Quel avenir pour la production d'ail ?
Cette année encore, le contexte n'est pas très favorable aux producteurs d'ail, qu'il s'agisse des semences ou de l'ail de consommation. Le président du GIE L'ail drômois, Jean-Luc Judan, n'a pas été plus optimiste que celui d'Unisem Drom, Philippe Besset, lors des deux assemblées générales qui se sont succédées le 7 avril à Eurre.
Pour Philippe Besset les changements survenus dans l'homologation des produits phytosanitaires constituent un frein majeur. « La France a pris récemment une option radicale pour diminuer fortement les produits autorisés. Cela s'avère particulièrement grave pour notre secteur, déplore-t-il. Le GIE a montré sa bonne volonté en intégrant une filière bio qui se développe bien. Mais l'avenir serait compromis si tous les autres adhérents étaient contraints de passer en bio. » Il a parlé d'une Europe à deux vitesses dans ce domaine. Sarah Franco, la nouvelle technicienne du GIE L'ail drômois, a énoncé les changements (en particulier l'arrêt de fabrication de l'herbicide Totril et le retrait du fongicide tébuconazole) et parlé des essais mis en place, notamment par le GIE. D'autres tests sont prévus pour cette saison comme l'impact de la conservation des plants au frigo ou l'utilisation de celui-ci pour étaler le dégoussage des bulbes. Par ailleurs, une rencontre est prévue avec les Espagnols à la fin du mois, non seulement pour évoquer les marchés mais aussi les produits phytosanitaires.
Des marchés à conquérir

L'an dernier, les rendements ont été satisfaisants. Le waxy a été contenu, même si on n'en connaît toujours pas les causes, tandis que la fusariose est toujours présente sur l'ail de printemps, sans aucune piste pour l'enrayer (si ce n'est une atteinte moindre pour l'ail couvert).
La commercialisation, elle, n'est pas au mieux de sa forme. Le président du GIE a souligné la baisse encore accrue de celle-ci sur le marché national, avec une pression toujours plus forte de l'Espagne. Le moral des producteurs d'ail de consommation est au plus bas. Quant aux ventes de plants à l'export - commercialisés par le GIE L'ail drômois - elles ont baissé en tonnage et, fait marquant, se décalent de l'Europe du Sud (Espagne, Italie) vers l'Europe Centrale et de l'Est. « La qualité supérieure de nos produits nous a permis de toucher quatre nouveaux pays, a fait remarquer Philippe Besset. Il y a encore beaucoup de marchés à conquérir. Notre valeur ajoutée est bien le fait que nous ayons de la semence certifiée. » Quant aux plants bio, leur production est en forte augmentation : 90 tonnes en 2014 contre 50 en 2013. « Cette carte bio est devenue indispensable, a-t-il ajouté. Et il est important que le GIE L'ail drômois s'inscrive dans cette démarche. »
Rendre la filière pérenne
Responsable du collège ail de consommation au sein du GIE L'ail drômois, André Piallat a parlé de la saison écoulée. « Elle a été correcte. Il semble que pour les responsables de magasins, l'aspect extérieur n'est plus un problème majeur. Ils recherchent avant tout un produit sain. Nous avons commercialisé sans problème environ 2 000 tonnes tous calibres confondus. » Il a remercié les négociants, qui se sont impliqués en soutenant les producteurs, et souligné la venue de nouveaux adhérents, dont trois en bio.
Ces aspects positifs ont été nuancés lorsqu'il a évoqué les prix bas. « Les frais et les charges ne cessent d'augmenter. L'écart de prix entre la production et le consommateur est immense. Il serait facile de rajouter quelques centimes à la production si tout le monde voulait faire un effort. »
Le président Jean-Luc Judan a lancé, quant à lui, un véritable cri d'alarme. « Nous avons limité la casse, nous avons été soutenus, en particulier par les négociants. Les producteurs ont œuvré en se mobilisant derrière Stéphane Boutarin et Raphaël Reboul mais on n'a rien obtenu au niveau des prix. Un jeune ne peut plus se lancer car ce n'est plus rentable. A 2,20 euros de coût de production par kilo quand on est payé 2 euros, on ne peut pas. Pourquoi ne peut-on rémunérer l'ail français à 3 euros ?, s'est-il demandé en appelant les uns et les autres à se mettre d'accord pour obtenir des résultats sur la commercialisation. Lors d'un échange avec les metteurs en marché, le représentant à l'Aniail (association nationale interprofessionnelle de l'ail) a estimé « qu'après les avancées sur l'origine France, il faut rendre la filière pérenne, ce qui n'est pas encore le cas ».
Chacun semble décidé à valoriser la production française mais il apparaît que cette stratégie n'est pas celle de tous les négociants. « Ce ne sera qu'avec les GMS (grandes et moyennes surfaces) que l'on pourra garantir les prix », a assuré l'un des négociants. « Les 5 000 tonnes du GIE, a répondu Jean-Luc Judan, devraient correspondre à la demande des GMS. »
Elisabeth Voreppe