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Paturâge

Préparer et soigner la sortie à l’herbe

Une bonne préparation de la reprise l’herbe passe avant tout par la réflexion sur le parcellaire, plutôt que par l’intervention mécanique.
Préparer et soigner  la sortie à l’herbe

Comment préparer au mieux les prairies avant l'arrivée du troupeau. On entend souvent parler de l'ébousage. C'est une opération à effectuer en fin de saison, car les bouses qui se dégradent lentement pendant l'hiver sont responsables de la formation de vides qui permettent la prolifération de diverses adventices. Le nettoyage a pour but d'harmoniser la pousse et d'éviter l'effet touffe. « Cette une intervention se prévoit après le passage des bêtes et ne peut pas être réalisée seulement quelques jours avant la sortie du troupeau », rappelle Anne Blondel, encadrant technique ACSEL dans l'Ain.

L'entretien mécanique en question

Autre intervention souvent évoquée, le hersage des prairies. « Cette opération peut permettre d'éliminer les vieilles herbes, principalement en zone de montagne, indique Anne Blondel. Cela permet d'étaler les mottes de terre résultant du travail des campagnols. Au-delà de cela, l'intérêt agronomique de cette pratique n'est pas vraiment prouvé ». Effectivement, plusieurs essais pluriannuels(1) ont mesuré l'efficacité de l'entretien mécanique des prairies. Résultats, les trois études s'accordent à dire que « les effets ne sont pas significatifs sur la valeur alimentaire du foin, ni sur l'indice de nutrition. Côté rendements, ils sont au mieux égaux, voire inférieurs (jusqu'à 30 % en moins pour les interventions les plus agressives) par rapport au témoin non travaillé ». Il est enfin précisé que le hersage n'a pas d'intérêt dans un usage systématique, mais doit plutôt être réservé à quelques cas particuliers : un besoin réel de décompactage, le nivellement après l'hivernage d'un troupeau sur la parcelle, la présence développée de mousses... Ces passages qui peuvent avoir créé des trous devront être suivis d'un sursemis pour éviter l'envahissement par les adventices.

La bonne gestion de la transition entre la ration d’hiver et l’herbe peut éviter d’avoir à recourir à l’apport d’une complémentation.

Prévoir les rotations

Pour Anne Blondel, une bonne préparation passe avant tout par la vérification des clôtures, l'entretien des chemins d'accès, l'aménagement de lieux d'abreuvement propres et sains. La priorité doit porter sur la gestion des parcelles. Sur celles que l'on veut mettre en avant, il est important d'effectuer un amendement sur une ou deux parcelles, pas trop non plus pour ne pas être débordé par la pousse et en respectant bien les apports d'azote (30 unités). Il faut se poser les bonnes questions :combien de vaches vont pâturer ? Est-ce qu'on divise ou bien on regroupe le troupeau ? À partir de là, il faut organiser le découpage des parcelles, prévoir la rotation, faire des simulations et envisager des solutions avec soit l'ajout de parcelles supplémentaires, soit le partage en plus petites pâtures. Cette dernière option est semble-t-il la tendance actuelle. On privilégie les parcelles à la journée. Il est bien évident qu'il faut anticiper toutes ces éventualités en termes d'aménagements des chemins, des entrées et des lieux d'abreuvement.
M. B.

 

(1) Essai conduit par les chambres d'agriculture des Pays de Loire de 2002 à 2004.
Essai conduit de 2003 à 2006 dans le Massif central (Inra, Chambre d'agriculture, Institut de l'élevage).
Essai conduit par Arvalis – Institut du végétal, en Lorraine, 2007 à 2011.
** Pour plus de détails www.arvalis-infos.fr /système fourrager, faut-il aérer ses prairies ?

 

 

Alimentation / La réussite de la mise à l’herbe réside dans le respect de quelques règles simples et finalement assez logiques : laisser au troupeau la possibilité de s’adapter progressivement à ce changement de régime alimentaire. Dans le même temps, il faut réduire la ration à l’auge tout en apportant des fibres.

A la mise à l’herbe, attention au changement de régime

«Lors de la mise à l’herbe, on passe d’une ration d’hiver à une alimentation de pâturage, il s’agit d’une transition importante », explique Anne Blondel encadrant technique ACSEL conseil d’élevage. Au cours de cette modification, la flore du rumen des animaux doit disposer de temps pour s’accoutumer. Il faut respecter un délai de trois semaines au minimum, qui peut aller même jusqu’à cinq semaines, pour que la population microbienne se renouvelle et s’adapte à ce nouveau régime alimentaire. Il est donc conseillé de procéder très progressivement, sinon la flore en diminution n’est plus en mesure d’effectuer correctement son travail avec pour conséquence une mauvaise assimilation de la ration, voire des phénomènes d’acidoses. « On inverse régulièrement les proportions de la nourriture à l’auge que l’on diminue au profit de la ration pâturée. Si l’objectif est d’éliminer complètement l’apport à l’auge, il suffit de diminuer rapidement la quantité de repas ainsi apportée  ». Il est dans tous les cas conseillé de sortir le troupeau dès que la portance des sols le permet, même si la pousse de l’herbe est encore rare. La précocité permet justement une transition lente et graduelle. En effet, les vaches qui ne sont sorties que quelques heures dans la journée, l’après-midi de préférence, ne broutent que les quelques brins disponibles. Dans le même temps, il faut tenir compte de la valeur azotée de l’herbe, qui est très importante. On va donc diminuer beaucoup plus rapidement l’apport d’azote à l’auge. « Si l’on descend à 5 kg de matière sèche d’ensilage de maïs, par exemple, explique Anne Blondel, on peut arrêter complètement l’azote sous forme de tourteau. »Des apports en minérauxPour être cohérent dans sa complémentation, il est important de savoir si l’on fait pâturer les vaches pour qu’elles broutent réellement de l’herbe ou bien  si c’est juste pour qu’elles prennent l’air, le soleil sur un petit espace en extérieur. Si l’on veut vraiment que la pâture représente la part la plus importante de la ration, il faut faire l’apport de complémentation après le passage au pré. Le matin avant de sortir les vaches, il est intéressant de donner un peu de foin, 1 à 2 kg environ, ce qui représente à la fois un apport de fibres et un lest. Pour Anne Blondel, une mise à l’herbe bien gérée permet d’éviter, dans la majorité des cas, des pathologies comme la tétanie d’herbage, sans même avoir besoin d’apporter une complémentation en minéraux et oligoéléments. D’autres spécialistes avancent que l’herbe ne contient ni sel, ni magnésium, ni sélénium, ni iode et préconisent la mise à disposition de blocs à lécher enrichis en oligoéléments. M. B.