Accès au contenu
Soins

Préserver les antibiotiques critiques

Un réajustement des pratiques d’utilisation des antibiotiques critiques est nécessaire suite à la mise en application au 1er avril d’un nouveau décret ministériel précisant la liste des antibiotiques critiques et leur mode d’utilisation.
Préserver les antibiotiques critiques

L'utilisation des antibiotiques est un enjeu de santé animale et de santé publique. Un antibiotique d'importance critique est un antibiotique utilisé en dernier recours chez l'homme en présence de bactéries multirésistantes et (ou) lorsque les autres antibiotiques sont sans effet. Ces antibiotiques doivent donc être préservés afin de limiter l'apparition de résistances bactériennes et de garder leur efficacité en santé humaine. Ceci impose une utilisation raisonnée et encadrée en médecine vétérinaire, réservée à des cas précis et graves.

Le plan EcoAntibio 2017

C'est dans ce contexte que le plan EcoAntibio 2017 a vu le jour. Le plan prévoit 40 mesures regroupées en cinq axes stratégiques donnant les lignes de conduite pour la réduction de l'utilisation des antibiotiques vétérinaires (destinés aux animaux de production mais également aux animaux de compagnie).
Le but est de diminuer la contribution des antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire dans l'apparition de résistance bactérienne et de préserver de manière durable l'arsenal thérapeutique, et ce d'autant plus que la perspective de développement de nouveaux antibiotiques, en médecine vétérinaire, est réduite. Un des objectifs de ce plan est la diminution de 25 % de l'usage des antibiotiques en médecine vétérinaire en cinq ans, avec un effort particulier de réduction de 25 % en trois ans des antibiotiques d'importance critique.
Parmi ces mesures, des actions de sensibilisation ont été menées par les différentes structures en lien avec l'élevage (vétérinaires, GDS, instituts techniques), comme par exemple la visite sanitaire bovine 2016 qui traite du bon usage des antibiotiques.
Un décret et un arrêté datés de mars 2016 sont entrés en application le 1er avril d'une part pour préciser la liste des antibiotiques d'importance critique (AIC) (voir ci-dessous) et d'autre part pour encadrer leur utilisation.

Que dit le décret ?

• Le recours aux AIC est interdit pour la prévention des maladies.
• L'utilisation des AIC est possible pour un usage curatif ou métaphylactique « appliqué aux animaux cliniquement malades et aux autres animaux d'un même groupe qui, bien que cliniquement sains, présentent une forte probabilité d'infection du fait de leur contact étroit avec les animaux malades », sous certaines conditions :
- après examen clinique ou nécropsique ;
- après identification de la souche bactérienne responsable de l'infection grâce à un examen complémentaire ;
- après antibiogramme réalisé selon la norme Afnor NF U47-106 et 107 (les kits rapides ne sont pas acceptés) et indiquant que la souche bactérienne identifiée n'est sensible qu'à cet antibiotique d'importance critique.

Des dérogations sont possibles dans deux cas :
• des examens complémentaires ont déjà été effectués depuis moins de trois mois pour le même animal ou des animaux du même stade physiologique présents sur le même site et pour la même affection ;
• le vétérinaire est face à un cas aigu d'infection bactérienne pour laquelle un traitement avec d'autres antibiotiques serait insuffisamment efficace ; le traitement doit être réajusté dans les quatre jours suivant la prescription.

 

A télécharger Focus sur les AIC.

Comment améliorer ses pratiques

Lorsqu'une pathologie s'installe chez un animal ou au sein d'un lot d'animaux, l'étape incontournable est celle du diagnostic afin de « connaître son ennemi ». L'identification précise du pathogène permet de cibler la lutte et d'adapter les traitements : par exemple, un antibiotique agit sur une bactérie mais est sans effet sur un virus.
Si la présence d'une ou plusieurs bactéries est mise en évidence, un antibiotique « non critique » pourra être prescrit : il est nécessaire de raisonner l'utilisation de celui-ci et de respecter les bonnes pratiques d'administration (dose adaptée au poids de l'animal, fréquence et durée du traitement, voie d'administration...) afin de limiter les échecs thérapeutiques, l'apparition de résistances et le recours à un antibiotique d'importance critique.
Le diagnostic et la prescription vétérinaire sont donc les éléments clés de l'utilisation des antibiotiques.

Agir en préventif plutôt qu'en curatif

De plus, le diagnostic et la connaissance de la maladie permettent de définir des règles de biosécurité et des mesures de prévention. Une pathologie est souvent la résultante de plusieurs facteurs, donc les moyens de prévention associés sont multiples : conduite d'élevage, hygiène, vaccination, santé globale du troupeau, alimentation, colostrum, ambiance du bâtiment...
La prévention reste le meilleur moyen de diminuer le recours aux médicaments, et a une place importante sur le plan économique pour éviter les pertes liées à la maladie, au coût de traitement, au temps passé à soigner les animaux atteints. Pour vous aider à mettre en œuvre les bonnes pratiques d'utilisation des antibiotiques au sein de votre élevage et des mesures de prévention vis-à-vis des pathologies que vous rencontrez, contactez votre vétérinaire ou votre GDS.
Dr Perrine Matrat, vétérinaire conseil du GDS du Rhône
Sources :
- Diaporama sur l'antibiorésistance GDS France, Idele, SNGTV, Oniris, SIMV, Cniel, FNPL).
- Décret n° 2016-317 du 16 mars 2016 relatif à la prescription et à la délivrance des médicaments utilisés en médecine vétérinaire contenant une ou plusieurs substances antibiotiques d'importance critique.