Problèmes d’épiderme sur abricot : l'incidence des techniques culturales
Beaucoup de nouvelles variétés d'abricot aux fruits colorés présentent un épiderme plus fragile et des problèmes de marquage (ou marbrures) pouvant être visibles dès le verger ou après la récolte. Si la sensibilité est avant tout génétique, la climatologie près de la récolte semble être le facteur déclenchant. Un temps pluvieux ou humide, une période ventée (en provoquant des frottements de feuille) ou des températures élevées près de la maturité aggravent fortement le phénomène, avec souvent des marquages visibles dès la récolte.
Ces dernières années, la Sefra a mis en place différents essais visant à mesurer l'incidence de facteurs culturaux au verger - comme le niveau d'apport azoté ou de l'irrigation, de la charge en fruits de l'arbre et du calibre - sur l'apparition des ces marquages.
Azote
En 2014, sur la variété Bergeval®, une diminution de l'apport azoté de 50 % avant récolte (46 unités / 90 unités) a permis une augmentation de 4 % de la quantité de fruits indemnes de marquage, ce qui est peu significatif. Sur la dernière cueille, le gain était plus marqué (+ 10 %), avec une diminution de 17 % des déchets.
En 2015, sur la variété Sefora cov, la même diminution d'azote a montré la même tendance : à savoir un léger gain de fruits indemnes (à peine 2 % sur l'ensemble de la récolte). Il est insuffisant pour affirmer qu'une baisse de la dose d'azote va diminuer les problèmes de marquage d'épiderme.
Ces deux années, l'incidence sur le calibre des fruits a été faible à nulle.
La diminution du niveau de l'apport azoté n'est donc pas une solution. En revanche, on évitera tout excès d'apport azoté (particulièrement près de la récolte) qui pourrait entraîner une augmentation de calibre. Le niveau d'apport azoté devra donc être adapté à la charge des arbres. A noter, des essais avec des engrais à libération progressive d'azote ont été effectués mais n'ont pas apporté d'amélioration concernant les problèmes de marquage d'épiderme. De même, des applications foliaires à base de calcium ou autres acides aminés n'ont eu aucune incidence.
Irrigation
En 2014, sur la variété Bergeval®, une réduction des apports en eau de 20 % avant récolte (98 mm au lieu de 123) a permis de diminuer les problèmes de marquage d'épiderme mais de façon modérée. Sur l'ensemble des cueilles, a été enregistrée une augmentation de 9 % du pourcentage de fruits sans marquage. Ce gain a été plus important sur la dernière cueille (après une pluie de 25 mm), où l'on est passé de 15 % de fruits indemnes sur le témoin à 37 % sur l'irrigation restreinte. Cela s'est fait au détriment d'une légère perte de calibre, non préjudiciable économiquement puisqu'il restait encore 41 % de 2A et 34 % de 3A (pour 92 kg/arbre).
En 2015, une réduction plus importante a été appliquée avec des apports de 147 mm sur le témoin et 50 mm (16 % de l'ETP) en restriction hydrique. Une pluie importante de 90 mm, 11 jours avant récolte, est venue perturber l'essai. L'irrigation a été arrêtée à cette époque jusqu'à la fin des cueillettes. Tout comme en 2014, a été constaté un gain de 9 % de fruits indemnes de marquage, sur l'ensemble des cueilles, sans baisse notable de calibre.
L'irrigation peut donc influer sur les problèmes d'épiderme en abricot mais les gains à espérer restent modestes. Comme pour la fertilisation azotée, on veillera à éviter tout apport superflu à l'approche de la récolte (visant à faire grossir le fruit) et à adapter le niveau des apports par rapport à la charge en fruits des arbres, au calibre des fruits deux semaines avant récolte, à la climatologie et au type de sol (suivis tensiométriques souhaitables).
Charge en fruits des arbres
Une augmentation de la charge en abricots des arbres de 25 % sur la variété Bergeval® en 2014 a entraîné une baisse de poids moyen des fruits de 8 grammes, pour arriver à une répartition de calibre de 17 % de 3A, 53 % de 2A et 26 % de A. La sensibilité au marquage a été diminuée, avec 65 % de fruits indemnes (contre 50 % sur le témoin) et 6 % de déchets (contre 15 % sur le témoin).
Les mêmes tendances ont été observées en 2015 sur la variété Perle Cot cov. Une augmentation de 10 % de la charge en fruits des arbres a entraîné une baisse de 7 grammes du poids moyen, pour arriver à une répartition en calibre de 10 % de 3A, 52 % de 2A et 34 % de A (pour 110 kg/arbre) mais un gain de 11 % de fruits indemnes de marquage et une diminution de près de 7 % des déchets.
Le calibre des fruits, que l'on peut faire varier avec la charge, est donc un facteur important de la sensibilité au marquage de l'épiderme. Plus un fruit est gros, plus il sera fragile. Il ne s'agit pas de surcharger les arbres pour diminuer les problèmes de marquage (la perte de calibre pourrait être préjudiciable économiquement et le retour à fleur pénalisé) mais plutôt d'éviter toute sous-charge de l'arbre. Avec des variétés au comportement floral et à la nouaison aléatoires, cela passe par exemple par une taille adaptée. A savoir, ne pas faire de taille trop précoce et trop sévère ; l'effectuer en plusieurs fois si nécessaire pour pallier ces aléas. Bien pratiquer la taille en vert, qui assurera un bon éclairement et un meilleur retour à fleur dans le bas des arbres...
Température de stockage des fruits
Le passage au froid entre la récolte et le conditionnement peut aggraver les problèmes de marquage d'épiderme, plus ou moins selon la température de conservation. Cela avait été constaté lors d'essais antérieurs (Sefra 2003/Robada cov) et a été confirmé en 2014 sur la variété Perle Cot cov. Pour un passage au froid de 72 h, une température de 10 °C (au lieu de 2 °C) a permis d'obtenir 56 % de fruits indemnes de marquage (contre 40 % à 2 °C).
Toutefois, les résultats enregistrés en 2015 sur la variété Bergeval® n'ont pas été aussi clairs. Des fruits conditionnés après un passage au froid à 2°C n'ont pas manifesté plus de problèmes que ceux conditionnés à leur arrivée du champ et mis au froid ensuite. Les conditions au verger (climatiques) en 2015 n'ont pas été favorables à l'apparition de marquages, contrairement à 2014.
Il semblerait donc que le passage au froid des fruits aggrave les problèmes de marquage d'épiderme lorsqu'ils ont été fragilisés au verger. Autrement dit, lorsque les conditions ont été favorables aux problèmes d'épiderme (pluie ou humidité près de la récolte, sur-calibrage) au verger, on évitera de stocker les fruits à des températures trop basses. Des températures de 8-10 °C seront préférables, avec une durée de stockage évidemment plus courte. En revanche, lorsque les fruits n'ont pas été fragilisés au verger, il semblerait que la température de conservation ait peu d'influence.
Stade de récolte
Il est bon de rappeler que le stade de récolte a une incidence sur le développement des marques d'épiderme, comme cela avait été constaté sur la variété Robada cov (Sefra 2003). Plus le fruit est récolté proche de la maturité, plus l'épiderme sera fragile. Toutefois, une anticipation du stade de récolte se fera bien évidemment au détriment de la qualité du fruit.
En conclusion, on peut dire que les problèmes de marquage d'épiderme sont avant tout liés à la variété et aux conditions climatiques à l'approche de la maturité. Il est ressorti clairement dans chacun des essais mis en place qu'une augmentation de calibre aggravait la sensibilité de l'épiderme. Chaque variété a son potentiel de calibre, qui peut être augmenté de différentes façons (éclaircissage, irrigation, fertilisation...). Si les conditions climatiques ne sont pas propices aux problèmes de marquage d'épiderme, alors le rendement agronomique et économique du verger en sera amélioré. Dans le cas contraire, cela exposera à plus d'écarts.
Concernant l'irrigation et la fertilisation azotée, on veillera simplement à adapter leur niveau d'apport à la charge de l'arbre et aux conditions climatiques de l'année, en évitant tout excès (ou libération d'azote) près de la récolte. On veillera aussi à obtenir une « pleine » charge de l'arbre, plutôt qu'une sur-charge qui pourrait entraîner un mauvais retour à fleur, par exemple. Pour une variété comme Bergeval® une répartition de calibres 60 % de 2A, 30 % de 3A et 10 % de A serait satisfaisante. Enfin, la température de conservation (délai récolte - conditionnement) semble jouer un rôle aggravant lorsque le fruit a été fragilisé au verger.
A télécharger les graphiques de la répartition par catégorie
Christophe Chamet, Sefra
Protocole
Pour tous les suivis réalisés, plusieurs cueilles ont été observées. Sur chaque cueille, un échantillon d’une caisse de 10 kg est prélevé, mis en chambre froide à 2 °C pendant 2 à 5 jours. Une manipulation (calibrage) des fruits est réalisée 2 h après sortie du froid. Les fruits sont ensuite laissés à température ambiante pendant 24 h, puis sont triés par catégorie.
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