Regard sur l’efficience alimentaire de l’élevage
Dernièrement, le Gis Élevage demain, un groupement d'intérêt scientifique dédié aux systèmes de production animale, a présenté les résultats d'une étude sur l'efficience alimentaire des élevages. L'efficience alimentaire est le rapport entre la quantité de produits animaux issus de l'élevage et les ressources alimentaires utilisées pour les produire. On estime généralement qu'il faut entre 2,5 et 10 kg de protéines végétales pour produire 1 kg de protéines animales. Ces chiffres ont été avancés à partir du calcul de l'efficience brute, qui prend en compte toutes les protéines végétales consommées par les animaux, dont les protéines végétales non consommables par l'homme, l'herbe par exemple n'est pas utilisée en alimentation humaine.
Calcul et méthode
L'objectif de l'étude était donc de calculer l'efficience protéique nette de différents systèmes de production en prenant ainsi seulement en compte la part de protéines consommée en élevage qui sont consommables par l'homme. Sarah Laisse, chargée de l'étude, a mis en place une méthodologie et des protocoles de calculs pour estimer ces proportions dans les rations en la calculant pour toutes les matières premières utilisées en alimentation animale. La part de protéines consommables par l'homme dans le blé est de 66 % mais, selon Sarah Laisse, « cette proportion est propre à chaque matière première et peut évoluer en fonction de la valorisation et des modes de consommation. Par exemple, si nous utilisions en France 50 % de farine complète, cette proportion passerait à 74 % pour le blé ». Ces calculs ont ensuite permis de déterminer, à partir de rations de base dans différents systèmes, la part de protéines consommables par l'homme dans l'alimentation des animaux. Pour un élevage bovin laitier spécialisé qui consomme 65 % d'herbe (et autres fourrages), 7 % d'ensilage de maïs, 8 % de céréales, 15 % des tourteaux et 5 % d'aliments divers, dont les coproduits déshydratés, la part de protéines consommables par l'homme dans la ration est de 17 %. Dans un élevage ovin viande qui consomme 87 % d'herbe, la part de protéines consommables en alimentation humaine dans la ration est de 6 %.
Une grande variabilité des systèmes de production
Pour calculer l'efficience nette, il a aussi fallu déterminer la part des produits animaux consommables par l'homme dans les produits issus de l'élevage. Pour une carcasse de porc, en prenant en compte les abats consommés, le sang, la viande, etc..., on estime que la part consommable de l'animal est de 83 %. Pour Sarah Laisse : « il s'agit d'un des animaux les mieux valorisés ». Pour les bovins viande, la part de protéines consommables par l'homme dans les produits issus de l'élevage est de 62 %. Et elle est de 39 %, pour les ovins viande. L'efficience nette alimentaire est donc le rapport entre les produits issus de l'élevage « consommables par l'homme » et la consommation par l'élevage des végétaux « consommables par l'homme ». Si l'efficience nette est supérieure à 1, l'élevage est considéré comme « contributeur en protéines ». Et si elle est inférieure à 1, il est « consommateur de protéines ». D'après l'étude du Gis Élevage demain, l'efficience nette de l'élevage bovin laitier est estimée à 1,2 mais peut varier entre 0,6 et plus de 2 en fonction du système d'élevage. Ainsi, pour la chargée d'étude, « plus la ration des animaux est composée d'herbe, plus l'efficience nette est grande ». Pour l'élevage bovin viande, l'efficience nette varie entre 0,3 et plus de 1, celle des ovins viande entre 0,2 et 1,2 et cela, toujours en fonction du système de production. L'efficience nette en ovin viande est ainsi bien plus faible qu'en bovin. Sarah Laisse l'explique par « la faible part de protéines consommables par l'homme dans les ovins abattus ». Pour Jean-Louis Peyraud, président du Gis Élevage demain, ces résultats « sont la preuve qu'un élevage de ruminant est plus efficient s'il utilise les ressources herbagères. C'est presque un pléonasme mais il faut donner de l'herbe à un ruminant pour qu'il soit efficace ». L'efficience nette de l'élevage de porcs varie entre 0,4 et 1,6. La part importante de protéines consommables par l'homme dans le porc améliore grandement son efficience. En élevage de poulets standard, l'efficience nette alimentaire est d'environ 1. Les chercheurs ont rappelé que « ces indicateurs ne doivent pas être analysés seuls, mais doivent être intégrés dans des évaluations plus globales sur la durabilité de l'élevage ».