Progresser dans la maîtrise de son irrigation
«La maîtrise de l'arrosage est l'une des clés incontournables pour réussir techniquement et économiquement nos cultures », rappelait Luc Veyron, maraîcher isérois et président de la Serail. Une réussite qui demande plusieurs préalables comme une bonne connaissance de son sol et sa capacité à retenir l'eau ; la maîtrise du travail du sol pour permettre une exploration des racines en profondeur ; une bonne appréhension du besoin de ses cultures et enfin le choix d'un bon matériel et sa maîtrise technique.
Test d'homogénéité d'aspersion sur salades
La Serail, qui avait également invité des distributeurs de matériel d'irrigation, a présenté, sous un soleil de plomb, les résultats de différents essais réalisés récemment et notamment, un test d'homogénéité d'aspersion sur les salades en plein champ. « Car suite à un été 2015 sec et venté, on avait constaté une grosse hétérogénéité d'aspersion, notamment en culture de salades », souligne Alexandre Burlet, chargé d'expérimentation de l'organisme technique. Ainsi, trois maillages ont été testés : le maillage 12 m x 12 m, l'optimal ; 15 m x 12 m qui correspond au choix de certains producteurs qui souhaitent économiser des rampes d'asperseur ; et enfin un maillage poussé à l'extrême : 18 m x 12 m. « C'est difficile de mettre en avant des différences car cette année, nous avons peu arrosé », reconnaît Alexandre Burlet. En revanche, ces essais ont permis de calculer le coefficient d'uniformité de l'arrosage. Pour cela, des pots ont été placés tous les mètres pour réceptionner l'eau et ainsi comparer le volume de chaque pot reçu en une heure d'aspersion. Pour la modalité 12 m par 12 m, le taux d'uniformité s'élevait à 86 % et le volume d'eau à 12 mm/heure. Pour la modalité 15 m x 12 m : 90 % mais entre 8 et 10 m d'eau et pour la modalité 18 m x 12 m : 75 % d'uniformité pour un volume d'eau de seulement 4 à 6 mm.
Des producteurs en attente de conseils et de références
Au final, une journée appréciée des producteurs et des prochains installés, à l'instar de Margaux Ollagnier, future maraîchère de Haute-Rivoire (Rhône) « Je suis en train de créer toute mon irrigation et j'ai besoin de connaître ce qui existe, de définir mes besoins. J'ai déjà rencontré des fournisseurs mais j'avais besoin d'un regard plus objectif, plus scientifique, confie la jeune femme. Ce que j'ai entendu à tendance à me conforter dans mes choix. » Et au président Luc Veyron de conclure, satisfait du succès de cette journée. « En restant isolés, nous avons souvent du mal à progresser. Des journées comme celle-ci permettent d'avoir des éléments pour nourrir nos réflexions, de créer des liens entre maraîchers. »
Les besoins en eau d’un système maraîcher
Selon la Serail, les besoins en eau d’un hectare en plein champ par aspersion se situent entre 1 500 et 3 000 m3 sur sol limoneux-argileux et de 2 500 à 3 700 m3 sur sol sableux. Pour les légumes sous abris, les besoins se situent entre 400 et 1 000 m3. Ce besoin varie selon les cultures, leur stade, la nature du sol et la demande climatique.
Bien réussir son installation tensiomètrique
• Il faut positionner les tensiomètres dans une zone représentative de la parcelle : selon le type de sol, la culture ; positionner le tensiomètre avec une sonde adaptée (le contact entre le sol et la cartouche doit être parfait sinon la mesure ne correspond pas à la réalité). Il faut adapter la profondeur des tensiomètres à l’enracinement de la culture : 10 à 15 cm pour le premier et 25 à 30 cm pour le second pour les cultures à enracinement superficiel type « salades » ; pour les cultures à enracinement plus important, il faut approfondir le positionne-ment des deux tensiomètres.
• Concernant le relevé de valeurs : il ne faut pas s’arrêter aux valeurs en elles-mêmes mais se concentrer sur la tendance. Est-ce qu’elles montent rapidement ou de manière progressive ? C’est cette donnée qui doit guider le déclenchement des irrigations. Le seuil de confort se situe entre 20 et 40 centibars. Au-delà, il y a dessèchement du sol. Selon la nature du sol, il faut déclencher plus ou moins rapidement : plus vite si le sol est superficiel, si le sol est profond (tampon du sol existant), on peut prendre plus de temps.
• Le dispositif tensiométrique est fragile et pointu dans les mesures, il faut être soigneux dans la pose comme dans la dépose. Ne pas faire tourner le tensiomètre pour le déposer, le déterrer de manière douce. Si on est trop brutal, on risque d’abîmer l’extrémité de la cartouche et les valeurs ne seront plus fiables.