Quelle juste valeur accorder aux produits médaillés ?
Chaque année de nouvelles catégories entrent dans le Concours général agricole (CGA) fédérant plus de 22 200 produits et vins inscrits. La fameuse feuille de chêne apporte une reconnaissance et de la notoriété aux gagnants, un gage de qualité pour nombre de consommateurs français. Selon le ministère de l'Agriculture, 66 % d'entre eux connaissent la médaille et plus de 75 % la considèrent comme une incitation à l'achat. C'est le cas pour Jérôme, passionné de vins. « Entre un vin primé et un non primé, mon premier choix va se porter sur le premier », affirme-t-il.
« Pas forcément meilleur »
Pourtant, « un vin primé ne sera pas forcément meilleur qu'un vin non primé », nous explique un caviste lyonnais. « Ce n'est pas un critère de sélection pour nous. Nous en avons quelques-uns mais nous ne les considérons pas meilleurs que les autres », explique une employée sommelière qui déguste, un par un, tous les vins avant de les introduire en magasin. Concours des vins de Loire, Concours international du gamay, concours international Gilbert et Gaillard, de nombreuses bouteilles récompensées sont exposées sur les étals. Le prix affiché n'est pas systématiquement plus cher que celui de leurs voisines non estampillées. Il y a néanmoins un aléa. « Ici, nous appliquons le "prix domaine ", quel que soit le vin. Si le vigneron fait grimper le prix de son vin primé, nous sommes obligés de le répercuter à la vente. C'est lui le maître », justifie-t-elle. L'enseigne Nicolas, le numéro un de la distribution de vins en France en centre-ville, détient plus de 500 boutiques dans le pays et plus de 1 500 références de vins, champagnes et spiritueux. Parmi eux, de nombreuses bouteilles affichent fièrement la feuille de chêne tant désirée du CGA. « À ma connaissance, les vignerons ne boostent pas le prix de vins primés. Ce qui va le déterminer, ce sera plutôt le millésime et l'expertise de l'œnologue dans sa capacité à vinifier, que le vin ait été récompensé ou pas », précise le co-associé d'un magasin rhônalpin. Néanmoins, ce qui est sûr pour lui, c'est l'impact du « marketing et du merchandising derrière ce tout petit logo. Les clients qui ne s'y connaissent pas vraiment vont être beaucoup plus sensibles. Entre deux vins, la balance va pencher clairement du côté de celui récompensé », ajoute-t-il.
Une valeur universelle ?
Pour mieux comprendre la crédibilité de ces produits, un jury d'expert du magazine 60 millions de consommateurs a dégusté et comparé à l'aveugle 16 rieslings et saumur-champigny médaillés 2015 du CGA avec des non médaillés du même millésime (2014). Résultat : les vins médaillés n'ont pas été jugés meilleurs que leurs homologues non estampillés. Deux rieslings médaille d'or se sont même retrouvés aux dernières places. Même exercice avec du comté : pas de différence de goût et d'odeur marquante entre les médaillés et les autres produits. Morale de l'histoire : « en situation d'achat, un médaillé n'apporte pas la garantie d'être exceptionnel ni même bon ou meilleur que son cousin non estampillé », explique Patricia Chairopoulos, journaliste au magazine 60 millions de consommateurs. Les concours agricoles apportent de la visibilité auprès des consommateurs. « Or, les meilleurs produits n'en ont pas forcément besoin. Dès lors, le jeu est faussé mais c'est le principe de tout concours », regrette le caviste. Un producteur déjà reconnu par sa clientèle aura moins de probabilité d'être candidat au concours ; à l'inverse un « petit » producteur se montrera plus facilement. « Cela réduit le choix du jury, surtout s'ils sont face à des vins d'appellation qui s'étendent sur des milliers d'hectares. Tous ne seront pas forcément représentés. Gagnera le meilleur des inscrits mais réellement le meilleur de l'appellation ? » La question est lancée. D'autant plus que les concours ne sont pas gratuits. Il faut compter entre 85 et 140 euros de frais de dossier par participant plus des frais par échantillon allant de 57 à 95 euros pour le CGA, par exemple. « C'est le prix de la reconnaissance », ironise un producteur rhônalpin. Quant à l'attribution des médailles, les professionnels ne sont pas seuls à décider. Ils sont accompagnés de consommateurs « experts », des personnes ayant développé une sensibilité particulière pour le produit jugé. « Les médailles récompensent les produits qui se goûtent le mieux ce jour-là, en fonction des conditions et, surtout, des autres concurrents. L'attribution d'un macaron n'a donc pas de valeur universelle », explique Patricia Chairopoulos dans un de ses articles.
Du côté des consommateurs, il n'y a pourtant pas de doute : un produit primé prend de la valeur au moment du choix fatidique entre deux produits.
Alison Pelotier
Reconnaissance / Valoriser le travail du producteur
Si les concours de vins sont très nombreux, au niveau régional, national voire international, ceux portant sur les produits alimentaires sont plus rares. Au-delà des concours régionaux tels que Fermier d’Or organisé par la chambre d’agriculture d’Auvergne-Rhône-Alpes ou le concours du comté organisé par son interprofession, celui qui offre la meilleure reconnaissance est bien entendu le Concours général agricole. Depuis 148 ans, et pour 127e édition en 2018, il offre un nombre et une diversité de produits alimentaires en compétition inégalés, sans équivalent dans le monde. D’après une étude Opinion Way pour le CGA réalisée en juin 2015, la moitié des Français ont acheté un produit médaillé dans l’année.Une reconnaissance de qualité
« C’est le concours le plus sélectif de France, affirme le commissaire général du concours, Benoît Tarche. Chaque année, plus de 22 000 produits sont soumis aux jurés, et moins de 25 % d’entre eux sont médaillés. » Propriété du ministère de l’Agriculture et du Ceneca (Centre national des expositions et concours agricoles), les organisateurs ne sont pas là pour générer du profit, mais mettre en avant l’excellence et la qualité des produits issus de la filière alimentaire française. 77 % des participants au CGA sont de très petites entreprises. La laiterie d’Etrez dans l’Ain, qui produit du beurre et de la crème de Bresse AOP, ainsi que des yaourts et des faisselles de fromage blanc, fait partie des 38 producteurs ayant reçu un prix d’excellence 2018 du concours général agricole. Ce prix récompense les producteurs ayant obtenu les meilleurs résultats dans leur catégorie de produits ou de vins, lors des trois dernières éditions du CGA. « Ce prix d’excellence est la reconnaissance de la qualité de nos produits et du travail qui est fait par nos salariés, explique le directeur de la laiterie d’Etrez, Yann Le Scouezec. Nous travaillons un produit de grande qualité, le lait AOP de Bresse, et notre façon de le travailler donne à nos produits toutes leurs qualités gustatives. Les médaillés du CGA montrent que nos produits correspondent au goût du consommateur et à la tradition du produit, et c’est un grand plaisir de le recevoir. »
Si recevoir une médaille apporte une grande satisfaction aux producteurs distingués, c’est aussi une bonne carte de visite pour commercialiser plus facilement son produit.
Camille Peyrache