Pour Xavier Beulin, la question du loup doit être une priorité pour l’État
Un millier d'éleveurs se sont mobilisés mardi 21 juillet à Gap (Hautes-Alpes) pour manifester leur détresse face à la problématique récurrente et endémique de la prédation, dont le nombre de victimes dans le monde pastoral est d'ores et déjà plus important que l'an dernier à la même époque. La veille, les éleveurs drômois avaient installé une banderole au passage du Tour dans le Diois. A Gap, la manifestation organisée par les JA Paca, la FRSEA et la Frose a pris l'allure d'une transhumance. Après une marche de trois kilomètres, précédés de plus de 1 500 brebis, deux cortèges rassemblant près d'un millier de manifestants venus des régions Paca et Rhône-Alpes se sont retrouvés devant la préfecture des Hautes-Alpes, arborant t-shirts demandant qu'on les laisse « vivre dignement de leur métier », pancartes annonçant « élevage en deuil » et autres banderoles dénonçant l'incompatibilité du pastoralisme avec le loup. Sur place les attendait notamment le président de la FNSEA Xavier Beulin, qui avait précisément rendez-vous avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, le soir même, en prévision d'une communication de François Hollande le lendemain : « Parce qu'en plus des questions économiques, de l'étiquetage sur nos viandes, d'un plan de désendettement que nous allons demander pour l'élevage français..., je veux qu'à l'ordre du jour, demain matin, le chef de l'État évoque la question du loup. Et que cette question soit une priorité pour l'État parce qu'il y va de l'intérêt national et de vos territoires », a déclaré le président du syndicat agricole.
Des éleveurs qui « n'en peuvent plus »
« On ne s'adresse plus au Premier ministre, on ne s'adresse plus à Ségolène Royal, on ne s'adresse plus au ministre de l'Agriculture qui devait venir dans deux jours et qui s'est décommandé - les paysans de Normandie lui ont fait peur - On s'adresse à François Hollande, président de la République, a lancé, sarcastique, le président de la FRSEA Paca, Jean-Paul Comte. Je connais des troupeaux qui ont déjà été attaqués six fois depuis le printemps », a déploré le syndicaliste, se faisant le porte-parole d'éleveurs « qui n'en peuvent plus ». Un discours appuyé par la présidente de la FNO, Michèle Baudoin, soulignant « l'état de désespérance » dans lequel sont les familles des éleveurs et les bergers.
Concernant les dernières annonces de la ministre de l'Écologie, tous reconnaissent qu'il y « a quelques avancées ». « Mais entre nous, tempère Xavier Beulin, est-ce qu'une brigade de dix personnes supplémentaires va permettre de couvrir tous les massifs concernés par le loup ? La réponse est évidemment "non". » En point de mire des discours, la disparition programmée des éleveurs si aucune solution n'est trouvée dans un délai raisonnable. « Les paysans sont les garants de la biodiversité. Or, ce qui se passe depuis deux ou trois ans, c'est l'élimination des éleveurs et des troupeaux. Est-ce cela la biodiversité de demain ? Si c'est cela, qu'on nous le dise clairement, mais qu'on assume derrière ! », a ajouté Xavier Beulin.
Téléconférence avec Ségolène Royal
Une délégation de représentants de la profession et d'élus a été reçue dans la foulée par le préfet des Hautes-Alpes, Pierre Besnard, accompagné de représentants des ministères de l'Agriculture et de l'Écologie. La réunion, qui s'est déroulée à huis clos, a bénéficié de la présence téléphonique de la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, durant 25 minutes, avec qui des négociations ont pu ainsi être effectuées en direct. « La ministre a signé aujourd'hui un courrier à l'Europe demandant de déclasser le niveau de protection du loup pour faciliter les prélèvements, a synthétisé Pierre Besnard à l'issue de la réunion. La deuxième solution, c'est que la ministre va donner une instruction aux préfets pour que, de manière coordonnée sur l'ensemble du massif alpin, tous les moyens soient mis en œuvre pour faire des tirs de prélèvement et atteindre le quota de 36 loups. » À quoi s'ajoutent, a encore précisé le représentant de l'État, des « mesures pratico-pratiques » relatives au tir nocturne ou au comptage des loups par hélicoptère qui ont été demandées et « qu'il faut prendre en compte ». Un groupe de travail doit être mis en place « très rapidement » à cet effet. Parmi les nouveaux dispositifs : la possibilité d'effectuer des prélèvements sur six mois, afin de permettre aux départements « les plus alpins » de pouvoir prélever le loup y compris durant l'hiver.
Atteindre le quota de 36 loups rapidement
« C'est la première fois que je trouve qu'on arrive un peu à avancer », a commenté le président de la FRSEA Paca qui avoue tout de même « être comme Saint Thomas » et, par suite, attendre de voir ce qui en découlera. Notamment en ce qui concerne le quota de prélèvement des 36 loups qu'il espère voir atteint dans le mois à venir. La ministre s'est d'ailleurs « engagée à ce que le quota des 36 loups soit atteint rapidement », a assuré Jean-Paul Comte avant d'ajouter : « Je lui ai dit qu'il fallait que les préfets qui n'ont pas prélevé de loup dans le mois soient virés ! » Xavier Beulin s'est montré tout aussi prudent. « Je suis président de la FNSEA depuis décembre 2010. Je suis venu quatre fois dans cette région et quatre fois pour le loup. J'ai l'impression qu'à chaque fois, on redit les mêmes choses. Il y a peut-être une nouveauté aujourd'hui, c'est que, manifestement, il y a des engagements que nous n'entendions pas il y a deux ou trois ans. Il faut maintenant que ces engagements soient traduits par des actes. Et les actes, ce n'est pas dans quinze jours ou trois semaines, c'est maintenant. » Ne serait-ce d'ailleurs que parce qu'une manifestation de cette envergure ne peut revêtir qu'un caractère exceptionnel : « On ne réunira pas comme ça, plusieurs fois de suite 1 000 éleveurs. Il y a un moment où ils vont craquer ». n
Stéphanie Martin