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Stratégie

Points de vente collectifs : les clés de la réussite

Ouvrir un point de vente collectif est une aventure humaine extrêmement enrichissante. Mais comment le faire vivre et éviter les conflits ? Echanges d’expériences avec des agriculteurs de Rhône-Alpes.
Points de vente collectifs : les clés de la réussite

Pour valoriser au mieux leur production, les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à faire le choix de la vente directe, et même à se lancer dans la création d'un point de vente collectif. Une aventure humaine qui, à la différence du traditionnel magasin de producteurs, représente un gros investissement personnel... et bien sûr collectif. D'où l'importance d'être bien au clair sur les rôles et les responsabilités de chacun. Début novembre, la chambre d'agriculture de Rhône-Alpes a organisé une journée d'échanges sur les pratiques, trucs et astuces des producteurs pour mener à bien un projet et surtout le pérenniser. Statuts, règlement intérieur, planning, permanences, renouvellement du groupe, articulation salarié/associé, tout ce qui fait la vie quotidienne d'un point de vente collectif a été abordé, y compris dans ses aspects les moins réjouissants.

Début novembre, la chambre d’agriculture de Rhône-Alpes a organisé une réunion d’échanges entre agriculteurs de points de vente collectfs.

Une aventure humaine

Plutôt que de fournir des informations théoriques, les animateurs ont fait témoigner les acteurs de terrain. Tous évoquent une « vraie aventure humaine », avec ses points positifs et ses galères. « Au début, on est dans l'enthousiasme, dans l'effervescence, on ne pense pas à tout, et surtout pas aux mauvais côtés », avertit une éleveuse du Rhône. D'où l'importance de commencer par établir un règlement intérieur « en béton », en ayant en ligne de mire les objectifs de chacun. Quitte à se faire aider par un juriste, le document doit préciser les modalités d'organisation, notamment la répartition des permanences et les prises de décisions. Il doit aussi expliciter le rôle de chacun, l'articulation entre associés et salariés, s'il y en a, et fixer les pénalités en cas de non respect de l'accord collectif (retards, absences...). Autant de points pratiques qui ne peuvent pas figurer dans les statuts, ces derniers étant moins faciles à faire évoluer que le règlement intérieur. Validé et signé par tous, le règlement intérieur constitue la référence absolue et conditionne le fonctionnement du groupe. « C'est ce qui permet de voir si on roule tous dans le même sens et ce qu'on va voir en dernier recours, quand la situation dérape », explique Étienne Bonnard, producteur de volailles dans la Loire. « Plancher sur le règlement, personne n'a envie de le faire, mais c'est important pour le groupe, témoigne Aline, productrice dans l'Ain. Il faut ensuite le faire vivre pour l'adapter aux situations du moment. Nous, par exemple, nous avons fait un avenant pour que le salarié d'un exploitant ait le droit de tenir une permanence. »

Un règlement d'une grande précision

Pour bien faire, il faudrait pouvoir tout prévoir. « Imaginer le pire, c'est se donner la capacité d'agir », estime Joël Raccurt, producteur de porcs dans les Dombes. Impliqué dans plusieurs magasins, l'éleveur conseille d'établir un règlement d'une grande précision. « Il faut que les choses soient très claires pour chacun des adhérents. Y compris les sanctions, quitte à ne pas les appliquer. » Pas évidente à mettre en œuvre au départ, cette politique de fermeté conditionne les rapports à venir. « Notre magasin de Saint-Chamond s'est ouvert très rapidement, raconte Étienne Bonnard. Du coup, le règlement intérieur est passé à la trappe. Pour les statuts, nous avons fait un copier-coller du magasin précédent. » Les producteurs se sont rendus compte de leur erreur cinq ans plus tard, lorsque sont apparues les premières tensions au sein du groupe : « Le règlement, on l'avait écrit, signé et reposé dans un coin. Il a fallu aller plus loin. Nous sommes repartis du tout début, chacun disant pourquoi il était là, expliquant ses motivations, ses objectifs, ses ambitions... Certains ont joué le jeu ; pour d'autres, c'était plus compliqué. »

Entre le cool et la fermeté

Ce qui est surtout compliqué, dans une aventure à plusieurs, c'est de tenir. Lassitude, divergence de vue, changement d'orientation individuelle, rigueur, problèmes de retards, départ en retraite ou intégration d'un nouvel associé, mission du salarié... Les motifs de discorde sont nombreux. « Il faut agir vite et ne pas attendre que la situation se dégrade, préconise Mauricette, gérante d'un magasin collectif. Le problème, c'est de doser entre le cool et la fermeté. » Céline, éleveuse dans le Rhône prévient : « Au début, on est entre Bisounours : on ne veut pas être méchants. On cherche des excuses. Mais ça peut mettre en péril le point de vente. Le sérieux, c'est l'image de marque du magasin. » Pour éviter cet écueil et remobiliser les troupes, tous recommandent de « cultiver le dialogue » et de prendre le temps de parler, de s'interroger sur les objectifs communs. Cela peut se faire en organisant une formation, un séminaire, une visite de ferme... ou une sortie en famille. « De temps en temps, ça fait du bien de passer un dimanche ensemble pour parler de soi, du projet, d'autre chose que des problèmes techniques et des questions de trombones. » 
Marianne Boilève

 

Comment impliquer les dépôt-vendeurs ? 
Pour compléter l’offre de leur magasin, les associés d’un point de vente collectif font souvent appel à des dépôt-vendeurs. Mais quelle place leur accorder ? La place que l’on accorde à un dépôt-vendeur dans un point de vente collectif dépend du rôle que l’on souhaite lui voir jouer. Si l’on veut qu’il s’implique, il faut « lui accorder beaucoup d’attention dès le départ », conseille Étienne Manzoni, associé-gérant d’A la ferme, un point de vente collectif basé à Pontcharra, en Isère. Et l’arboriculteur de poursuivre : « Il est important d’avoir une bonne connaissance des dépôt-vendeurs et de créer un bon relationnel. Ça prend du temps mais c’est une garantie pour la suite. »
Pour établir ce contact, chaque point de vente a sa méthode : l’essentiel, c’est d’apprendre à se connaître. A la ferme, cela passe par une première prise de contact, le producteur rencontrant le groupe, puis deux ou trois associés allant visiter l’exploitation du futur dépôt-vendeur. Si cette visite est concluante, c’est au tour de tout le groupe de se rendre dans l’exploitation candidate. Le point de vente isérois prend également soin de nommer un associé référent par dépôt-vendeur, de façon à ce que celui-ci soit correctement informé et se sente valorisé au travers d’une relation interpersonnelle. Pour responsabiliser ses dépôt-vendeurs, la Ronde paysanne, dans le Rhône, a de son côté mis en place des contrats encourageant les dépôt-vendeurs à s’impliquer : moyennant des tenues de permanences ou des animations, le dépôt-vendeur voit son taux de commission baisser. Parfois vécue comme une contrainte, la permanence peut ainsi être l’occasion de voir comment le rayon tourne ou de suggérer des aménagements. « La clé, c’est de jouer la transparence et de créer un climat de confiance, résume Étienne Manzoni. Il ne faut pas que les dépôt-vendeurs aient l’impression de n’être là que pour faire du chiffre. » M. B.

 

 

 

Enquête / Une enquête réalisée par les chambres d’agriculture en avril et septembre 2015, auprès de 71 points de vente collectifs (PVC) en Rhône-Alpes, a permis de mieux les cerner et dégager certains repères techniques, économiques et organisationnels.

Les points de vente collectifs passés au crible

Rhône-Alpes a été l’une des premières régions à créer des points de vente collectifs et bénéficie donc d’une certaine antériorité. Avec 108 structures de vente collectives, c’est elle aussi qui en compte le plus, avec une grande diversité dans la taille des structures, leur mode de fonctionnement ou leur lieu d’implantation (voir la répartition par département tableau c-dessous). Les chambres départementales d’agriculture de Rhône-Alpes (sauf la Loire) ont enquêté 71 de ces points de vente collectifs. On les trouve pour la majorité d’entre eux le long d’une route ou d’un axe de trafic important (39,4 %). Un peu plus d’un quart se trouve en centre ville ou bourg de village (29,6 %), un autre quart au sein d’une zone commerciale (28,2 %) et à peine 10 % se trouve en pleine campagne ou proche d’un site touristique.
Concernant leur statut juridique, la plupart sont en SARL (62 %), puis sous forme associative (21 %). Pour le reste : 8,5 % sont en coopérative ; 7 % en SAS et 1 % en GIE. La surface de vente moyenne des 71 magasins est de 146 m2, allant d’une surface de vente de 30 m2 pour le plus petit à 280 m2 pour le plus grand. La surface de vente des magasins ne cesse d’augmenter depuis 2007, « ce qui traduit une demande toujours bien présente et continue en Rhône-Alpes, analyse Aude Miehe, chef de projet « circuits courts et proximité » à la chambre régionale d’agriculture de Rhône-Alpes. 62,5 % des magasins de plus de 10 ans ont réalisé des travaux d’agrandissement ou ont déménagé ».
Les points de vente
de plus en plus professionnels
En moyenne, un point de vente collectif rhônalpin compte 32,28 apporteurs de marchandises au total. Mais il faut distinguer les apporteurs associés qui bénéficient d’un pouvoir de décision au sein de la structure, qui assurent des permanences au magasin, des non associés qui eux se contentent de livrer et déposer de la marchandise. Le nombre moyen des associés se situe entre 11 et 12 et 93 % sont des agriculteurs. Les 7 % restants sont des artisans de l’alimentaire (boulangers ou brasseurs), des coopératives agricoles, des lycées agricoles ou parfois des artisans d’art.
Un magasin de vente collectif reste ouvert en moyenne 35,2 heures par semaine. Tous ouvrent le vendredi, quasiment tous le samedi et 32,4 % le dimanche. Le nombre de jours d’ouverture varie de 2 à 7 avec pour les 2/3 d’entre eux une fréquence d’ouverture de 4 à 5 jours.
Des magasins source d’emplois
78,5 % des magasins ont recours au salariat pour des postes de vente ou mise en rayon ; ménage et nettoyage ou responsable des tâches administratives. En moyenne, un magasin emploie 2,28 salariés pour 1,53 équivalent temps plein. Sur l’ensemble des 108 magasins implantés en Rhône-Alpes cela représente l’embauche de 120 équivalents temps plein. Pour ce qui est de l’activité des magasins, le volume moyen des ventes en 2014 est de 807 903 euros avec une valeur médiane, plus proche de la réalité, à 586 809 euros (HT). La performance commerciale moyenne se situe à 5 350 euros de valeur ajoutée par mètre carré de surface de vente.
Concernant la fréquentation des points de vente collectifs, en moyenne, un magasin attire 714 clients par semaine. Le nombre de clients peut dépasser les 950 pour certains magasins déjà bien implantés. Le panier moyen d’achat est de 23,64 euros. Dans leur panier, les clients achètent en priorité des viandes et produits associés (46,52 %), des fruits et légumes (25,18 %) ; et des produits laitiers (14,65 %). Signe d’une bonne santé des points de vente collectifs en Rhône-Alpes, le volume des ventes des magasins de plus de deux ans affiche une croissance de 5 à 30 % pour 57,9 % d’entre eux et de plus de 30 % pour 26, 3 %. 
C. D.