ce projet « permettrait de répondre aux attentes des consommateurs, très nombreux à désirer consommer bio et local, en leur offrant des garanties concernant la traçabilité des produits biologiques », résume l’institution.
SAU / Croissance record du bio dans le monde
Les surfaces mondiales en agriculture biologique ont connu, en 2016, une croissance record, a souligné le 29 mars l’institut de recherche FIBL. Elles affichent un total de 57,8 millions d’hectares (Mha)  (+ 7,5 Mha par rapport à 2015), selon une présentation de Helga Willer lors d’un séminaire de l’Agence bio à Paris. 1,2 % des terres cultivées sont bio en 2016. Largement en tête de la répartition des superficies, l’Océanie voit la plus forte progression à 27,3 Mha (contre 18,5 Mha en 2015), suivie par l’Europe à 13,5 Mha (contre 11,8 Mha). Le podium est occupé par l’Australie (27,15 Mha), l’Argentine (3,01 Mha), la Chine (2,28 Mha), loin devant la France en huitième place (1,54M ha). Quinze pays affichent au moins 10 % de part de surfaces en bio, notamment l’Autriche (21,9 %), l’Italie (14,5 %), la Suisse (13,5 %). Le marché mondial du bio s’établit à 84,7 milliards d’euros (Mrd€) (contre 75,9 en 2015), d’après le FIBL. Près de la moitié se situe aux États-Unis (38,94 Mrd€)), le reste d’abord en Allemagne (9,45 Mrd€)), en France (6,74 Mrd€), en Chine (5,9 Mrd€). Mais c’est au Danemark que la part du bio est la plus élevée, avec 9,7 % du marché en 2016, les États-Unis (5,3 %) n’arrivant que sixièmes, la France (3,5 %) neuvième. La Suisse est quant à elle championne de la consommation par habitant, avec un budget de 274 euros/an, quand la France se classe neuvième, avec 101 euros/an.
UE / Un nouveau règlement bio
Le nouveau règlement bio adopté fin mai prévoit en particulier de mettre fin à une partie des dérogations mises en place par les États membres, de supprimer le système d’équivalence avec les règles des pays tiers pour passer à un dispositif de « conformité », et une simplification des contrôles (basés sur les risques) qui seront toutefois étendus à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, y compris les distributeurs. Les dérogations autorisant l’utilisation de semences (végétales et animales) conventionnelles dans la production biologique devraient expirer en 2035 afin de stimuler l’approvisionnement en semences biologiques. En revanche, certaines dérogations sont maintenues comme l’autorisation des exploitations mixtes qui produisent à la fois des denrées alimentaires conventionnelles et biologiques.