Pour une chasse durable, éthique et reconnue
Alain Hurtevent, le président de la fédération drômoise des chasseurs, est inquiet pour l'avenir. Il l'a dit lors de l'assemblée générale, qui s'est tenue au palais des congrès de Montélimar, devant une salle comble. « J'ai choisi aujourd'hui de vous alerter sur les nuages qui s'amoncellent sur nos têtes, a-t-il déclaré. Notre avenir dépend de nos comportements et pour beaucoup du législateur. » Il s'est réjoui de la présence de plusieurs parlementaires*. « C'est une formidable opportunité pour évoquer ces questions. »
Promouvoir une écologie en actions
Pour Alain Hurtevent, la réforme territoriale a un impact non négligeable sur la chasse du fait de la montée en puissance de la politique environnementale au niveau régional. « Il y a une nécessité vitale à gagner en ingénierie pour ne pas laisser la place à nos adversaires », a-t-il indiqué. Il a parlé longuement du projet de loi sur la biodiversité. « La volonté de nuire à la chasse est manifeste, a-t-il souligné. Le principal objectif des vingt-six amendements déposés par les associations écologistes est de la faire abolir. » Après avoir copieusement égratigné ces dernières, le président des chasseurs drômois a remercié Clara Thomas, sous-préfet de Die, pour la pertinence de ses actions dans le cadre de cette loi. Il a d'ailleurs demandé pour elle une ovation de la salle. Selon Alain Hurtevent, « l'avenir de la faune sauvage dépend de la capacité de tous à s'entendre. Nous sommes réellement utiles voire indispensables dans une politique de gestion durable des espèces. Nous voulons promouvoir une écologie en actions plutôt qu'une écologie conceptuelle. »

Une nouvelle philosophie
Plusieurs priorités ont été mises en avant par le président de la fédération des chasseurs. En particulier le petit gibier et la sécurité. Mais aussi « une nouvelle philosophie pour la gestion du grand gibier ». Alain Hurtevent présentera, lors d'un colloque international qui aura lieu à Chambord les 20 et 21 mai, les travaux de recueil des indicateurs du changement écologique sur les ongulés sauvages à l'échelle du département. Une étude jugée exemplaire.
Pour insister sur l'étendue des actions de la fédération, le président de la fédération a repris deux chiffres contenus dans le rapport d'activité de Jean-Louis Briand, secrétaire général : les 4 500 kms effectués pour le comptage des chevreuils et des cerfs et les 1 332 comptages de chamois. Mais, pour lui, la diminution du nombre de chasseurs est une autre source d'inquiétude. « S'il continue à baisser, cela ne permettra plus de réguler le nombre d'ongulés, a-t-il prévenu. Et s'il n'y a plus de chasseurs, c'est 200 meutes de loups qui seront nécessaires. L'urgence est de promouvoir une chasse durable, éthique et reconnue par la société. »
Parmi les autres éléments cités dans le compte-rendu, on peut retenir la préparation du nouveau plan de chasse grand gibier 2015-2018, l'effort de prévention des dégâts des sangliers qui se poursuit pour la quatrième année (ils ont représenté
88 % des dégâts indemnisés en 2014). Ou encore le schéma départemental de gestion cynégétique (2014-2020) approuvé en septembre par le préfet. Jean-Louis Briand a annoncé, en outre, le premier salon chasse et pêche, qui se tiendra du 29 au 31 mai à Châteauneuf-sur-Isère.
* Le député et président du conseil départemental, Patrick Labaune ; les sénateurs Gilbert Bouchet et Didier Guillaume ; le député-maire Hervé Mariton.
Loup et pastoralisme : le soutien des parlementaires
Le loup a été très présent à l'assemblée générale de la fédération des chasseurs, en particulier dans les allocutions des intervenants. « Les actions en cours ne marchent pas. Il faut trouver d'autres solutions », a insisté Alain Hurtevent. « Le loup est incompatible avec le pastoralisme. Il faut déjà avoir le courage de faire respecter la loi », a lancé Anne-Claire Vial, présidente de la chambre d'agriculture de la Drôme, qui a précisé que des chasseurs ont participé pour la première fois à des battues. Soixante-dix se sont formés au tir au loup dans le département.
« Je suis d'accord avec Mme Vial », a surenchéri le sénateur Didier Guillaume, qui a tempéré les inquiétudes du président Hurtevent quant à la loi biodiversité. « L'écologie au quotidien, c'est vous qui la pratiquez. Il faut regarder le poids économique de la chasse, il est très fort. Je vous apporte mon soutien. » Le député-maire de Montélimar, Franck Reynier, a lui aussi réaffirmé son soutien aux chasseurs en stigmatisant tous les « anti quelque-chose »... De son côté, le sous-préfet de Die, Clara Thomas, a fait part de « la forte volonté du ministère d'arrêter les massacres. Il faut que les actions de terrain soient bien comprises. Il faut savoir qu'il ne peut pas y avoir de tirs de prélèvement s'il n'y a pas de mesures de protection des troupeaux (prises en charge à 80 % par l'Etat) et pas de tirs de protection. Ces derniers ont été multipliés par dix. » Et d'ajouter : « Sans chasse, il n'y aurait plus de gibier ». Après avoir souligné les avancées de l’État, elle a par ailleurs noté l'intérêt du groupe chasse créé cette année dans le parc naturel du Vercors.
Agriculture et faune sauvage /
Collaboration accrue entre chasseurs et agriculteursUne convention de partenariat « agriculture - faune sauvage - chasse » a été signée entre la fédération des chasseurs et la chambre d'agriculture. Alain Hurtevent a cité les enjeux pour l'agriculture, les paysages et la biodiversité. Jean-Pierre Royannez, premier vice-président de la chambre d'agriculture, en a expliqué les objectifs. En particulier « les changements de certaines pratiques agricoles qui nuisent au petit gibier ». Un guide de bonnes pratiques est prévu. Une suite d'actions est programmée dès cet été, par exemple sur des éléments topographiques comme les haies et les bandes tampon. « Il ne s'agit pas de donner des contraintes supplémentaires, a-t-il expliqué. Mais il faut donner l'envie aux agriculteurs de redevenir chasseurs et travailler à une régulation efficace des corvidés notamment. »